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mercredi 21 avril 2010

Ibrahim Kaboğlu : la question constitutionnelle est au cœur des crises politiques et judiciaires en Turquie


Professeur à la Faculté de droit de l’Université de Marmara, Ibrahim Kaboğlu n’est pas seulement l’un des meilleurs constitutionnalistes turcs, mais aussi un praticien de la défense des droits de l’homme. Au cours des dernières années, il a suivi de très près l’évolution de la citoyenneté et de la garantie des droits en Turquie.
En 2005, notamment, alors qu’il présidait le Conseil consultatif des droits de l’homme, lui et son collègue Baskın Oran, avaient fait l’objet d’une procédure judiciaire initiée par des milieux nationalistes, pour avoir préconisé, dans un rapport, une réforme de la citoyenneté, tenant compte de la diversité identitaire et culturelle existant en Turquie. Fort heureusement, Ibrahim Kaboğlu a été relaxé (comme d’ailleurs Baskın Oran), mais cette expérience lui a permis de mesurer l’urgence des réformes qui sont encore nécessaires dans le domaine de l’État de droit. Le 11 mars dernier, Ibrahim Kaboğlu était l’invité du séminaire sur la Turquie contemporaine de l’IFEA pour évoquer la citoyenneté et l’Etat de droit. Dans le sillage de cette conférence, Jean Marcou et Benoît Montabone sont revenus avec Ibrahim Kaboğlu sur les aspects les plus importants de son propos, en lui demandant également son analyse de la réforme constitutionnelle en cours.


Question : Vous avez récemment signé une chronique dans BirGün intitulée « Crise de la Constitution ou Constitution de la crise ? ». La Constitution turque serait-elle la cause des crises politiques du pays ?
Ibrahim Kaboğlu : La Turquie connaît une situation de crise politique à répétition, entre les différentes instances politiques, mais aussi entre les différents pouvoirs, civils, militaires, judiciaires. Tous ces pouvoirs s’appuient sur la Constitution pour légitimer leurs positions, et l’instrumentalisent dans le but de justifier une crise permanente. Or le cadre constitutionnel doit régir les caractéristiques fondamentales de l’Etat de droit qui comporte deux piliers, la séparation des pouvoirs et les droits de l’homme. Ces principes sont acquis, mais des zones d’ombre subsistent. Par exemple, le système de scrutin n’est pas proportionnel et un parti politique doit atteindre le seuil de 10% au niveau national pour être représenté au Parlement. Ce seuil est très élevé et limite la représentation des différentes composantes de l’opinion publique. Un autre exemple intéressant est donné par le pouvoir judiciaire. Même si la Cour constitutionnelle est basée sur un modèle européen, le système judiciaire turc repose sur la séparation des tribunaux de droit civil et de droit militaire. Les militaires ont acquis des droits pour soustraire des affaires spécialisées à la juridiction civile, mais comment distinguer les affaires liées à la fonction militaire des affaires de droit commun ? Il s’agit d’une dérogation constitutionnelle qui n’est pas acceptable dans un Etat de droit.


Question : Les récentes affaires politico-judiciaires révèlent une certaine confusion dans le pouvoir judiciaire turc à l’heure actuelle. Comment l’expliquer ?

IB : Ces affaires sont en effet difficiles à lire. Le niveau politique des acteurs engagés montre des problèmes évidents dans la législation. L’arrestation simultanée de 40 militaires et leur détention collective dans le cadre de l’affaire Balyoz est une démonstration de force du pouvoir politique pour maîtriser les milieux militaires. Dans le même temps, l’arrestation du procureur d’Erzincan, soupçonné d’avoir participé au «plan d’action contre la réaction» montre la volonté gouvernementale d’imposer son autorité aux milieux judiciaires. Mais le schéma d’affrontement entre les tenants de l’islam politique (gouvernement, confréries…) et l’Etat profond (Armée et Justice) se complexifie de plus en plus. Au sein même de la Justice, l’opposition entre les tenants des deux bords s’affiche au grand jour. Les procureurs pro-gouvernementaux se sont organisés au sein d’une nouvelle association indépendante de l’ « Association des juges et des procureurs » (Yargıçlar ve Savcılar Birliği). Les deux courants ont fortement interféré dans l’affaire Ergenekon où les sympathisants du gouvernement ont tenté d’intimider les laïcistes. La politique sous-tend par conséquent de plus en plus les grandes affaires judiciaires en cours.


Question : Si la Constitution est un des fondements de ces crises politiques, il sera nécessaire de la modifier pour dépasser cette situation quasi-structurelle. Une nouvelle Constitution est-elle envisageable ? Sur quels principes ?
IB : Une nouvelle Constitution est en effet nécessaire, elle est évoquée depuis 20 ans maintenant. Entre 1987 et 2004, une dizaine de modifications constitutionnelles ont beaucoup contribué à affermir la garantie des droits et des libertés en Turquie. Les gouvernements ont insisté sur les droits de l’homme, mais ont négligé les aspects institutionnels, qui sont pourtant le deuxième pilier de l’Etat de droit. Depuis, des constitutionnalistes ont développé plusieurs projets à la demande d’associations, de syndicats ou d’autres corps de métiers. La difficulté principale vient du fait que les trois premiers articles de la Constitution actuelle sont inaltérables. Mais, il faut résoudre les points d’achoppement qui empêchent tout consensus sur les questions essentielles : établir une nouvelle définition de la citoyenneté, réorganiser les institutions républicaines, systématiser la garantie des droits et des libertés. De manière générale, il faut supprimer les articles qui soumettent le droit à l’idéologie. Mais seul le Parlement est légitime pour engager une telle révision, et pour l’instant il n’en montre pas la volonté.


Question : Une nouvelle compréhension de la citoyenneté turque vous apparaît nécessaire. Comment la redéfinir ?
IB : La définition de la citoyenneté est un des trois conflits profonds, une des trois ondes de choc qui traversent la société turque, à savoir le problème des identités, la question de la laïcité et les relations entre centre et périphéries. Ces trois questions sont à prendre en compte quand on veut définir les liens entre la Constitution et les pratiques politiques. La nationalité est définie dans l’article 66 de la Constitution, qui stipule : «est Turc quiconque est attaché à l’Etat turc par la citoyenneté». La citoyenneté est donc définie par la notion de nationalité. Cette définition est très problématique, car elle n’est pas cohérente avec le bloc des dispositions constitutionnelles inaltérables. Le dénominateur commun de ces trois articles est la définition même du pays comme «République de Turquie» (Türkiye Cumhuriyeti), et jamais comme «Etat Turc» (Türk Devlet). Par conséquent, l’appartenance ethnique n’est pas un critère de définition de la citoyenneté, mais il a été interprété comme tel dans certains arrêts de la Cour constitutionnelle qui font jurisprudence. Cet article doit être révisé ou reformulé. Deux choix ont été proposés dans le cadre des projets de nouvelle Constitution : une nouvelle formulation basée sur le mot «Turquie», ou la renonciation à formuler une définition de la citoyenneté. Dans le premier cas, on peut proposer «Citoyen de la République de Turquie» (Türkiye Cumhuriyeti Yurtaşı), «Citoyen de Turquie» (Türkiye Yurtaşı) ou «Celui qui est de Turquie» (Türkiyeli). Le sens territorial de Yurt (Pays) permettrait ainsi d’élargir la question de la citoyenneté et de la démarquer totalement de l’ethnicité.


Question : Le gouvernement a lancé le 22 mars dernier une révision constitutionnelle qui, d’une part, restructure le HSYK et la Cour constitutionnelle et, d’autre part, réforme la procédure de dissolution des partis politiques. Quelle analyse faites-vous de ce projet de réforme ?
IB : Une bonne partie des modifications envisagées sont relatives à des articles concernant les droits de l’homme. Cependant, elles sont très dispersées, manquent de cohérences internes et ne reflètent pas toujours des priorités... En fait, le paquet constitutionnel s’appuie sur les trois piliers suivants : la restructuration de la Cour constitutionnelle, la restructuration du HSYK (Le Conseil supérieur des juges et des procureurs) et la procédure de dissolution des partis politiques.
Tout d’abord, en ce qui concerne la Cour constitutionnelle, il y a trois nouveautés principales. La première concerne l’étendue des compétences de la Cour, avec notamment la reconnaissance du recours individuel qui vise à permettre à la Cour constitutionnelle d’assurer directement la protection des droits garantis par la Convention européenne des droits de l’Homme. La seconde affecte la structure même de la Cour qui sera composée de deux chambres et d’une assemblée plénière. La troisième permet l’élargissement de la composition de la Cour, puisque le nombre de ses membres passera de 11 à 17. Le Président nommera directement 4 membres et indirectement 10 membres. Les trois membres restant seront élus par le Parlement.

Question : Comment analysez-vous ce nouveau statut de la Cour constitutionnelle?
IB : Personne ne conteste le besoin de réformer la Cour constitutionnelle. Toutefois, par la réforme envisagée la Cour constitutionnelle risque d’être transformée en une Cour dévouée à l’AKP, du fait que la majorité de ses membres pourront être désignés d’une façon directe ou indirecte par les pouvoirs exécutif et législatif. Par exemple, le Président de la République va désigner trois membres parmi les candidats proposés par le Conseil de l’Enseignement supérieur (YÖK). Or, celui-ci fonctionne comme un organe gouvernemental. Récemment, le Président de la République a nommé un membre parmi les trois professeurs (dont aucun n’était juriste) présentés par le YÖK. Ce nouveau membre va donc commencer à apprendre le droit et le contentieux constitutionnels à 44 ans et, d’après l’article provisoire du paquet constitutionnel, il restera à la Cour constitutionnelle jusqu’à l’âge de la retraite ! Si les modifications concernant la Cour constitutionnelle sont envisagées dans leur globalité, il est possible d’avancer que l’objectif visé est plutôt d’avoir un “Conseil gouvernemental” qu’une Cour vraiment indépendante et impartiale.

Question : Qu’en est-il des modifications qui affectent la composition du HSYK (Le Conseil supérieur des juges et des procureurs) ?
IB : Le HSYK, composé actuellement, d’une part, de juges élus par la Cour de cassation (3) et le Conseil d’Etat (2) et, d’autre part, du ministre et du secrétaire d’Etat à la justice, verra sa composition modifiée essentiellement pour limiter l’influence de ces deux cours suprêmes. En prévoyant l’augmentation du nombre des membres du HSYK à 23, en donnant la possibilité aux juridictions ordinaires d’en désigner 10 et en confiant au Président de la République le soin de nommer 4 personnalités extérieures, la réforme vise, en réalité, à diminuer la place centrale occupée par la Cour de cassation et par le Conseil d’Etat au sein de cette institution. De surcroît, le ministre de justice et le secrétaire d’Etat à la justice conserveront leur place.
Une remarque rapide peut être faite à cet égard. L’élargissement et la diversification des membres du HSYK peuvent certes être conçus comme une ouverture positive. En revanche, le pouvoir de nomination accordé au chef d’Etat et la présence d’un ministre et d’un secrétaire d’Etat dans ce Conseil montrent plutôt une volonté de maintenir une influence de l’exécutif sur la justice, au lieu d’assurer à celle-ci un statut totalement indépendant.

Question : Qu’en est-il des dispositions qui modifient la procédure de dissolution des partis politiques ?
IB : Pour déclencher la procédure de dissolution des partis politiques et pouvoir saisir la Cour constitutionnelle, le procureur général de la Cour de cassation devra obtenir l’avis conforme et préalable d’une commission parlementaire mise en place à cette fin. Deux éléments de protection s’ajoutent à cette garantie politique. D’une part, la justice ne pourra pas être saisie des décisions de la commission parlementaire. D’autre part, « les actes de l’administration ne pourront en aucun cas justifier une demande de dissolution. »
En ce qui concerne l’opportunité d’une telle réforme, on peut d’abord se demander pourquoi le paquet constitutionnel ne cherche pas à réduire les raisons qui peuvent permettre de justifier la dissolution des partis politiques, au lieu d’insister sur l’octroi d’une garantie politique ? Ensuite, si une telle mesure peut être protectrice pour les grands partis politiques, elle le sera beaucoup moins pour les partis politiques qui ne sont pas représentés à l’Assemblée nationale, notamment pour ceux qui en sont empêchés par le fameux barrage national de 10%. Les petits partis risquent donc de pâtir d’une double sanction : une sanction politique et une sanction législative, à la fois arbitraire et anti-démocratique.
C’est pourquoi, je pense que les aspects principaux de la révision constitutionnelle qui est en cours reflètent plus des préoccupations partisanes que le souci d’assurer l’indépendance et l’impartialité de la justice ou celui d’accroître les garanties démocratiques pour les partis politiques. Si le paquet constitutionnel est adopté par le Parlement ou approuvé par référendum, un tel processus risque de consolider la Constitution de 1982, alors même que le renouvellement de celle-ci est à l’ordre du jour en Turquie, depuis deux décennies ...


Source : OVIPOT, Jean Marcou et Benoît Montabone, 21.04.2010 (URL : http://ovipot.blogspot.com/2010/04/pour-ibrahim-kaboglu-en-turquie-la.html)

lundi 12 avril 2010

Avec la fermeture d'ELELE, "c'est tout le tissu associatif qui est fragilisé"


Quand on prononce le nom Elele (main dans la main) et celui de sa présidente, Gaye Petek, dans les milieux proches des populations venues de Turquie, le mot “efficacité”! suit immédiatement L'association ELELE est presque née avec cette immigration, une des plus récentes en France. Cela fait 25 ans qu’elle se consacre à l’intégration des populations - avec un accent sur les femmes - venues de Turquie. Et quand on veut que les filles entendent ”Soyez indépendantes, étudiez, allez au cinéma, épousez qui vous voulez (et pas de foulard à l’école, on n’est pas en Amérique, mais en France ici.) ” et leurs mères “Apprenez le français, connaissez les lois du pays”, il vaut mieux les connaître un peu, elles, leur langue et leur diversité. Entre une famille sunnite de Tokat et une famille alévie d’Elbistan, il y a quand même des chances qu’il y ait quelques sérieuses différences.

25 ans de savoir-faire, reconnu aux 4 coins de la France : des acteurs sociaux au contact de communautés venues de Turquie, des associations en quête d’un soutien pour des actions sociales ou un projet culturel de qualité autour de la Turquie, ou de jeune femme turque en détresse dont une amie glisse un jour à l’oreille les coordonnées d’Elele, parce qu’elle sera sûre d’y trouver une aide efficace. Il n’aura fallu que l’invention géniale d’un Ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale pour y mettre fin. Pourquoi conserver ce qui marche, quand tout pourrait aller plus mal ?

Les subventions qui permettaient à l’association de remplir ses tâches, sont coupées, Elele va donc fermer. Tous ceux qui connaissent Elele et ils sont nombreux, sont abasourdis par cette nouvelle.

Heureusement, ses locaux, dans le 10ème arrondissement de Paris, ont quand-même eu l’honneur de recevoir la visite d’un Eric Besson, tout frais promu ministre de l’identité nationale, admiratif et le coeur sur la main. Pas de problème, quand on fait un boulot pareil, l’Etat français le reconnait. Trois mois plus tard , la convention entre l’Etat et l’Association était supprimée. Les subventions qui y étaient associées sont coupées.

Si Elele veut des sous, elle n’aura qu’à répondre à un appel d’offres et présenter ses projets. Peut-être qu’elle sera sélectionnée. C’est ce qu’on nomme la culture de projet et la prime à la performance (et aux économies). Une façon de fonctionner apparemment séduisante, et qui peut faire ses preuves dans le cas d’actions ponctuelles. Mais qui entraîne surtout la précarité et la concurrence entre associations au lieu de favoriser le fonctionnement en réseau et le travail à long terme. Sans parler du temps énorme consacré à la bureaucratie, et qui ne l’est plus aux femmes. Mais ça rend tellement mieux sur le papier - sur l’écran de l’ordinateur, plutôt - les projets colorés et le jargon qui en font tout le sérieux.

Du côté de Fadela Amara et de l’ACSE, là aussi, on se veut innovateur. L’heure est aux actions “ciblées” c’est-à-dire aux quartiers. D’ailleurs la culture du pays d’immigration, ça n’existe plus, maintenant on parle de culture de quartier. Je ne sais pas si la culture du quartier est ce français approximatif (celui du quartier) de beaucoup de jeunes lycéen(ne)s, les feuilletons reçus par satellite et la sortie dans la galerie marchande du Auchan du coin. Mais ça peut être une pas trop mauvaise idée de les emmener voir autre chose. Seulement Elele qui a fondé son efficacité sur un énorme travail en réseau, allant des études de chercheurs en amont, au collège de Normandie en aval, n’est pas une association labellisée de quartier. Subventions réduites à peau de chagrin.

Pour ceux qui avaient l’habitude de collaborer avec Elele, comme Marie Cervetti, directrice du FIT (centre d’hébergement et de réinsertion pour femmes, Paris 3ème) “c‘est une catastrophe”. Vers qui vont se tourner ces jeunes femmes turques victimes de violence, pour lesquelles la réactivité et le savoir faire de l’association étaient si précieux ? Notamment, les plus fragiles d’entre elles, ces jeunes épouses qui découvrent en arrivant en France que le “gentil fiancé” est une brute et la belle-mère une mégère (ça va souvent de paire). En Turquie, une jeune mariée maltraitée a sa famille . Il n’est pas rare que celle-ci intervienne, si “les bornes sont dépassées”, voir à lui conseiller de divorcer, et près de laquelle au moins elle peut venir “respirer” de temps à autre. On sait bien comme c’est déjà difficile pour les femmes nées en France de dénoncer ces violences. Il est complètement irréaliste d’imaginer que ces jeunes femmes osent aller se plaindre à une police dont elles ne maitrisent pas encore la langue et alors que la législation sur l’immigration a rendu leur statut de plus en plus précaire. Ni d’ailleurs que les services de police soient toujours capables d’évaluer la situation et d’y répondre avec efficacité.

Selon Marie Cervetti elles n’osent pas plus se tourner vers les associations de quartier, trop proches de leur environnement, par crainte des commérages. Avec Elele tout le monde savait au sein des communautés de Turquie que la discrétion était assurée. Et de toute façon elles risquent d’être démunies, ces associations, sans le soutien qu’elles étaient sûres de trouver près de cette dernière.

Mais inutile de chercher loin la logique derrière ce gâchis. Toutes ces contorsions n’ont pour objectif que de déshabiller Jacques pour laisser quelques guenilles à Paul. C’est tout le tissu associatif qui est fragilisé. En fait il n’y aucun projet national digne de ce nom pour ces quartiers et encore moins pour ces femmes, qui ne vivent pas forcément dans un quartier dit sensible, d’ailleurs. Putes ou soumises on s’en fiche, du moment qu’elles se taisent et surtout qu’on ne parle pas d’elles. Qui se soucie du taux de suicides dans les prisons françaises ?

On a bien assez en France avec nos débats sur l’Identité Nationale, ou sur la “burqa“( !) qui transformerait les rues de nos villes en petit Kaboul, pour faire couler de l’encre dans les médias, en s’imaginant que cela passionne les Français. Ceux qui agissent et font bouger les choses, eux, ce n’est qu’au mépris qu’ils ont droit.

Source : YOL-Routes de Turquie et d'ailleurs, 11.04.2010 (URL : http://yollar.blog.lemonde.fr/)

jeudi 1 avril 2010

Obama serait l'Antéchrist, musulman et raciste

Un sondage fait état d'opinions pour le moins extrêmes sur le président américain. Ainsi, 45% des Républicains interrogés le voient comme un «ennemi de l'intérieur».

La diabolisation de Barack Obama continue. Un an après la prise de fonction du président américain, l'Institut de sondages Harris * est allé voir du côté des Républicains ce qu'ils pensaient du président démocrate. Les résultats sont édifiants : 67% d'entre eux le voient comme un «socialiste» (qualificatif peu élogieux Outre-Atlantique), 57% comme un musulman, et 42% comme un raciste.

Des résultats qui en deviennent presque inquiétants pour Obama, au fur et à mesure du sondage : 38% des Républicains interrogés pensent qu'il «agit comme l'avait fait Hitler», et 24% voient en lui l'Antéchrist, cette figure d'imposteur maléfique de l'eschatologie chrétienne, qui ramène invariablement la fin du monde. On se souvient qu'un spot de campagne de John McCain avait déjà joué sur cette comparaison, avant l'élection de Barack Obama.

Dans ce sondage, 22% des Républicains croient savoir que le président Obama «veut que le terrorisme triomphe». Mais encore : 45% d'entre eux le voient comme un «ennemi de l'intérieur» qui, pour 55% du panel «a fait beaucoup de choses anticonstitutionnelles».

Le même sondage donne également la parole aux Américains dans leur ensemble. Sans surprise, les mécontents sont moins nombreux. Mais plus de 20% des personnes interrogées le voient tout de même comme un «ennemi de l'intérieur» et 40% comme un «socialiste». La comparaison avec Hitler satisfait 20% des Américains et avec l'Antéchrist, 14%.

Une question se pose toutefois quant à la méthodologie de ce sondage : comment les questions ont-elles été posées aux personnes interrogées ? Leur a-t-on suggéré la comparaison avec Hitler ou avec l'Antéchrist, pour ne citer que celles-ci ? L'Institut de sondage Harris explique avoir «recueilli tous ces commentaires extrêmes sur le président Obama dans le cadre d'un autre sujet». Il a donc repris les qualificatifs un à un et a posé les questions telles quelles aux sondés.

L'Institut explique aussi ce sondage par la volonté de contextualiser la sortie d'un livre qui fait état de ces points de vues pour le moins extrêmes sur le président Obama : Wingnuts: How the Lunatic Fringe Is Hijacking America, du journaliste John Avlon («Jusqu'au-boutistes : comment la frange extrémiste prend l'Amérique en otage»). John Avlon y explique comment l'électorat de droite américain se réfugie dans l'extrémisme depuis l'élection de Barack Obama. Il signe une tribune dans The Daily Beast, dans laquelle il appelle les Américains à «se lever contre les extrémismes».

* Sondage réalisé en ligne entre le 1er et le 8 mars, auprès de 2.320 personnes.

Source : Le Figaro, Charlotte Menegaux, 25.03.2010 (URL : http://www.lefigaro.fr/international/2010/03/25/01003-20100325ARTFIG00631-pour-un-quart-des-republicains-obama-est-l-antechrist-.php)

lundi 29 mars 2010

A Turkish teacher sued for cultural diversity project in class


A high school teacher who conducted a project to raise awareness and understanding among different ethnic groups and cultures has been sued for allegedly making propaganda for the outlawed Kurdistan Workers’ Party, or PKK, daily Habertürk reported Monday. As part of sociology lessons at a high school in Istanbul, teacher G.F. asked students to give presentations on the cultures of Roma, Kurdish, Laz, and Syriac people. While a student of Kurdish origin was making a presentation in class, another student reacted, saying, “You are talking about Kurdish culture but we have martyrs dying in the mountains. What do you have to say about that?” and then adding, “There is no such language as Kurdish.” The student’s response led to a debate facilitated by the teacher, who urged tolerance and used the state’s TV channel broadcasting in Kurdish as an example. Shortly after this incident, the student who initiated the argument brought the issue to Internet forums; counter-terrorism police units were informed and began an investigation into the teacher. A criminal case has been opened against G.F. even though the government and the Ministry of Education sent a notice to schools five months after the incident, encouraging teachers to promote fraternity to prevent discrimination.

Source : Daily News and Economic Review, Turkish Press Scan, 29.03.2010 - from Habertürk (URL : http://www.hurriyetdailynews.com/n.php?n=0329083154616-2010-03-29)

mardi 23 mars 2010

À quoi ressemble un président de région français ?


Les élections régionales ont livré leur verdict, on connaît désormais les noms de ceux qui devraient diriger les 22 régions de France métropolitaine. A quoi ressemble le portrait robot de ces élus ?


Avant de commencer, notons que 20 des 22 présidents de région ont été réélus dimanche 21 mars, et que par conséquent le portrait robot du président de 2010 n’est pas très éloigné de celui de 2004, date du dernier scrutin, même si quatre ont changé en cours de mandat entre 2004 et 2010 (pour cause de décès ou autres). Autre précision, Paul Giacobbi, chef de liste de l’union de gauche qui s’est imposée en Corse, ne dispose pas d'une majorité absolue et devra attendre l'élection du président du conseil jeudi 25 mars pour être assuré de sa victoire.


Le président de région est (très) vieux


Le président de région a en moyenne 62,8 ans, soit bien au dessus de la moyenne d'âge des Français qui est de 40 ans, voire des députés (55 ans). Pour être gentils, on dira que cet écart s’explique par le fait qu’il faut avoir 18 ans pour être candidat à ce poste. François Bonneau (Centre) est le plus jeune président de région (56 ans), talonné de quelques jours pas Ségolène Royal (56 ans également). Le doyen des 22 élus est Martin Malvy (Midi-Pyrénées) du haut de ses 75 ans.


Le président de région est un homme


Les listes ont peut-être été mises au point dans le souci d’une plus grande diversité, cela ne se retrouve pas chez les têtes de listes gagnants: on compte seulement deux femmes parmi nos 22 présidents de région, Ségolène Royal et Marie-Guite Dufay (Franche-Comté), soit seulement 9%. La représentation des femmes à la tête des régions est encore pire que celle du Sénat, qui n’est pourtant pas un exemple de représentativité avec 21,9% de femmes, et qu’à l’Assemblée nationale avec 18,5%.


Le président de région a fait beaucoup d’études, il est professeur ou avocat

Sept de nos présidents ont fait Sciences-Po, tous à Paris sauf Jean-Jack Queyranne, qui est resté fidèle à sa région et a fait l’IEP de Lyon. Parmi eux, deux seulement ont continué la voie royale de la haute administration française en passant par l’ENA, Ségolène Royal et Jean-Paul Huchon. Neuf présidents ont travaillé dans l’éducation, que ce soit en tant qu’instituteur, professeur, principal de collège ou encore conseiller d’orientation. Comme souvent dans chez les élus, beaucoup ont étudié le droit ou ont pratiqué le métier d’avocat. Heureusement, François Patriat (Bourgogne) offre un peu d’originalité avec sa formation de vétérinaire. Mauvais élève de la classe, Claude Gewerc (Picardie) n’a «que» le bac et une première année d'étude supérieure en publicité.


Le président de région entame son deuxième mandat


Comme nous l’évoquions en introduction, la très grande majorité des présidents sont réélus. En moyenne, ils sont en poste depuis 6,4 ans. Le président de région type a été élu pour la première fois lors des dernières régionales en 2004 , et va donc entamer son deuxième mandat (ils sont dix dans ce ca là).


Le président de région n’est pas né dans la région qu’il représente

Seulement 8 présidents sont nés dans la région qu’ils représentent. La palme de l’éloignement revient à Ségolène Royal, née à Dakar. Claude Gewerc (Picardie) est l’autre président à être né à l’étranger : il est né dans un camp de transit à Bergen-Belsen, en Allemagne, au sortir de la guerre. Si la région qui a vu naître le plus de présidents est sans surprise l’Ile-de-France, centralisation oblige, avec quatre représentants, le Centre est un vivier plus improbable avec trois natifs. Comme le dit le slogan de la région, «Dans le Centre, c’est vous le centre».


Le président de région est blanc

Cette catégorie est illégale, les statistiques ethniques étant interdites en France. Pourtant, pas besoin de graphique ici: on ne retrouve aucun représentant des minorités «visibles» à la tête des 22 régions françaises. Le candidat noir du MoDem en Ile-de-France Alain Dolium, qui n’a recueilli que 3,98% des votes au premier tour, avait mis son échec sur le compte des médias, leur reprochant notamment de l’avoir enfermé dans les habits d’un «Obama français». Médias, partis, électeurs… qui est coupable? Quoiqu’il en soit, le constat est là: la France n’est toujours pas prête à confier une région métropolitaine à une «personne de couleur». Pour le président de la République, on repassera.

Source : Slate.fr, Rubrique Les Personnalités, Grégoire Fleurot, 22.03.2010 (à retrouver sur http://regionales2010.slate.fr/article/5455/portrait-robot-du-president-de-region/)


"Centre : à qui le tour ?" - Un article de Telos


"Les régionales marquent la fin d’une séquence politique entamée lors de la dernière campagne présidentielle et marquée par l’émergence du Modem. La percée de François Bayrou était liée à l’érosion du PS et à la constitution à droite d’un parti unique que Nicolas Sarkozy avait mis au service d’une stratégie d’asphyxie du Front national. La déconfiture du Modem laisse en friches un espace politique que d’autres acteurs vont tenter d’occuper.
"

Pour lire la suite de cet excellent article, cliquez sur : http://www.telos-eu.com/fr/article/centre_a_qui_le_tour - Source : Telos*, Richard Robert, 23.03.2010



*Qu'est-ce que Telos ?

Telos est une agence intellectuelle fondée en décembre 2005. Elle est présidée par Zaki Laïdi. Regroupant universitaires et professionnels, elle aspire à répercuter sans esprit partisan les grands débats mondiaux dans un espace français livré aux passions hexagonales. L’écart qui sépare la France des autres grands pays est devenu trop préoccupant pour que nous ne nous interrogions pas sur le narcissisme de nos petites différences et sur les moyens de s’en défaire.
Telos aspire ainsi à servir de plateforme de débat entre intellectuels, de lien entre intellectuels et médias, de canal de communication entre intellectuels et public.

Telos est une agence d’inspiration réformiste. Mais elle n’est affiliée à aucun parti ou aucune institution. Les personnalités qui parrainent et animent Telos le font à titre strictement personnel.


Tous les articles de Telos sont disponibles sur : http://www.telos-eu.com/fr

mardi 9 mars 2010

Pourquoi le Nigeria a explosé ? Une poudrière ethnique et religieuse


Le 7 mars, la région de Jos a été le théâtre de nouveaux massacres. Quelque 500 personnes ont trouvé la mort dans des violences intercommunautaires que le pays ne parvient pas à endiguer.


Près de 500 personnes ont été tuées dans cet acte abominable perpétré par des éleveurs fulanis”, explique Dan Majang, responsable de la communication de l’Etat du Plateau. Il précise que 95 personnes ont été arrêtées. Selon les habitants, les victimes, parmi lesquelles de nombreuses femmes et enfants, ont été tuées à la machette. D’après plusieurs sources locales, les attaques ont été conduites de manière coordonnée dans la nuit du 6 au 7 mars par ces éleveurs de confession musulmane, contre trois villages de l’ethnie berom, majoritairement chrétienne, au sud de la ville de Jos. Cette région est régulièrement touchée par des flambées de violences religieuses ou ethniques. En janvier, plus de 300 personnes ont été tuées lors d’affrontements entre chrétiens et musulmans. Ces heurts ethniques et interreligieux ne sont pas nouveaux. Société extraordinairement hétérogène, le Nigeria compte, selon le recensement de 2006, quelque 140 millions d’habitants représentant plus de 400 groupes linguistiques et environ 300 groupes ethniques.

De 1914 à 1960, sous le joug colonial des Britanniques, le pays n’a pourtant utilisé que l’anglais comme langue véhiculaire. Actuellement, les expressions les plus visibles de la diversité y sont la langue, l’identité ethnique, la religion, les clivages entre majorité et minorité et l’“ethnicité régionale”. Dans un Etat comme celui du Plateau, il n’est pas rare d’entendre 10 idiomes différents dans un rayon de 20 kilomètres, et la langue représente un élément clé du groupe ethnique. Chaque région abrite de nombreux groupes minoritaires possédant leur identité propre. De plus, on y compte trois religions : les cultes traditionnels africains, le christianisme et l’islam.

La diversité a toujours constitué une préoccupation administrative au Nigeria. Toutefois, la nature même de l’administration coloniale, qui a régionalisé le pays en 1939, a fait en sorte que les groupes nigérians ont continué de coexister tout en ayant fort peu de contacts les uns avec les autres. En 1951, dès que les Britanniques ont commencé à envisager leur départ, les nationalistes se sont mis à comploter pour s’emparer du pouvoir politique abandonné par les anciens colonisateurs, se repliant sur leurs bases ethniques et ethnorégionales pour mieux organiser leur lutte. Dès lors, dans de nombreuses régions entre 1951 et 1959, les principaux groupes ethniques se sont dressés les uns contre les autres. Au bout du compte, le climat de suspicion et de peur régnant entre les divers groupes a conduit en 1954 à l’adoption du fédéralisme pour tenter de gérer la situation. Jusqu’à la fin des années 1970, la religion ne constituait pas une source de tensions sérieuses. Mais d’un jour à l’autre, la religion a fait irruption dans le discours politique. La tentative des musulmans d’étendre la charia au-delà des questions personnelles et de celles liées à l’héritage, et d’instaurer une cour d’appel fédérale fondée sur le droit islamique, a été vivement contestée par les chrétiens. En guise de compromis, des tribunaux islamiques et coutumiers ont été instaurés uniquement dans les Etats qui le souhaitaient.

La cour d’appel fédérale a dû engager trois juges formés dans le domaine de la charia et du droit coutumier, et les faire siéger conjointement avec des juges appliquant la common law [le droit commun]. Un tel compromis se serait sans doute révélé plus difficile à trouver dans un système unitaire. En 1986, cependant, la nouvelle selon laquelle le Nigeria allait rejoindre l’Organisation de la conférence islamique (OCI) a déclenché une nouvelle crise, surtout entre chrétiens et musulmans. Réaffirmant sa neutralité confessionnelle, le pays ne s’est pourtant pas retiré de l’OCI. Entre 1980 et 2005, on a recensé plus de 45 conflits violents de nature confessionnelle, au cours desquels des vies humaines ont été sacrifiées et des biens saccagés. Les tensions n’ont cessé d’empirer, notamment lorsqu’en 2000 l’Etat de Zamfara a étendu la charia aux questions pénales. Douze Etats du Nord lui ont rapidement emboîté le pas en adoptant, eux aussi, la loi islamique. La violence engendrée par l’introduction de la charia dans l’Etat de Kaduna a provoqué des effusions de sang dans le sud-est du pays. Son application ne s’est cependant pas étendue aux autres Etats, en raison de la structure fédérale du Nigeria et de l’autonomie de ses unités constituantes.

Un autre facteur de conflit tient à la répartition des ressources. Les redevances du pétrole et du gaz, dont le Nigeria est tellement dépendant, proviennent pour l’essentiel du delta du Niger, une zone où prédominent les minorités et qui englobe plusieurs Etats : Delta, Edo, Akwa-Ibom, Cross River, Rivers et Bayelsa. Se sentant trahis et abandonnés depuis des années, ces Etats ont accusé le gouvernement central de détourner leurs ressources au profit du développement d’autres zones, menaçant de reprendre le contrôle de leur production.


Source : Courrier International, rubrique Afrique, 09.03.2010 (à retrouver sur http://www.courrierinternational.com/article/2010/03/09/une-poudriere-ethnique-et-religieuse)

vendredi 5 mars 2010

mercredi 3 mars 2010

Besoin d'un plus grand président ?


Dessin de Miz & Remix paru dans L'Hebdo
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Source : Courrier International Cartoons, rubrique À la Une, 03.03.2010 (à retrouver sur http://cartoons.courrierinternational.com/dessin/2010/03/03/ne-pas-se-laisser-deborder)

mercredi 24 février 2010

En Turquie, "les équilibres politiques sont en train de changer"

La journée d’hier a vu un nouveau développement spectaculaire dans l’affaire Balyoz, révélée, le 19 janvier dernier, par le journal «Taraf» (cf. notre édition du 21 janvier 2010). Près d’une cinquantaine d’officiers, dont 11 généraux à la retraite, ont été placés en garde-à-vue, au cours d’une opération de très grande ampleur, menée à Ankara, Istanbul, Bursa et Izmir. Parmi les personnes arrêtées, on relève les noms de généraux qui occupaient des fonctions de premier plan en 2003, au moment où le plan Balyoz a été conçu, notamment : le général Ibrahim Fırtına, ancien chef de l’armée de l’air, l’amiral Özden Örnek, ancien chef de la marine, le général Suha Tanyeli, ancien chef du Centre d’études et de recherches stratégiques de l’état-major, le général Ergin Saygun, ancien commandant de la 1ère Armée (au sein de laquelle le plan Balyoz a été préparé) ou le général Engin Alan, ancien chef des forces spéciales, connu pour avoir dirigé, en 1999, l’opération qui devait aboutir à l’arrestation du leader kurde du PKK, Abdullah Öcalan. Toutes ces personnes sont accusées d’avoir tenté de renverser le gouvernement.

Cette opération fait suite à une authentification des documents qui ont été à la base de la révélation du plan Balyoz (CD, documents signés… ). On s’attendait, certes, à des arrestations dans cette affaire, mais on ne pensait pas que celles-ci viendraient aussi vite et qu’elles frapperaient aussi haut. La rapidité de la démarche montrerait donc la détermination des procureurs à aller jusqu’au bout, en intégrant de surcroît l’affaire Balyoz dans l’enquête Ergenekon. Le chef d’état-major, İlker Başbuğ semble avoir été le premier surpris par la soudaineté de ce coup de filet, puisqu’il a dû annuler, à la dernière minute, une visite de deux jours en Égypte… Se souvenant que l’affaire Balyoz avait abouti à la révélation de l’identité de 137 journalistes que l’armée aurait considérés comme de possibles collaborateurs si les complots préparés avaient été mis en œuvre (cf. notre édition du 23 janvier 2010), certains prédisent maintenant une vague d’arrestations dans les milieux médiatiques…

Les arrestations d’hier révèlent aussi les dissensions existant au sein de l’armée, car elles ont frappé en priorité un quarteron de militaires qui se trouvaient dans l’entourage de l’ancien chef d’état-major, Hilmi Özkök, entre 2002 et 2006 (sur la photo qui date de cette époque, Hilmi Özkök, à l’extrême gauche, siège aux côtés des chefs des armées de terre -Aytaş Yalman-, mer -Özden Örnek-, air -Ibrahim Fırtına- et du général commandant la Gendarmerie -Şener Eruygur-, à l’extrême droite) . À plusieurs reprises, ces généraux auraient conçu des plans pour déstabiliser le gouvernement de l’AKP, nouvellement élu, alors même que le général Özkök se serait efforcé de faire avorter de telles tentatives. Pour l’heure, en tout cas, İlker Başbuğ, le chef d’état major en exercice, se retrouve dans une position particulièrement inconfortable, pris entre la nécessité de composer avec le gouvernement ou la justice, et celle de ne pas mécontenter ses propres troupes, dont une bonne partie est de plus en plus exaspérée par les enquêtes judiciaires en cours. Toutefois, on doit observer que si l’armée reste un monde à part en Turquie, les récentes affaires, qui l’ont secouée, incitent à penser qu’elle est devenue une structure de plus en plus perméable. Car, ce sont bien des fuites militaires internes qui ont dévoilé les différents scandales qui minent aujourd’hui le prestige de l’institution.

On ne peut manquer de remarquer également que la vague d’arrestations d’hier survient au moment même où la justice affiche ses divisions, notamment dans le contexte de l’affaire d’Erzincan (cf. notre édition du 17 février 2010) qui a défrayé la chronique la semaine dernière. Affaiblissement de l’armée, affrontements au sein de la justice, tout confirme donc que les équilibres politiques sont en train de changer : l’institution militaire, d’acteur dominant est en passe de devenir un acteur dominé. Pour mesurer, à cet égard, l’évolution qui est en cours, observons simplement qu’en avril 2007 la publication des carnets du général Örnek qui relataient deux tentatives de putsch ayant pour nom de code «Ayışığı» (Lumière de lune) et «Sarıkız» (Fille blonde) avait entrainé la fermeture à l’hebdomadaire «Nokta», alors qu’aujourd’hui ces mêmes complots conduisent le même amiral devant la justice. Indubitablement la démilitarisation est en marche, reste à savoir quelle est la nature du nouveau système qui s’installe progressivement…

Source : OVIPOT, Jean Marcou, 23.02.2010 (à retrouver sur http://ovipot.blogspot.com/2010/02/turquie-vague-spectaculaire.html)

mardi 16 février 2010

L'obsession de "l'ennemi intérieur" conduit des enfants kurdes à être jugés comme des terroristes en Turquie


Poursuivis par la justice turque pour avoir manifesté leur soutien au PKK, traités comme des adultes, ils peuvent être condamnés à vingt ans de prison.

La photo de Berivan qui est accrochée au mur du salon familial, au-dessus d’un bouquet en plastique, a fait la une de tous les journaux. Avec son sourire timide, cette adolescente est devenue le symbole de la montée de la répression judiciaire turque contre les enfants kurdes qui participent à des manifestations de soutien à la guérilla du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan).

La jeune fille de 15 ans a été arrêtée le 9 octobre à Batman, dans l’est de la Turquie, au cours d’un rassemblement interdit. Fin janvier, une cour criminelle spéciale l’a reconnue coupable de « crimes commis au nom d’une organisation illégale », « manifestations hors la loi » et « actes de propagande pour une organisation illégale ». Verdict : sept ans et neuf mois de prison. « Ma fille est traitée comme la pire des criminelles, même un meurtrier peut s’en sortir mieux, se révolte Meryem, sa mère. Ils l’ont ramassée dans la rue et en ont fait une terroriste. »

À son procès, Berivan, ouvrière dans une usine d’emballage de vêtements, a déclaré ne pas comprendre la signification du mot « propagande ». Incarcérée depuis quatre mois, elle envoie à sa « maman chérie » de longues lettres sur du papier décoré de fleurs roses. « Je voudrais n’avoir jamais été séparée de toi, c’est si dur d’être ici, sors-moi de là », supplie-t-elle dans une écriture appliquée.


"Une vaste comédie"

Comme Berivan, 83 autres mineurs se trouvent dans la prison de Diyarbakir, la grande ville kurde de Turquie, déjà condamnés ou en attente de jugement. Ces deux dernières années en Turquie, selon un décompte de l’Association des droits de l’homme (IHD), 3 000 enfants sont poursuivis pour avoir pris part à des manifestations, essentiellement dans les régions de l’est du pays. Les jets de pierres et de cocktails Molotov contre les forces de l’ordre ou une simple présence à un meeting tombent sous le coup de la loi antiterroriste et sont punis de très lourdes peines de prison.

Depuis 2006, à la suite d’un durcissement de la législation, les plus de 15 ans sont jugés comme des adultes, en violation de la convention onusienne relative aux droits de l’enfant, signée par la Turquie. « Certains se voient condamnés à vingt ans de prison, sans réduction de peine, s’insurge Canan Atabay, une avocate de Diyarbakir. Prononcer de telles sentences pour des jets de pierres ressemble à une vaste comédie alors que l’avenir de ces enfants est en jeu. C’est l’arsenal législatif qu’il faut revoir de fond en comble. » L’un de ses vingt-deux clients mineurs, âgé de 16 ans, est accusé d’avoir lancé des cocktails Molotov. Il encourt jusqu’à 44 ans de prison.


"Ils sont tous en prison"

Le Parlement est censé s’attaquer à la situation des « enfants terroristes » depuis novembre. Mais le projet de loi n’a toujours pas été inscrit à l’ordre du jour. Victime de l’enlisement de cette « ouverture démocratique » que le gouvernement islamo-conservateur avait promis afin de répondre aux revendications des 12 millions de Kurdes de Turquie. Même si les mesures prévues sont votées, « il sera toujours possible de condamner à une peine supérieure à dix ans » et l’option de la prison restera la norme, selon l’Association des droits de l’homme de Diyarbakir. « Ces jeunes en prison sont les enfants des Kurdes qui ont été tués ou torturés par l’État turc, dont les villages ont été rasés, estime Arif Akkaya, porte-parole d’un collectif de familles, en faisant référence au conflit qui a fait plus de 45 000 morts depuis 1984. Une telle expérience ne peut conduire qu’à leur radicalisation. »

Mehmet, 17 ans, fait partie de la génération de l’« Intifada kurde », comme les médias l’ont surnommée. Remis en liberté provisoire en novembre dernier, l’adolescent avait été arrêté en mars 2008 alors qu’il manifestait pour dénoncer les opérations de l’armée turque contre les bases arrière du PKK en Irak. « Je risque vingt-cinq ans pour des cocktails Molotov, mais dans mon dossier, il n’y a qu’une photo de moi les bras croisés », assure-t-il.

D’une voix tranquille, qui n’a pas encore fini sa mue, le jeune garçon raconte qu’il a eu le temps de réfléchir derrière les barreaux : « La seule explication que j’ai trouvée à ce qui m’arrive c’est que je suis kurde. Mon rêve est désormais de rejoindre l’organisation dans la montagne et de me battre pour mon peuple. » Et l’engagement politique ? « Regardez le résultat, ils sont tous en prison », rétorque-t-il. Depuis l’interdiction en décembre par la Cour constitutionnelle du parti pro kurde, qui était accusé de liens avec le PKK, une centaine de ses membres a été arrêtée. Plusieurs dizaines, dont huit maires, sont toujours détenues.

Source : LeFigaro.fr, Laure Marchand, 11.02.2010 (à retrouver sur http://www.lefigaro.fr/international/2010/02/11/01003-20100211ARTFIG00395-ces-enfants-kurdes-juges-comme-des-terroristes-.php)

lundi 15 février 2010

Perspectives critiques sur "Istanbul Capitale Européenne de la Culture 2010"

"Hors des sentiers battus, nous avons demandé à des personnalités du monde des arts de nous livrer leur propre vision de la ville la plus contrastée de Turquie. Entre l’Orient et l’Occident, Europeans vous propose cette semaine un parfum d’Istanbul."

La vidéo sur : http://fr.euronews.net/2010/01/22/istanbul-capitale-europeenne-de-la-culture-2010/.

Source : Euronews, 22.01.2010

Entretien sans langue de bois avec le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdoğan

Processus d'adhésion européenne, question kurde, relations avec l'Arménie, relations turco-israéliennes et question palestinienne ...
Entretien vidéo sans langue de bois avec le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdoğan à l'occasion du lancement d'Euronews en turc :
"les Etats membres ont commis une erreur historique en acceptant la partie sud de Chypre dans l’Union".

Source : Euronews, 30.01.2010 - http://fr.euronews.net/2010/01/30/recep-tayyip-erdogancertains-etats-membres-de-l-union-n-agissent-pas-honnetement/

lundi 7 décembre 2009

Photo-voyage #41 : Canada - Vu à Toronto - Lutte contre la Grippe H1N1


Toronto (Ontario, Canada)
St Lawrence Market
October 2009Cliquez sur l'image pour l'agrandir

Le coup de Pierre Bergé a-t-il coûté cinq millions d'euros au téléthon ?

Près de cinq million d'euros en moins dans la caisse. La différence est trop petite pour être pleinement significative. Mais elle est trop grande pour ne pas interroger: le recul des promesses de dons faites lors du 23e Téléthon est-il, pour tout ou partie, la conséquence de polémique créée par Pierre Bergé ? Riche homme d'affaires, mécène et président de Sidaction, Pierre Bergé avait, ces deux dernières semaines, lancé plusieurs appels dénonçant avec violence la plus importante des opérations caritatives françaises, organisée chaque année par l'Association française contre les myopathies (AFM).

Pierre Bergé a-t-il été entendu quand il a accusé le Téléthon de se comporter comme une «secte» et de « parasiter la générosité des Français »? Le sera-t-il lorsqu'il réclame la mise en oeuvre d'une forme de mutualisation des dons : obtenir, notamment, que les sommes offertes lors du Téléthon ne soient pas uniquement affectées à la lutte contre les myopathies et les maladies orphelines mais qu'elles puissent aussi bénéficier à la lutte contre le sida ? La chose pourrait ne pas être impossible: Martin Hirsch, Haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté vient de proposer la création d'un «Haut conseil à la vie associative» permettant une coordination entre les actions des associations caritatives bénéficiant notamment du soutien de la télévision publique comme c'est le cas du Téléthon et de Sidaction.

Quelques heures avant le lancement du 23e Téléthon Pierre Bergé persistait et signait: en cas de baisse des dons il déclarait «bien vouloir être désigné comme responsable». L'est-il? et si oui est-il coupable?


Prudence

Au total, dans la soirée du samedi 5 décembre, le Téléthon 2009 avait recueilli 90.107.555 d'euros de promesses de dons contre 95.200.125 d'euros promis en 2008; une diminution de plus de 5%. La prudence s'impose toutefois ici à double titre. D'abord parce qu'il ne s'agit que de promesses, qui restent à concrétiser. Ensuite parce que des dons peuvent encore être effectués durant une semaine. C'est ainsi qu'en 2008 le Téléthon avait en définitive permis de réunir 104,9 millions d'euros. Il n'en reste pas moins vrai que cinq millions d'euros manquent aujourd'hui à l'appel. Les responsables de l'AFM (dont certains redoutaient que la baisse soit plus importante) ont tenu à faire bonne figure. Laurence Tiennot-Herment, présidente de l'association a ainsi fait part de sa «grande satisfaction» et expliqué que les difficultés économiques que rencontrent les Français ont pu avoir «un impact négatif sur une partie des donateurs potentiels». Quant à la polémique déclenchée par Pierre Bergé, elle a estimé qu'il s'agissait d'une opération «calculée» et «organisée sciemment» avant le lancement du Téléthon.

Entre autres conséquences cette polémique aura eu pour effet de remettre en lumière la position dominante qu'occupe depuis près de vingt ans l'AFM dans le monde associatif vivant de la charité publique et finançant la recherche médicale. Depuis 1987, les différents Téléthons ont permis de réunir plus d'1,5 milliard d'euros et l'AFM se situe désormais au cœur même de la recherche concernant la génétique médicales et les maladies orphelines.

La situation de monopole dont jouit l'AFM ne va bien évidemment pas sans susciter quelques jalousies dans un monde associatif caritatif où règne une solide concurrence. Elle pose aussi, comme ce fut le cas dans le domaine de la recherche sur le cancer, tous les problèmes inhérents à l'articulation de l'action publique et de la liberté de l'initiative associative. Il y a peu, en réponse aux premières accusations de Pierre Bergé, Valérie Pécresse, ministre de la Recherche, avait tenu à rappeler toute l'importance que le gouvernement accordait aux sommes récoltées par la charité publique et qui financent aujourd'hui en France 70% de la recherche sur les maladies rares: «Les associations permettent, grâce aux appels aux dons qu'elles font, de nourrir la recherche française, et donc le rôle de ces associations est absolument crucial.»

Pour sa part l'AFM se refuse clairement à toute forme d'encadrement ou de mise sous tutelle par la puissance publique; et a fortiori de mutualisation des dons: «L'AFM est une organisation spécifique qui ne relève pas de la logique des organismes de recherche publics. Elle doit faire preuve, en permanence, de réactivité pour s'adapter à l'évolution des connaissances et atteindre le plus rapidement possible son objectif: la guérison des maladies neuromusculaires», faisait-elle valoir en 2004 dans sa réponse au rapport la concernant, assez critique sur différents aspects, de la Cour des Comptes: «Elle a dû faire face à une transformation radicale du contexte scientifique, caractérisée par le passage de la génomique à la mise au point des thérapeutiques et des essais cliniques. Cette transformation s'est traduite par une évolution de ses modalités d'action auparavant essentiellement basées sur des appels d'offres auprès de la recherche publique vers un mode d'action intégrant des partenariats industriels et internationaux. Cette évolution a conduit l'AFM à s'adapter rapidement et à privilégier l'action. Organisation toujours en mouvement, l'AFM refuse de se laisser enfermer dans des procédures trop bureaucratiques qui brideraient sa capacité à agir. Il lui semble que les choix scientifiques qu'elle a faits jusqu'à présent se sont traduits par des résultats incontestables, reconnus par la communauté scientifique et les pouvoirs publics.»


Attaque ciblée

Les attaques de Pierre Bergé sont d'une nature radicalement différente de celles lancées par quelques responsables de l'Eglise catholique à la veille du Téléthon de 2006. Celle-ci demandait que les donateurs opposés, pour des raisons religieuses ou éthiques, à des recherches menées sur des cellules obtenues après destruction d'embryons humains, puissent avoir la garantie que leur don ne soit pas affecté à ce type de financement. L'AFM fit alors valoir que ces recherches n'étaient pas interdites par la loi et qu'elle se refusait à organiser un «fléchage des dons» sur des critères éthiques. Alors que le Téléthon 2005 avait recueilli 99 millions d'euros de promesses de dons celui de 2006 devait atteindre 101 millions.

Rien de semblable aujourd'hui. Avec l'édition 2009, c'est la première fois que l'on observe un recul des dons après une attaque ciblée remettant en cause sinon l'AFM du moins sa position dominante et la nature même du spectacle diffusé durant trente heures par France Télévisions; un spectacle qualifié de «populiste» par Pierre Bergé. Faut-il voir là un début de désamour des Français vis-à-vis de ce qui, depuis 1987, constitue une formidable caisse de résonance caritative et populaire dans l'ensemble du pays? Si tel devait être malheureusement le cas rien ne permet de penser que les sommes (pour partie défiscalisées) qui ne seraient pas données à l'AFM se reporteraient mécaniquement vers d'autres causes, tout aussi nobles.

En toute hypothèse, l'heure semble venue pour l'AFM d'évoluer tout comme doit évoluer le spectacle ritualisé du début du mois de décembre. Le moment semble venu de songer à modifier cette «recette» qui réunit l'exposition d'enfants myopathes et l'exhortation hystérique par des animateurs-bateleurs à l'augmentation continuelle du volume des dons; le tout associé à une accusation désormais récurrente, explicite: ne pas donner c'est condamner les malades alors que les chercheurs sont sur le point de proposer des médicaments salvateurs.

«Aujourd'hui, 30 maladies sont aux portes du médicament. Avec détermination, nous mettrons toutes nos forces pour que le mot ''guérison'' devienne une réalité pour le plus grand nombre, a déclaré la présidente de l'AFM lors du Téléthon 2009, sur le même mode que les années précédentes. C'est l'année où on a des résultats formidables, en thérapies génique et cellulaire, qui ouvrent la voie pas seulement à des maladies rares mais aussi à des maladies bien plus fréquentes.»

La vérité est que des résultats prometteurs ont bien été obtenus en laboratoire à partir de travaux financés (pour partie) par l'AFM, qu'il s'agisse de la création de peau humaine ou d'une forme rare de maladie neurodégénérative (voir Slate des 7 et 20 novembre). L'autre vérité est qu'il faudra encore longtemps avant que ces résultats ne se transforment en de véritables avancées thérapeutiques.

Source : Slate.fr, Jean-Yves Nau, 07.12.2009 (à retrouver sur http://www.slate.fr/story/14097/pierre-berge-responsable-mais-pas-coupable)

mercredi 2 décembre 2009

"La Turquie membre de l'Union Européenne en 2023…"

Alors que les derniers développements de la politique étrangère turque amènent certains observateurs à déclarer que la Turquie est en train de s’éloigner de l’Europe pour devenir une puissance régionale entre les Balkans, le Caucase et le Moyen-Orient, le ministre turc des affaires étrangères, Ahmet Davutoğlu (photo) vient de rappeler que l’adhésion de son pays à l’UE reste un objectif prioritaire. Toutefois, dans une interview récente au magazine américain «Newsweek» (27 janvier 2009), le chef de la diplomatie turque a évoqué l’idée que cette adhésion pourrait intervenir en 2023, c’est-à-dire coïncider avec le 100e anniversaire de la fondation de la République. Au-delà de son effet d’annonce et de la symbolique qu’elle mobilise, cette déclaration est une manière de dire que la Turquie a compris qu’au fond rien ne pressait, et que le temps que prendra son adhésion pourrait lui permettre de conforter utilement sa position sur la scène internationale.

Infirmant l’idée d’une dérive vers l’Orient en vogue à l’heure actuelle, le ministre turc des affaires étrangères a rappelé notamment que les engagements politiques les plus institutionnalisés de son pays étaient ceux découlant de son adhésion à l’OTAN et de sa candidature à l’UE. «Notre histoire est une partie de l’histoire de l’Europe, notre culture est une partie de la culture européenne et notre processus de modernisation a été parallèle à celui de l’Europe. Notre participation à l’OTAN et notre demande d’adhésion à l’UE sont pour nous des priorités stratégiques», a-t-il renchéri. Toutefois, selon lui, ces liens privilégiés avec l’Occident ne sauraient signifier que la Turquie doive forcément «ignorer le Moyen-Orient, l’Asie, l’Asie centrale ou l’Afrique.»

Ahmet Davutoğlu est notamment revenu sur sa fameuse politique de bon voisinage, qui a vu la Turquie, au cours des deux dernières années, améliorer de façon spectaculaire ses relations avec la Syrie, établir des rapports de travail réguliers avec Bagdad et la région kurde d’Irak du nord, signer deux protocoles pour normaliser ses relations avec l’Arménie, jouer les facilitateurs dans le conflit israélo-syrien ou sur le dossier nucléaire iranien, nouer des liens de confiance avec son grand voisin russe et enfin poursuivre un rapprochement avec Athènes inauguré par la diplomatie dite «des tremblements de terre» en 1999. Comparant ces initiatives à ce qu’a pu être l’Ost Politik conduite par la République Fédérale d’Allemagne, pendant la Guerre froide, et plus généralement à l’effort de réconciliation accompli par la construction européenne, dans les décennies qui ont suivi la Seconde guerre mondiale, le ministre des affaires étrangères a aussi insisté sur la position économique qu’avait acquise désormais son pays, et notamment sur la participation de celui-ci au G20.

À bien des égards la stratégie internationale actuelle de la Turquie peut donc être comparée désormais à celle que celle-ci a adoptée sur plan interne depuis un certain temps déjà. Constatant qu’ils menaient des réformes importantes dans le cadre de la candidature à l’UE, sans pour autant voir sensiblement s’accroître les chances d’une adhésion, on sait en effet que les officiels turcs ont fini par se dire : «Nous ne savons pas si la Turquie adhérera, mais en tout état de cause, toutes ces réformes ne peuvent que nous être bénéfiques.» Aujourd’hui, face aux réticences que manifeste un certain nombre d’États à l’égard de ses ambitions européennes, la Turquie a décidé de poursuivre une politique étrangère novatrice et ambitieuse, en considérant qu’un pays pris au sérieux sur la scène internationale, en paix avec ses voisins et apparaissant comme un agent de stabilité dans une région complexe, n’avait que plus de chance de faire aboutir sa candidature à l’UE. Cette option semble être désormais avancée comme une sorte «win-win situation» par la diplomatie turque, qui s’est mise à penser que si la candidature ne devait finalement pas aboutir, elle n’aura rien perdu à s’affirmer en tant que puissance régionale… surtout si entretemps les Européens finissent par se rendre compte qu’ils ont eux aussi beaucoup à perdre en se passant de la Turquie.

Source : Blog de l'OVIPOT, Jean Marcou, 02.12.2009 (à retrouver sur http://ovipot.blogspot.com/2009/12/la-turquie-membre-de-lunion-europeenne.html)

Sarah Palin, Ségolène Royal, même combat ?


Mêmes atouts, mais aussi mêmes faiblesses. Pour le site new-yorkais The Daily Beast, le parcours de Ségolène Royal n'est pas sans rappeler celui de l'Américaine Sarah Palin, autoproclamée "pitbull avec du rouge à lèvres". Les deux femmes, l'une socialiste, l'autre républicaine, savent à merveille profiter du délabrement de leur parti pour se faire entendre.


Arrêtez-moi si cela vous dit quelque chose : une femme politique très en vue – et très séduisante – sème le trouble dans son parti. Elle compte des partisans passionnés, convaincus pour beaucoup qu'elle pourra redresser son parti, aujourd'hui bien mal en point. Comment ? Par son esprit franc-tireur, son écoute des gens simples, son charisme "chaleureux" et son étonnante capacité à occuper le devant de la scène. Voilà encore quelques indices : ultracontroversée, cette mère de famille fière de l'être peut donner l'impression d'être narcissique face au mauvais micro. Gaffeuse ? Plutôt deux fois qu'une – comme lorsqu'elle a loué le système judiciaire chinois pour son efficacité. Mais son plus beau coup, incontestablement, a été d'entraîner son parti dans la défaite lors d'une élection présidentielle à sa portée. Avec un peu de chance, elle pourrait tenter le doublé.

La candidate en question est Ségolène Royal, qui a failli devenir la première présidente de la France en 2007, mais a été battue par Nicolas Sarkozy. Si son "habillage" politique rappelle furieusement Sarah Palin, leurs programmes restent toutefois presque diamétralement opposés. Ne serait-ce que parce que Royal est une socialiste rouge*. Mais leur impact sur leurs partis respectifs, tous deux en pleine déconfiture, pourrait se révéler identique. Jugez plutôt : le Parti républicain et le Parti socialiste (PS), même s'ils font du bruit, sont désormais des formations affaiblies, incapables de s'entendre en interne sur un programme constructif. Mais, tandis que les socialistes s'efforcent de proposer une alternative crédible, leur plus grande distraction dans l'immédiat est peut-être cette anticonformiste qui persiste et signe – même si elle peut facilement passer pour une attraction.

Voyez ce qui s'est passé lors de la réunion du Parti socialiste à Dijon le 14 novembre [réunion intitulée "Rassemblement social, écologique et démocrate"]. Les organisateurs avaient insisté pour que les candidats potentiels à la présidence (comme Royal) n'y participent pas, tandis qu'ils tenteraient de jeter les bases d'une large alliance politique allant du centre à l'extrême gauche, avec pour objectif de remporter les élections régionales [en mars 2010] puis d'évincer l'actuel président de droite [en 2012]. Cela n'a pas empêché notre anticonformiste de s'inviter à Dijon avec une équipe de télévision. Son ancien lieutenant de campagne, Vincent Peillon, qui avait organisé le rassemblement, était furieux, faisant valoir que l'égocentrisme de l'ex-candidate – certains parlent plus simplement de "ségolénisme" – entravait la bonne marche du parti. D'autres socialistes éminents ont qualifié d'"absurde et pathétique" ou d'"écœurante" la prise de bec qui s'est ensuivie entre Vincent Peillon et Ségolène Royal. Ils pressentaient ce que les sondages n'ont pas tardé à confirmer : le dernier épisode du Ségo Show a gâché une année d'efforts en vue de redresser le parti. Un récent sondage BVA révèle l'étendue des dégâts : 62 % des électeurs estiment que le PS est revenu à sa situation d'il y a un an [avant le congrès de Reims, en novembre 2008, où Martine Aubry avait été élue secrétaire générale du PS].

Un autre sondage a apporté des mauvaises nouvelles dans un registre différent. Le seul socialiste à bénéficier d'une meilleure cote que le président Sarkozy est Dominique Strauss-Kahn, directeur du Fonds monétaire international (fonction qui lui permet de rester au-dessus de la mêlée socialiste). Malheureusement pour lui, Royal a déjà prouvé, lors des primaires socialistes de 2007, qu'elle pouvait battre ce technocrate. Reste à savoir si elle se représentera en 2012. Entre-temps, Royal ne semble pas faire grand-chose (pas plus que Palin, d'ailleurs) pour surmonter ses insuffisances, et notamment l'inexpérience dont elle a fait preuve lors de la dernière campagne. De toute évidence, les deux femmes n'ont pas non plus travaillé à combler leurs lacunes en politique étrangère ou en économie, comme le feraient des candidats plus traditionnels.

Pour deviner les projets de Royal, il faut peut-être revenir à sa dernière défaite. Après avoir obtenu près de 47 % des suffrages [à la présidentielle de 2007] – environ autant que John McCain et sa colistière Palin –, Royal a déclaré que ce n'était pas mal pour une première fois. Déclaration qui ne suscita que des haussements d'épaules dans l'état-major du PS. L'anticonformiste américaine, tout en se plaignant de la frilosité des stratèges républicains, pourrait elle aussi estimer qu'elle a toutes les chances de l'emporter [en 2012], à condition d'avoir les coudées plus franches et de bénéficier d'une meilleure couverture médiatique.

* En français dans le texte.

Source : Courrier International, Eric Pape, The Daily Beast, 02.12.2009 (à retrouver sur http://www.courrierinternational.com/article/2009/12/02/segolene-royal-le-pitbull-des-socialistes)

Médias et politique : "Le bal des petites phrases politiques"


Du lundi 7h40 au dimanche 19h, les politiques se succèdent dans les radios et télévisions. Au micro, langue de bois et phrases toutes faites. Notre manuel de rhétorique.

Quel courage, ce Jean-Michel Aphatie! Tous les matins, le journaliste prépare des questions pour ses invités, sur RTL à 7h50. En face, inlassablement, des ministres et dirigeants politiques déclament des réponses anticipées, sans égards pour le chroniqueur, qui malgré ses efforts obtient peu de réponses fraîches. En plus du créneau d'Apathie, une dizaine de grandes interviews politiques en direct rythment chaque journée, soit 50 entretiens par semaine.

- Il y a les quotidiens:
7h40 - Les 4 Vérités, France 2 7h50 - L'invité de Jean-Michel Aphatie, RTL 8h15 - L'invité du matin, France Info 8h20 - L'invité de Jean-Pierre Elkabbach, Europe 1 8h20 - L'invité de Nicolas Demorand, France Inter 8h30 - Bourdin, RMC et BFMTV 12h15 - L'invité de Christophe Barbier, LCI 18h - Le Talk Orange Le Figaro18h15 - L'invité du soir, France Info 18h48 - Europe 1 Soir • 19h30 - Canal+ Le Grand Journal

- Et les hebdomadaires
Mercredi à 19h30 - France Inter «Questions du mercredi»Dimanche à 10h - Europe 1 - Grand rendez-vous • 14h20 Radio J • 17h Politique, iTélé • 18h - La tribune BFMTV DailymotionLe Grand Jury RTL Le Figaro LCI.
• 18h20


Les partis s'organisent pour contrôler ce circuit: la semaine dernière, les membres de la majorité ont occupé 20 de ces créneaux, contre à peine 10 pour la gauche. Sur tout le PAF, au total, on a vu une dizaine de ministres, dont Laurent Wauquiez trois fois (Canal+ lundi, LCI mardi, Europe 1 jeudi), Roselyne Bachelot deux fois (France 2 lundi, France Info mardi) et Nadine Morano deux fois (France Info mercredi, RMC jeudi).

Les porte-voix de l'UMP remportent le gros lot. Xavier Bertrand, Frédéric Lefebvre, Dominique Paillé, respectivement secrétaire général, porte-parole et porte-parole adjoint de l'UMP, ont eu droit à dix invitations en une semaine (LCP, France 24, LCI, France 3, France 5, RMC/BFMTV, NRJ12 et le prestigieux Grand Jury RTL, dimanche, pour Bertrand). Et cette semaine ? Pas moins de 9 ministres sur les antennes rien que lundi - 7h40 : Xavier Bertrand (France 2); 7h50 : Bernard Kouchner (RTL); 8h15 : Jean-François Copé (France Info); 8h20: Michel Barnier (Europe 1); 8h20 : Hervé Morin (France Inter); 8h30 : Roselyne Bachelot (RMC/BFMTV); 18h : Hubert Falco et Michel Barnier (Le Talk Orange Le Figaro); 18h48 : Martin Hirsch (Europe 1).

En marketing, on parlerait d'un «très fort taux de pénétration».


Dans cette tournée des popottes audiovisuelles, les mêmes formules, chaque fois répétées avec le même entrain. Parfois, un entretien particulièrement pugnace permet de montrer et démonter l'argumentaire clés en main: ce sont les «éléments de langage» arrêtés par exemple à l'Elysée sur tel dossier. Pour les décoder, Slate vous propose ce manuel de rhétorique 1.0 à l'usage des professionnels de la petite phrase.


1 : LES SUPPORTEURS FANTÔMES

Question: «Alors, monsieur le ministre, ça râle dans les campagnes ! Votre politique mécontente jusque dans vos propres rangs!» La suppression de la taxe professionnelle ou la création de la taxe carbone, par exemple, ont suscité de forts remous dans votre majorité. Dans ce cas, une seule réponse s'impose : ne reconnaissez aucune erreur. Inventez plutôt des supporteurs fantômes et faites-leur approuver votre politique. A quoi d'autres serviraient les majorités silencieuses?

Exemples

Moi j'ai reçu beaucoup beaucoup de courriers de personnes qui me disent c'est formidable de m'avoir offert 200 euros en chèque emploi services universel, je vais pouvoir payer un peu de femme de ménage, un peu de garde d'enfant, ce que je pouvais pas faire.

Christine Lagarde, Europe 1, 06/07/09

J'étais très surpris parce que sur un sujet comme celui-ci c'est pas un débat qui intéresse seulement les parlementaires, dès lundi, j'ai reçu nombre de réactions au siège du Mouvement populaire, des mails, des appels téléphoniques et vous me dites qu'il y a débat, la proportion était grosso modo trois quarts, un quart. Trois quarts qui disaient, nous ne sommes pas favorables à la remise en cause du bouclier fiscal...

Xavier Bertrand, Le Talk Orange Le Figaro, 18/03/09

J'étais la semaine dernière dans le Calvados et le message de nos militants, de nos sympathisants, de nos électeurs, c'est: faut pas se laisser distraire, il faut rester concentré sur nos valeurs, il faut rester concentré sur nos priorités: l'emploi, la sécurité, le refus des augmentations d'impôts...

Xavier Bertrand, Europe 1, 15/10/09


2 : LES CONTRADICTEURS IDIOTS

Vous devez maintenant défendre la politique du gouvernement sur des questions essentielles (économie, emploi, valeurs). Les journalistes ne reconnaissent pas toujours votre volontarisme et sous-estiment vos résultats. Solution : inventez des adversaires qui disent des choses idiotes; prenez leur contre-pied et paraissez plus intelligent en quelques secondes.

Exemples:

D'ailleurs, qu'est-ce qu'on disait avant la crise? Que le politique ne servait plus à rien, que c'était la libre-concurrence, que c'était la libre-compétition qui agissait. Eh bien cette crise a permis de démontrer qu'il y avait le retour du politique et que le volontarisme politique façon Sarkozy eh ben ça marchait et ça avait sans doute permis à la France, notamment avec son plan de relance fondé sur l'investissement, de mieux résister.

Christian Estrosi, France Inter, 23/9/09

La différence aujourd'hui, c'est entre ceux qui pensent qu'on peut continuer comme avant à notre petit rythme et ceux qui pensent qu'il faut changer les choses parce que le modèle français a de l'avenir à une condition, qu'on n'ait pas peur, qu'on ait le courage de le réformer.

Xavier Bertrand, Europe 1, 23/6/09


3 : LE DEBAT SALUTAIRE

Si le «fronde» interne persiste et «fissure» le bloc majoritaire, les journalistes insisteront pour vous le faire avouer. Pas question: sortez la carte du débat salutaire. Elle a très bien marché quand une vingtaine de sénateurs, regroupés autour de Jean-Pierre Raffarin, ont menacé Nicolas Sarkozy de ne pas voter la suppression de la taxe professionnelle par voie de presse. Pour avoir assisté à une violente engueulade entre le sénateur et ses collègues dans les couloirs du Sénat, je peux vous certifier que cela n'avait rien d'un échange courtois.

Exemples:

Quand il n'y a pas du tout de débat on dit, oh la la, tout le monde pense la même chose, tout le monde est sur la même ligne, pourquoi y'a pas de débat chez vous ? Moi je préfère qu'il y ait des débats, francs... et c'est plutôt salutaire.

Xavier Bertrand, France Info, 3/11/09

Il faut arrêter avec cette idée que quand les parlementaires coproduisent les réformes c'est pour diviser. C'est pas pour diviser, c'est pour améliorer parce qu'ils sont dans le débat.

Jean-François Copé, LCI, 2/11/09

C'est un appel à la discussion de Jean-Pierre Raffarin... c'est un appel au dialogue, ce qui est bien naturel d'ailleurs.

Eric Woerth, RTL, 2/11/09

Quand vous avez des sujets aussi lourds, qui concernent directement les sujets locaux, vous voudriez que ça se passe sans débat ? Bien sûr que non. S'il n'y avait pas de débat, vous seriez les premiers à me poser la question, est-ce qu'on n'a pas une majorité qui est un peu trop au garde-à-vous ? Maintenant qu'effectivement il y a des vrais débats, vous me dites, ah attention c'est la crise. C'est ni l'un, ni l'autre. Les débats sont logiques, ils sont normaux et je les souhaite.

Benoist Apparu, Le Talk Orange Le Figaro, 5/11/09


4 : L'AMBITION POUR LES IDEES

«Serez-vous candidat? Préparez-vous votre entrée au gouvernement? Allez-vous diriger le Parti socialiste?» Seuls les vantards ont de l'ambition. La prudence recommande de ne jamais déclarer une candidature avant d'avoir la certitude de gagner. Soyez plutôt candidat au débat d'idées. Rappelez que les Français sont fatigués des manœuvres d'appareil et attendent autre chose que des ambitions personnelles.

Exemples :

Non la réponse, vous savez, c'est cette espèce de jeu de saut d'obstacles où à chaque fois qu'on a une responsabilité on pense à celle d'après. Déjà je vais essayer de survire à cette responsabilité de porte-parole qui, je le mesure bien, sera une rude tache.

Laurent Wauquiez, interrogé sur une future candidature à l'Elysée, RTL, 20/06/07

Ben écoutez, un avenir qu'on construit mais qui n'est pas tourné vers moi-même, je crois que c'est très important en France quand on est engagé en politique de regarder autour de soi et de regarder ce que ressentent nos concitoyens.

Dominique de Villepin, interrogé sur sa vision de son propre avenir politique, France Inter, 28/10/09

Ça n'est pas d'actualité... Personne ne me mettra la pression sur quoique ce soit. Aujourd'hui je suis engagée dans un travail en profondeur, dans un combat corps à corps dans les municipales...

Ségolène Royal, interrogée sur son éventuelle candidature au poste de Premier secrétaire du Parti socialiste, RTL, 20/01/08)

Pour le moment il ne s'agit pas d'être candidat, je vous dis clairement aujourd'hui il faut se rassembler derrière notre président... pour défendre son institution.

Jean-Pierre Raffarin, interrogé sur son éventuelle candidature à la présidence du Sénat, qu'il finira par officialiser, Le Talk Orange Le Figaro, 9/6/08


5 : LES FRANÇAIS

Une polémique assaille votre gouvernement ou votre parti. Qui sera tête de liste? Le ministre va-t-il démissionner ? Pourquoi les couacs se multiplient-ils ? Vous ne devez jamais paraître affaibli. Faites donc dire aux Français que la question ne les intéresse pas.Vous seuls savez ce qui importe à leurs yeux, en l'occurrence un sujet qui n'a rien à voir avec ce que le journaliste veut savoir.

Exemples:

Et aujourd'hui vous savez, nos électeurs, veulent pas qu'on essaie de faire un drame de tel ou tel sujet, ils veulent qu'on soit sur les priorités, y'a que ça qui les intéresse.

Xavier Bertrand, interrogé sur la non-application de la loi sur les tests ADN, Le Talk Orange Le Figaro, 18/9/09

Je dis simplement qu'il y a des sujets graves en France : le chômage, la crise financière dont on parlait à l'instant ; et je trouve que pour moi, il y a des priorités beaucoup plus importantes pour les Français et la vie des Français.

Rachida Dati, interrogée sur des propos de Brice Hortefeux, RTL, 15/09/2009

Mon attention, je vais vous dire, et ce n'est pas de la langue de bois, elle est toute entière tournée vers les producteurs de lait qui n'arrivent plus à vivre correctement en France.

Bruno Le Maire, interrogé sur le procès Clearstream, RTL, 18/9/09

Notre préoccupation actuellement c'est pas nos affaires internes, c'est pas ce qui intéresse les Français, c'est de faire renaître la gauche, à l'intérieur de la gauche c'est de faire renaître le Parti socialiste parce que la France et les Français en ont besoin, c'est ça l'important.

François Lamy, interrogée sur les fraudes au Parti socialiste, Europe 1, 14/9/09


6 : LA RIME ET L'HOMOPHONIE

En toute occasion, un beau martelage publicitaire vaut cent mots.

Exemples :

L'Europe a besoin de pédagogie, elle a pas besoin de démagogie.

Xavier Bertrand, Le Talk Orange Le Figaro, 30/6/08

Les socialistes ont préféré la démagogie à l'écologie.

Xavier Bertrand, Europe 1, 31/8/09

Vous savez la règle est simple: il ne doit y avoir ni territoire oublié, ni population négligée, ni déliquance tolérée.

Brice Hortefeux, Europe1, 01/09/09

Ce qui lui manque à Valérie Pécresse c'est justement cette capacité à rassembler au-delà de son camp et je dirais au-delà de son clan.

Jean-Paul Huchon, Europe 1

Un parti ce sont des additions, pas des soustractions.

Arnaud Montebourg, RTL, 26/11/08

Continuer la relance, réguler la finance.

Christine Lagarde, RTL Le Grand Jury, 27/9/09

Je veux vous dire que quand la France cherche à apaiser, c'est dommage qu'une collectivité locale cherche à attiser.

Jean-Pierre Raffarin, en allusion à Bertrand Delanoë, maire de Paris, RTL, 28/4/08

D'accord pour se mettre en ligne, pas d'accord pour s'aligner.

Henri Emmanuelli, interrogé sur l'alignement des régimes spéciaux de retraite sur le privé ou le public, RTL, 12/09/07

La gestion doit être rigoureuse, mais la rigueur n'est pas d'actualité.

André Santini, LCI, 06/09/07

La retraite, ce n'est pas la mise en retrait mais l'occasion de retraiter sa vie.

Françoise de Panafieu, réunion publique, 13/12/07


7 : LE CHIASME

Comme la rime et l'homophobie, le chiasme est un jackpot rhétorique. Les journalistes radio et télé adorent les chiasmes et les conservent systématiquement au montage, car ils durent souvent moins des 25 secondes requises. N'oubliez pas que les phrases interminables et impossibles à couper finissent toujours à la poubelle du 20h. Le tout-info donne une prime à la petite phrase bien roulée, celle qui sonne bien.

Exemples :

Au lieu que le parti contribue à fabriquer l'opinion, ce qui était son rôle depuis tout le temps, désormais c'est l'opinion qui va faire le parti.

Laurent Fabius, Europe 1, 24/8/09

La vérité, c'est qu'il existe des régimes spéciaux de retraites qui ne correspondent pas à des métiers pénibles et qu'il existe des métiers pénibles qui ne correspondent pas à un régime spécial de retraite.

Nicolas Sarkozy, ouverture d'un salon agricole, Rennes, 11/09/07

Les prévisions, c'est pas notre travail, mon travail à moi c'est d'essayer de faire mieux que les prévisions.

Laurent Wauquiez, RTL, 27/10/09

Je ne serai pas un aussi bon député si je n'étais pas maire, ni un aussi bon maire si je n'étais pas député.

Yves Jégo, débat au Café de Flore, 19/10/07


8 : PAS LU

Des propos désobligeants ou politiquement embêtants d'un collègue du gouvernement sont cités dans la presse. Les soutenez-vous ou les condamnez-vous? Le journaliste vous demande de choisir entre votre conscience et votre loyauté, c'est-à-dire entre votre avenir ou vos électeurs. Un dilemme impossible. Bottez en touche. Ces propos, vous ne les avez tout simplement pas entendus. Ce livre? Quel livre? Vous ne l'avez pas lu.

Exemples:

Excusez-moi parce que j'ai travaillé jour et nuit toute cette semaine et je n'ai pas eu le temps de suivre tous les aspects de cette polémique, certainement passionnante et que je retrouverai en revenant à Paris. Honnêtement, j'ai été bien occupé ici par des dossiers extrêmement lourds et je n'ai pas pu suivre les péripéties de toute cette actualité, mais je suis sûr qu'elle a été passionnante.

Nicolas Sarkozy, conférence de presse du G20 à Pittsburgh, interrogé sur les propos de Brice Hortefeux, 25/9/09

Je peux pas vous répondre sur des écrits que je ne connais pas, euh, puisque vous m'y encouragez je regarderai ce livre... qui est paru encore une fois voici longtemps, je ne sais pas dans quel contexte cela a été écrit, dans quel contexte il a été présenté, mais en revanche ce que je sais c'est que c'est un ministre de la Culture qui est aujourd'hui totalement, unanimement reconnu et salué pour ses compétences et son action.

Brice Hortefeux, interrogé sur le livre de Frédéric Mitterrand, "La mauvaise vie", RTL, 8/10/09

Vous avez été choqué par la lecture des carnets noirs d'Yves Bertrand dans "Le Point", la semaine dernière ?
- Je vais vous dire, je n'ai pas lu ces carnets. Je n'ai pas eu connaissance...
- Mais vous avez lu "Le Point" comme nous ?
- Non, je n'ai pas lu "Le Point" comme vous.
- Ah c'est dommage ! J'aurais dû vous le donner, hier soir, tiens !
- Et je n'ai pas eu connaissance de ces carnets. On peut s'étonner des conditions dans lesquelles de telles publications interviennent et quel est l'intérêt de telles publications. Je ne crois pas qu'elles contribuent en aucune façon à la bonne démocratie.

Dominique de Villepin, interrogé par Jean-Michel Aphatie, RTL, 17/10/08.


Source : Slate, Ivan Couronne, 02.12.2009 (à retrouver sur http://www.slate.fr/story/13791/petites-phrases-politiques)