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mardi 18 mai 2010

La Cour des comptes dénonce le système scolaire français


C'est le constat dramatique d'un dysfonctionnement généralisé, de la maternelle à la fin du lycée, que tire la Cour des comptes de son analyse du système scolaire français. Présenté mercredi 12 mai lors d'une conférence de presse, le rapport de la Cour (200 pages), intitulé "L'éducation nationale face à l'objectif de la réussite de tous les élèves", repose sur deux ans d'auditions des meilleurs spécialistes de notre système éducatif et une enquête de terrain dans 60 établissements de six académies (Aix-Marseille, Bordeaux, Clermont-Ferrand, Orléans-Tours, Montpellier, Paris et Versailles), ainsi qu'en Ecosse, Espagne et Suisse.

Contrairement à ce que pensent nombre de Français de leur école – et malgré un budget qui est le premier de l'Etat –, la politique de l'éducation nationale aggrave les inégalités et produit trop souvent de l'échec. Un constat dû en grande partie au fait que le système impose et empile d'en haut ses directives et ses réformes sans tenir compte des besoins de l'élève ni vérifier leur efficacité sur le terrain.

Un échec aussi à aller chercher dans le fait que "l'école secondaire est encore gérée sur la base de décrets datant de 1950, quand on avait 5 % de bacheliers !" Pour inverser la tendance et renouer avec la "réussite de tous les élèves", le rapport préconise de placer enfin réellement l'élève "au cœur du système", notamment en tenant compte de ses manques et de ses besoins.

D'autre part, en changeant radicalement d'approche dans la gestion du système : "Il est désormais impératif de remplacer la logique de l'offre scolaire – qui repose sur des moyens alloués en fonction des programmes : tant d'heures de cours, qui signifient tant d'enseignants, qui signifient tel budget –, par une logique fondée sur la demande, c'est-à-dire sur une connaissance nettement plus précise des besoins des élèves", insiste le rapport.

Au cours de leur enquête, menée de fin 2007 à septembre 2009, les conseillers de la troisième chambre ont ressenti "un grand intérêt du terrain, qui supplie que ça bouge, mais aussi un fort découragement et épuisement devant les effets d'annonce".

En conclusion, le rapport de la Cour énumère 13 propositions réparties en quatre grands chapitres. Elles vont de la reforme de la gestion du système éducatif à la révision de l'organisation des emplois du temps et des rythmes scolaires, en passant par la réorganisation des classes (quels élèves dans quelles classes ?), l'affectation des enseignants (quels enseignants devant quels élèves ?) et une refonte de l'aide apportée aux élèves en difficulté.


Une nouvelle gouvernance

Le rapport de la Cour des comptes, pointe un "hiatus" important entre les coûts et les performances de notre école : "La France est le pays de l'OCDE où le retard scolaire à 15 ans est le plus important (…), un de ceux où les écarts de résultats entre élèves se sont le plus accrus [et] où l'impact de l'origine sociale sur les résultats des élèves est le plus élevé ", souligne le rapport.

Si elle continue de la sorte, elle ne pourra jamais atteindre ses objectifs de 80 % d'une classe d'âge au niveau du bac et 50 % avec un diplôme du supérieur. Aujourd'hui, la France est loin du compte, avec seulement 25 % d'une classe d'âge au niveau de la licence (bac + 3). Pour lutter contre l'échec scolaire, le rapport propose "d'accroître le financement du traitement de la difficulté scolaire à l'école primaire", où commence à se construire l'échec.

Il souligne aussi l'importance de "mettre fin à une allocation des moyens uniforme", sans prise en compte des écarts et des objectifs entre établissements. "Entre un lycée qui a 100 % de réussite au bac et un autre qui n'a que 40 % de réussite, il n'y a que 10 % d'écart dans les moyens horaires alloués", dénonce la Cour. Elle remarque au passage que le ministère ne connaît même pas précisément les coûts de sa politique de lutte contre l'échec, "ce qui empêche de déterminer quels dispositifs doivent être maintenus ou supprimés".


S'adapter aux besoins de l'élève

Dans ce domaine, tout est à revoir car l'élève, qui est prétendument au centre du système, est en fait "le dernier servi", dénonce la Cour. A commencer par le temps et les rythmes scolaires qui ne lui sont absolument pas adaptés. Surtout pour ceux déjà en difficulté, qui peuvent dépasser la journée de six heures de cours quand ils ont aussi à suivre ceux de soutien scolaire, en sus des heures de cours ordinaires.

Les redoublements, qui sont le plus souvent inefficaces et coûteux, devraient être revus à la baisse et les économies ainsi faites allouées "au financement d'actions d'accompagnement personnalisé". Il faut "arrêter de dire que tous les élèves doivent avoir le même nombre d'heures de mathématiques et que le soutien est le même pour tout le monde", martèle Jean Picq.

Pour le président de la troisième chambre de la Cour des comptes, rédactrice du rapport, "l'égalitarisme de notre système maintient l'inégalité". La composition des classes est aussi visée par le rapport, qui note que leur "hétérogénéité est plus vécue comme une contrainte que comme un objectif louable".

La Cour pointe encore du doigt une orientation qui se fait par défaut et sur la base de l'échec. La troisième chambre, confirme ce qu'elle avait été la première à pointer, dans un précédent rapport : le risque de ghettoïsation des établissements les plus difficiles qui voient fuir leurs meilleurs élèves du fait de l'assouplissement de la carte scolaire.


Des enseignants plus efficaces

Dans son rapport, la Cour relève que l'affectation des enseignants n'est pas faite en fonction de leurs compétences et des élèves qu'ils auront en face d'eux. Il faut, dit-elle, "définir un cadre réglementaire conforme à la diversité de leurs missions" : enseignement disciplinaire, mais aussi coordination des équipes pédagogiques, accompagnement personnalisé (suivi, aide méthodologique, dispositifs spécifiques, conseil en orientation…). "Un accord annuel arrêté entre les enseignants et les responsables des établissements [devrait] définir les modalités pratiques de répartition de ces missions", estime le rapport.


Des établissements responsabilités

La Cour demande "que ce soient les équipes pédagogiques qui déterminent les modalités de répartition des moyens d'enseignement et d'accompagnement personnalisé". Une mesure révolutionnaire que le ministère ne peut accepter, car elle reviendrait à le destituer.

Enfin, elle propose de systématiser les affectations "sur profil" des responsables et des enseignants des établissements les plus difficiles, et de les évaluer à partir des "bonnes pratiques relevées en France et à l'étranger".


Le rapport de la Cour sort une semaine après celui de l'Institut Montaigne l'école primaire. Beaucoup plus complet, il enfonce le même clou : la réforme de fond en comble de notre système scolaire est urgente. Surtout quand on est supposé élaborer une société de la connaissance.

Reste à savoir si le ministère aura le courage de s'y atteler, tant le changement de cap implique de changements en matière de politique éducative.


Source : LeMonde.fr, Rubrique Société, Marc Dupuis, 12.05.2010 (URL : http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/05/12/la-cour-des-comptes-denonce-le-systeme-scolaire-francais_1350226_3224.html)

mardi 23 mars 2010

Grandir la peur au ventre, au milieu des pierres ...

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Source : LeFigaro.fr, rubrique 24 heures photo, 23.03.2010 (à retrouver sur http://www.lefigaro.fr/photos/2010/03/22/01013-20100322DIMWWW00737-24-heures-photo.php)

mardi 16 février 2010

L'obsession de "l'ennemi intérieur" conduit des enfants kurdes à être jugés comme des terroristes en Turquie


Poursuivis par la justice turque pour avoir manifesté leur soutien au PKK, traités comme des adultes, ils peuvent être condamnés à vingt ans de prison.

La photo de Berivan qui est accrochée au mur du salon familial, au-dessus d’un bouquet en plastique, a fait la une de tous les journaux. Avec son sourire timide, cette adolescente est devenue le symbole de la montée de la répression judiciaire turque contre les enfants kurdes qui participent à des manifestations de soutien à la guérilla du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan).

La jeune fille de 15 ans a été arrêtée le 9 octobre à Batman, dans l’est de la Turquie, au cours d’un rassemblement interdit. Fin janvier, une cour criminelle spéciale l’a reconnue coupable de « crimes commis au nom d’une organisation illégale », « manifestations hors la loi » et « actes de propagande pour une organisation illégale ». Verdict : sept ans et neuf mois de prison. « Ma fille est traitée comme la pire des criminelles, même un meurtrier peut s’en sortir mieux, se révolte Meryem, sa mère. Ils l’ont ramassée dans la rue et en ont fait une terroriste. »

À son procès, Berivan, ouvrière dans une usine d’emballage de vêtements, a déclaré ne pas comprendre la signification du mot « propagande ». Incarcérée depuis quatre mois, elle envoie à sa « maman chérie » de longues lettres sur du papier décoré de fleurs roses. « Je voudrais n’avoir jamais été séparée de toi, c’est si dur d’être ici, sors-moi de là », supplie-t-elle dans une écriture appliquée.


"Une vaste comédie"

Comme Berivan, 83 autres mineurs se trouvent dans la prison de Diyarbakir, la grande ville kurde de Turquie, déjà condamnés ou en attente de jugement. Ces deux dernières années en Turquie, selon un décompte de l’Association des droits de l’homme (IHD), 3 000 enfants sont poursuivis pour avoir pris part à des manifestations, essentiellement dans les régions de l’est du pays. Les jets de pierres et de cocktails Molotov contre les forces de l’ordre ou une simple présence à un meeting tombent sous le coup de la loi antiterroriste et sont punis de très lourdes peines de prison.

Depuis 2006, à la suite d’un durcissement de la législation, les plus de 15 ans sont jugés comme des adultes, en violation de la convention onusienne relative aux droits de l’enfant, signée par la Turquie. « Certains se voient condamnés à vingt ans de prison, sans réduction de peine, s’insurge Canan Atabay, une avocate de Diyarbakir. Prononcer de telles sentences pour des jets de pierres ressemble à une vaste comédie alors que l’avenir de ces enfants est en jeu. C’est l’arsenal législatif qu’il faut revoir de fond en comble. » L’un de ses vingt-deux clients mineurs, âgé de 16 ans, est accusé d’avoir lancé des cocktails Molotov. Il encourt jusqu’à 44 ans de prison.


"Ils sont tous en prison"

Le Parlement est censé s’attaquer à la situation des « enfants terroristes » depuis novembre. Mais le projet de loi n’a toujours pas été inscrit à l’ordre du jour. Victime de l’enlisement de cette « ouverture démocratique » que le gouvernement islamo-conservateur avait promis afin de répondre aux revendications des 12 millions de Kurdes de Turquie. Même si les mesures prévues sont votées, « il sera toujours possible de condamner à une peine supérieure à dix ans » et l’option de la prison restera la norme, selon l’Association des droits de l’homme de Diyarbakir. « Ces jeunes en prison sont les enfants des Kurdes qui ont été tués ou torturés par l’État turc, dont les villages ont été rasés, estime Arif Akkaya, porte-parole d’un collectif de familles, en faisant référence au conflit qui a fait plus de 45 000 morts depuis 1984. Une telle expérience ne peut conduire qu’à leur radicalisation. »

Mehmet, 17 ans, fait partie de la génération de l’« Intifada kurde », comme les médias l’ont surnommée. Remis en liberté provisoire en novembre dernier, l’adolescent avait été arrêté en mars 2008 alors qu’il manifestait pour dénoncer les opérations de l’armée turque contre les bases arrière du PKK en Irak. « Je risque vingt-cinq ans pour des cocktails Molotov, mais dans mon dossier, il n’y a qu’une photo de moi les bras croisés », assure-t-il.

D’une voix tranquille, qui n’a pas encore fini sa mue, le jeune garçon raconte qu’il a eu le temps de réfléchir derrière les barreaux : « La seule explication que j’ai trouvée à ce qui m’arrive c’est que je suis kurde. Mon rêve est désormais de rejoindre l’organisation dans la montagne et de me battre pour mon peuple. » Et l’engagement politique ? « Regardez le résultat, ils sont tous en prison », rétorque-t-il. Depuis l’interdiction en décembre par la Cour constitutionnelle du parti pro kurde, qui était accusé de liens avec le PKK, une centaine de ses membres a été arrêtée. Plusieurs dizaines, dont huit maires, sont toujours détenues.

Source : LeFigaro.fr, Laure Marchand, 11.02.2010 (à retrouver sur http://www.lefigaro.fr/international/2010/02/11/01003-20100211ARTFIG00395-ces-enfants-kurdes-juges-comme-des-terroristes-.php)

vendredi 11 décembre 2009

Cartoon #4 : Hiver neigeux et conflits familiaux !


Calvin&Hobbes

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