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mardi 1 juin 2010

Jean Quatremer : le Financial Times alimente la crise financière


Le biais anti-euro d’une grande partie des médias anglo-saxons est difficilement contestable. À Londres, où j’ai passé deux jours pour rencontrer des opérateurs de marché, il est étourdissant de constater que la fin de l’euro est une réalité incontestable, seule la date faisant encore débat. Dans cette ambiance crépusculaire, qui pousse les traders basés à Londres à jouer contre l’euro, les journaux n’hésitent plus à colporter la moindre rumeur, faisant foin de toute déontologie journalistique, afin d’être parmi ceux qui auront donné le coup de grâce à cette monnaie « moribonde ». Ainsi, la bible du monde des affaires, le quotidien britannique Financial Times, vient, une nouvelle fois, d’être pris la main dans le sac de l’approximation journalistique, ce qui est grave lorsqu’on possède un tel pouvoir d’influence.

Jeudi 27 mai, le FT fait état d'une série de rencontres qui auraient eu lieu à Pékin entre des représentants de la Safe (State Administration of Foreign Exchange, organisme qui gère les réserves de devises sous l’autorité de la Banque centrale chinoise) et des banquiers étrangers au cours de laquelle les autorités monétaires chinoises auraient évoqué leur intention de se désengager substantiellement de la zone euro, voire de mettre fin à la diversification de leurs réserves de change d’un montant de 2450 milliards de dollars (1994 milliards d’euros), dont environ 630 milliards seraient actuellement des euros. Les dates des réunion ne figurent pas dans le papier et un « investisseur » anonyme est seul cité sans que l’on sache s’il était ou non présent à une de ces rencontres. Mais le journal le dit : c’est un virage majeur qui montre que Pékin ne croit plus en l’avenir de l’Eurozone. Le titre de l'article ne laisse guère de doute: "la Chine envisage de réduire son exposition à l'euro".

Que se passa-t-il alors sur le marché ? Panique évidemment. Si les Chinois se débarrassent de leurs euros pour des dollars, il faut vendre d’urgence. L’euro a atteint son point le plus bas en quatre ans dans la journée de jeudi, entrainant les bourses dans son sillage. Il a fallu que Pékin démente vigoureusement ce papier : « la Chine est un investisseur responsable et de long terme dans l’investissement des réserves de change et nous suivons toujours le principe de diversification (…) L’Europe a été, est et restera l’un des principaux marchés d’investissement pour les réserves de change de la Chine ». Fermez le ban. Les marchés se sont calmés, conscients d’avoir accordé du crédit à une simple rumeur, et l’euro est remonté au dessus de 1,23 dollar.

Quand on y réfléchit, le rédacteur en chef du journal aurait dû se poser quelques questions de base. Est-il crédible que la Chine annonce à des étrangers sa politique en matière de réserve de change ? Est-il crédible que la Chine ait pris le risque de faire diminuer la valeur de ses réserves en euros (sans parler de celle de ses investissements dans la zone) ? Est-il crédible que la Chine panique à son tour et préfère revenir au « tout dollar », bref à une dépendance accrue à l’égard des États-Unis dont la monnaie n’est pas plus stable que l’euro ? Est-il crédible que la Chine dont la monnaie est accrochée au dollar prenne le risque de voir sa monnaie s'apprécier face à l'euro? Est-il crédible que la Chine retire son argent de la zone euro ? Pour le placer où ? Quelles sont les zones économiques stables qui existent dans le monde ? Est-il crédible que la Chine panique aujourd’hui à cause de la crise de la dette souveraine européenne alors qu’elle n’a pas paniqué au moment de la crise bancaire aux États-Unis ? Est-il crédible que la Chine préfère mettre toutes ses billes dans le panier américain alors qu’il n’est absolument pas garanti que les États-Unis soient sortis durablement de la crise ? Est-il crédible que la Chine, en faisant une telle annonce qui ne pouvait que fuiter, concoure à déstabiliser la zone euro et donc l’économie mondiale au moment où ses exportations repartent ? Bref, est-il crédible que la Chine se tire une balle dans le pied ?

À toutes ces questions, la réponse est évidemment négative. D’ailleurs, depuis, tous les économistes sérieux expliquent que cet article n’a strictement aucun sens, quel que soit le bout par lequel on le prend. Le journaliste, consciemment ou inconsciemment, s'est probablement fait manipuler par l'un de ces fameux « banquiers étrangers » qui avait quelque intérêt à faire paniquer les investisseurs. Un journal qui a la réputation du FT n''aurait jamais dû présenter comme un fait incontestable une simple rumeur, car il ne s’agit pas de n’importe quel journal. Comme me l’ont expliqué des opérateurs de marché, les investisseurs prennent leurs décisions en fonction, non seulement des analyses fournis par des économistes, mais aussi voire surtout des nouvelles et analyses qu’ils lisent dans les médias (de langue anglaise, cela va sans dire). Et cela, le FT le sait pertinemment.

Le journal a-t-il reconnu son erreur ? Que Nenni. Vendredi, on a simplement eu droit à un papier titré : « la Chine est très inquiète de la crise de l’eurozone », avec le démenti de la Safe. Les journalistes ont péniblement expliqué que finalement, la Chine n’allait pas se retirer de la zone euro, mais acheter davantage de titres souverains plus sûrs (ce qui risque de rendre compliquées les émissions de dettes des pays du sud de l’Eurozone, mais passons).

Bref, tout cela n’est pas sérieux et prêterait à sourire si le FT n’en était pas à son second mauvais coup. Ainsi, le 27 janvier, il affirmait que la Chine venait de refuser d'acheter 25 milliards d'euros d'emprunt grec, en exclusivité par l’intermédiaire de Goldman Sachs. Un papier qui a déclenché la panique sur les marchés, deux jours après une émission de dette réussie par la Grèce. La crise risquait de se calmer, cela aurait été dommage pour les ventes du FT. Depuis, curieusement, le journal britannique n’est plus revenu sur cette information capitale qui aurait à tout le moins mérité une enquête, y compris pour démontrer comment on s'est fait manipuler ? Trop dangereux, peut-être ?


Source : Les Coulisses de Bruxelles, Jean Quatremer, 30.05.2010 (URL : http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2010/05/le-financial-times-la-crise-et-la-d%C3%A9ontologiele-biais-anti-euro-dune-grande-partie-des-m%C3%A9dias-anglo-saxons-est-difficil.html)

mercredi 28 avril 2010

Les utilisateurs du Web aideront-ils Facebook à conquérir le monde ? Réflexions à propos du nouveau bouton "like" de Facebook et ses implications


Vos sites préférés sont désormais tous connectés à Facebook. Sur le site de streaming Pandora, quand vous écoutez une chanson, vous pouvez maintenant appuyer sur le bouton «j'aime» (ou like, en anglais), avertissant ainsi tous vos amis Facebook de votre dernière découverte musicale. Idem pour un film sur IMDb, un restau sur Yelp, un article sur CNN.com, des cosmétiques Sephora, un jeans Levi's, et des dizaines d'autres produits disponibles sur le Web, y compris tous les articles jamais publiés sur Slate.com. Ces sympathiques petits boutons « j'aime » n'ont l'air de rien comme ça, mais ne vous y fiez surtout pas. Ce sont en fait les prémices du nouveau super plan imparable de Facebook pour ficher la totalité du Web, et il y a de fortes chance pour que dans les années qui viennent, ils s'avèrent une aide précieuse pour aider le réseau social à remodeler le Web à son goût.


Ces petits boutons «j'aime» font donc partie d'un projet que Mark Zuckerberg, le PDG de Facebook, a dévoilé cette semaine lors d'une conférence à San Francisco. Les détails du déploiement sont un peu techniques, mais le programme de Zuckerberg est assez clair: Facebook a décidé de s'emparer du Web. Le site a souvent été raillé, qualifié de «jardin muré» par certains - le service ne laissant pas vraiment les utilisateurs interagir avec le reste du Web, au-delà des bordures bleues de leur profil. Il est pourtant communément admis parmi les experts high-tech que ce genre de bonheur en huis-clos n'est pas fait pour durer ; en effet, quel que soit le nombre d'inscrits sur un site, ceux-ci auront envie à un moment ou un autre d'escalader la clôture pour aller voir si l'herbe est plus verte ailleurs. (Rappelez-vous Compuserve et Prodigy) Zuckerberg et sa clique, bien conscients du risque, ont donc décidé depuis quelques années d'ouvrir petit à petit le site à d'autres services tiers. Mais Facebook n'a nullement l'intention de faire tomber ses murs. Le plan, c'est plutôt d'agrandir le jardin en invitant le reste du Web à venir s'y amuser. Et brouiller les frontières entre ce qui est Facebook, et ce qui ne l'est pas.


Expérience personnalisée

Désormais, vous pourrez utiliser Facebook même sans y être. En plus des boutons «j'aime», les développeurs ont installé de nombreux plugins afin que d'autres services vous permettent de vous connecter sur leur site avec votre compte Facebook et ajouter des commentaires, par exemple. Ces plugins vous signalent également lesquels de vos amis ont déjà rejoint ce site, les pages qu'ils ont «aimées», et vous proposent des recommandations en fonction de vos préférences et les leurs. Pour Zuckerberg, ces plugins ajouteront une dimension plus «sociale» au Web, incitant les gens à interagir avec toutes ces pages améliorées.

Et là-dessus, je dois avouer qu'il n'a pas tort: j'irais plus souvent sur Yelp si mon expérience sur le site était personnalisée - si mes amis pouvaient être avertis des restaurants que je note par exemple, ou si on me recommandait une liste de cafés en fonction de ceux que mes amis ont «aimé». L'exemple de Pandora est assez éloquent: ces sites qui vous proposent des recommandations musicales sont un peu longs à la détente, puisqu'ils personnalisent une playlist au fil du temps et de ce que vous écoutez. Mais avec un accès à votre profil Facebook, Pandora devrait pouvoir déterminer instantanément ce que vous avez envie d'écouter, et ce même si vous n'avez jamais visité le service. Et ça pourrait marcher avec à peu près tous les sites Web; imaginez un site de shopping dont les recommandations faites en fonction de ce que vous avez «aimé» ou pas seraient toujours judicieuses. Pratique, n'est-ce pas? Ou bien imaginez que vous cherchiez un spécialiste pour vous aider à remplir votre déclaration de revenus. Vous vous sentireriez plus rassuré de contacter une société si vos amis l'ont «aimée», non? Vous ne surfez plus seuls; désormais, ceux à qui vous faites confiance sont là pour vous aider, où que ce soit sur le Web.

Mais tout ceci ne serait pas véritablement révolutionnaire si ce n'était qu'une histoire de plugins. Après tout, le Web en est déjà saturé - pour preuve tous les boutons en bas de cette page qui vous permettent de partager cet article sur Twitter, Digg, Yahoo, et autres. Alors qu'est-ce que les «j'aime» de Facebook ont de plus que tout ça? D'abord, Facebook a 400 millions d'utilisateurs - sa courbe de croissance ressemble à celle d'une réaction nucléaire en chaîne juste avant qu'elle atteigne sa masse critique. Et ce chiffre augmente constamment, et de plus en plus rapidement. Les utilisateurs de Facebook sont également très actifs - ils cliquent partout, sur Facebook et ailleurs. Chaque mois, ce sont plus de 25 milliards de liens qui sont partagés entre membres. Et Facebook Connect, un service d'identification lancé il y a deux ans, a été adopté par 80,000 sites tiers, et plus de 100 millions d'utilisateurs Facebook s'en servent. En seulement 24h après leur apparition sur des sites comme Slate, Facebook estime que ses boutons «j'aime» seront cliqués 1 milliard de fois.


Profilage volontaire

Maintenant, la suite. Chacun de ces «j'aime» - au moins un milliard par jour, 365 milliards par an - est enregistré dans les serveurs de Facebook. Difficile d'estimer la valeur de ces informations, mais n'oublions pas que le site possède déjà la plus grosse base de données d'activité inter-utilisateurs au monde. Bientôt, il s'agira donc également d'activité entre les utilisateurs et ce qu'ils aiment, que ce soient articles, restaurants, chansons, livres, films, jeans, cosmétiques, etc. De nombreuses entreprises analysent aujourd'hui votre comportement online, mais ce qui est révolutionnaire avec le système Facebook, c'est que tout ça devient totalement volontaire. Nous, hordes facebookiennes, remplissons avec ardeur les fiches personnelles de leur base de données en leur fournissant des informations extrêmement précises et précieuses sur nous-même et notre entourage. Aucune autre société n'aura rien qui se rapproche de ce gigantesque catalogue de désirs et d'intentions - pas même Google.

Ça a l'air un peu effrayant, certes, mais je ne dis pas ça pour vous faire peur. Facebook n'est pas le premier à prendre le Web pour son terrain de jeu personnel, et ce ne sera pas non plus le dernier. Google, par exemple, est depuis longtemps le maître du profilage online. Chez Facebook, on assure que tous ces nouveaux outils n'ont pas été mis au point au détriment de la confidentialité (pour vous renseigner sur les réglages de ces nouveaux plugins, allez lire cette FAQ). D'un autre côté, de nombreux utilisateurs de Facebook se préoccupent depuis longtemps de la façon dont le site gère leurs informations personnelles, et le plan dévoilé par Zuckerberg ne fait que renforcer ces inquiétudes.

On peut donc tout-à-fait imaginer que comme Google, Facebook décide d'utiliser ces informations à des fins heureuses, mais aussi à des fins qui filent la chair de poule. C'est le revers de la médaille à notre existence numérique. Les entreprises surveillent vos moindres faits et gestes sur le Web, et vous ne serez pas toujours d'accord avec ce qu'ils font des informations collectées, comme afficher des pubs personnalisées, par exemple. Mais dites-vous que ces données sont aussi extrêmement utiles: si Google et Amazon sont si puissants, c'est précisément parce qu'ils savent énormément de choses sur vous. Et si Google est capable de prévoir le début de la saison grippale ou encore de vous renseigner tous les matins sur le trafic routier, c'est aussi grâce à ces informations.


"Données sociales"

Facebook trouvera sans aucun doute une manière de rentabiliser ces nouvelles données utilisateurs, et plus vous cliquerez sur «j'aime», plus vous aiderez Facebook à cibler les publicités affichées sur votre profil. Mais le site pourrait très bien faire de la pub au-delà de ses murs. Facebook utilise déjà ses nouveaux plugins pour permettre à des sites tiers, comme celui de Slate par exemple, d'obtenir des données démographiques extrêmement précises au sujet des utilisateurs qui visitent leurs pages. De là à ce que le service propose un jour son propre système de ciblage comportemental, il n'y a qu'un pas.

Mais si vous croyez que Facebook a mis en place toutes ces nouveautés pour se faire un maximum d'argent sur le dos des ses utilisateurs, détrompez-vous. Il s'agit d'autre chose, il s'agit, comme le dit Zuckerberg, de construire des outils online encore plus puissants et fonctionnant grâce à des données «sociales». Difficile d'imaginer à l'heure actuelle quelles fins extraordinaires auront ces données, tout comme il nous était impossible en 1998 de deviner que Google pourrait un un jour utiliser nos recherches pour prévoir le début de la saison grippale. Mais de brillantes innovations sont à venir, notamment la manière dont ces données collectées vont aider Facebook et d'autres sites à comprendre les relations entre certaines personnes et des produits ou des pages Web spécifiques. On verra donc s'améliorer les applis qui nous recommandent des restaus, les sites de rencontres, les jeux online, et bien d'autres choses encore.

Surtout, Facebook pourrait bientôt mettre au point le Graal des obsédés des données personnelles : un moteur de recherche «sémantique». Chaque fois qu'un développeur ajoute un bouton «j'aime» sur une page Web, celui-ci permet à Facebook d'obtenir quelques infos sur le genre de données présentes sur cette page. Par exemple, avec les «j'aime» d'iMDb, Facebook finit par savoir quelle page parle d'un acteur, d'un réalisateur, ou bien d'un film. Tout cela rendra donc le site un peu plus malin, puisqu'il saura faire la différence entre The Rock et «The Rock». Ça a l'air de pas grand chose, mais c'est exactement le genre d'information que Google essaie de déterminer à coups d'algorithmes. Maintenant Facebook y a accès gratuitement, grâce aux propriétaires de sites Web eux-mêmes. Et comme Facebook aura appris certaines choses à votre sujet, il pourra deviner si votre recherche concerne plutôt The Rock, la musique rock, ou un groupe de rock.

Facebook est-il donc sur le point de détrôner Google? Probablement que non. Enfin, pas de si tôt. Mais en étendant ses tentacules sur le Web tout entier, Facebook est bien parti pour devenir aussi essentiel et omniprésent que Google. Le plus gros réseau social du monde n'est pas près de prendre sa retraite; au contraire, il a décidé de refaire le Web à son image.


Source : Slate, Farhad Manjoo, traduit par Nora Bouazzouni, 28.04.2010 (URL : http://www.slate.fr/story/20449/facebook-like-conquerir-monde)

lundi 26 avril 2010

Match médiatico-syndical à l'occasion de la réforme des retraites


Lequel de Bernard Thibault ou François Chérèque obtiendra gain de cause sur les retraites ?
Nul ne peut le dire à ce stade du débat. Une chose est certaine, les deux leaders syndicaux ont opté pour une stratégie différente pour se faire entendre des salariés (du public et du privé), et du gouvernement. Au-delà des enjeux propres à la réforme (il faut trouver 40 milliards d'euros d'ici 5 ans pour équilibrer l'ensemble des régimes) se joue un match syndical Thibault/Chérèque sur fond de leadership du paysage syndical national. Décryptage.

Sur le fond d'abord, les patrons de la CGT et de la CFDT ne portent pas le même discours. Thibault ne cesse de tirer à boulets rouges sur une réforme qu'il estime déjà écrite et cherche à peser en mobilisant le plus de monde possible dans la rue. Il dit "niet" à tout recul de l'âge de départ à la retraite ou d'allongement de la durée de cotisation, donnant presque l'impression de nier les causes démographiques du problème, et ne prône qu'une solution en termes de financement supplémentaire. Chérèque est plus souple. Il ne dit non à rien - si ce n'est au recul de l'âge de départ à la retraite - mais fustige une réforme alibi au "calendrier trop court" qui aura comme conséquence de creuser les inégalités. Il est plus dans la proposition que dans la création d'un rapport de force basé sur la dénonciation.

Sur la forme ensuite, leur stratégie est radicalement opposée. Thibault s'expose peu. Il ne court pas les plateaux de TV ou de radio pour faire valoir ses idées. Il se contente, à l'aide de phrases médias bien choisies ("plus de travail, moins d'argent", "conflit inévitable", "recul social" ...), de mettre la pression sur Éric Woerth. Il s'économise, se diversifie peu, cible les mêmes publics contestataires et raréfie sa parole. A l'inverse, Chérèque multiplie les interventions TV (Le Grand Journal de Canal + ...), radio (le Grand Rendez-Vous d'Europe 1 ...) et presse écrite (l'Usine Nouvelle ...) pour se faire entendre de tout le monde. Il est partout et veut que cela se sache. Il veut être incontournable, martèle inlassablement le même message pour démontrer que la réforme doit se faire avec la CFDT.

A moins que les leaders des deux premières confédérations syndicales se soient mis d'accord pour se partager le paysage médiatique et les messages à délivrer...

Source : Blog Les Dessous du Social, Marc Landré, 26.04.2010 (URL : http://blog.lefigaro.fr/social/2010/04/retraites-le-match-thibaultche.html)

vendredi 23 avril 2010

Entre l'Élysée et Fance Télévisions, rien ne va plus


Il a supprimé le publicité. Il place ses copains animateurs. Il va nommer dans quelques jours le nouveau président de France Télévisions. Depuis trois ans, Nicolas Sarkozy, autoproclamé directeur des programmes, tente d'imposer sa loi à Patrick de Carolis, à la tête de la télé publique depuis 2005. Enquête sur un duel.

C'est le temps des grandes manoeuvres. Dans quelques jours (ou semaines), le président de la République va nommer directement, pour la première fois depuis 1982, le président de France Télévisions. Une régression démocratique qui renforce l'emprise du chef de l'Etat sur la télévision publique et exacerbe le ballet des courtisans. Pronostics, rumeurs, fausses annonces... les noms fleurissent, les téléphones sonnent, les portes chuchotent. Alexandre Bompard, jeune patron d'Europe 1, est donné favori. Avec qui, contre qui ? Au-delà des batailles d'ambitions, Télérama a souhaité enquêter sur les savoureuses relations entre Nicolas Sarkozy et France Télévisions. Les liens sont traditionnellement compliqués, chaotiques, voire douloureux, entre la télévision publique et son actionnaire, l'Etat. Mais, depuis trois ans, les Français assistent à un spectacle inédit : des réformes historiques décidées sans concertation par le chef de l'Etat – suppression de la publicité, réforme du mode de nomination –, un duel haut en couleur entre un ultra-président autoproclamé directeur des programmes et un patron de France Télévisions orgueilleux et jaloux de ses prérogatives... Récit.

6 mai 2007. Pour la première fois de leur histoire, les Français élisent un enfant de la télé à la présidence de la République. Nicolas Sarkozy a grandi avec Thierry la Fronde, voyagé avec Thalassa, s'est cultivé avec Le grand échiquier. Les stars du petit écran font briller ses yeux. Il est à l'aise avec les caméras, fait du vélo avec Michel Drucker, dîne avec son ami Patrick Sabatier à Neuilly. « Il se sent mieux dans la culture tutoiement, sans diplôme, des animateurs que dans celle coincée, énarquienne, de la haute bourgeoisie », analyse Michaël Darmon, grand reporter politique de France 2 . En ce printemps 2007, le duo qui dirige France Télévisions, Patrick de Carolis-Patrice Duhamel, est en place depuis bientôt deux ans.

Le chef de l'Etat ne connaît pas bien Patrick de Carolis. Il n'a déjeuné qu'une fois avec lui, au lendemain de sa nomination à la tête de la té­lévision publique, le 24 août 2005, alors qu'il était encore ministre de l'Intérieur : « Votre boulot est formidable, vous allez faire des trucs fantastiques ! » Il l'a ensuite croisé lors d'émissions politiques... c'est tout. L'ex-animateur des Racines et des ailes « a tout pour lui déplaire, analyse Michaël Darmon, il a été nommé sous l'ère Chirac, il est grand, fin, classe, et a un nom à particule... au fond très villepinien ! ». Mais il est populaire. Et Nicolas Sarkozy aime les gens populaires. Surtout, Patrick de Carolis est secondé par Patrice Duhamel, vieux routard de l'audiovisuel, qui connaît bien l'ex-maire de Neuilly : « Je l'ai suivi professionnellement depuis ses débuts, je l'ai aidé, quand je dirigeais France 3, à monter son film sur Georges Mandel, et l'ai croisé régulièrement en va­cances, à La Baule. »

Entre le nouveau pouvoir et la télévision publique, les connexions ne s'arrêtent pas là : le conseiller spécial à la culture de Sarkozy, Georges-Marc Benamou, est un ami du couple Duhamel. De leur côté, Patrick de Carolis et Patrice Duhamel ont soigné leur entourage. Le direc­teur général ? Un jeune inspecteur des finances, ex-Copé boy et ex-conseiller de Nicolas Sarkozy... Le secrétaire général de France Télé­visions ? Un ex-directeur de cabinet de Dominique Baudis, très copain avec le noyau historique de Sarkozy, Franck Louvrier et Frédéric Le­febvre. Le directeur de la com ? Un proche de Jean-François Copé qui a participé à plusieurs campagnes électorales de Nicolas Sarkozy. Le chef de l'Etat est donc pour ainsi dire en famille - sinon en confiance - avec ses interlocuteurs.

Au cours de l'été 2007, il parle beaucoup, écoute peu, se plaint spora­diquement « des gauchistes de France 3 », de Laurent Ruquier (qui a soutenu Ségolène Royal) ou de Patrick Sébastien (qui le dézingue à l'antenne). Mais il applaudit aussi ostensiblement le « virage éditorial » engagé depuis deux ans, l'accent mis sur la culture, les fictions historiques, etc. Quand, en juillet, France Télévisions retransmet pour la première fois, en prime time et en direct, un opéra des Chorégies d'Orange, le président de la République, présent, exprime sa satisfaction devant les caméras. Ce soir-là, Patrick de Carolis lui glisse : « Aidez-nous à faire plus de culture ! Du fait de la faible audience, ce prime time nous coûte cher en perte publicitaire : 500 000 euros ! » Pourquoi pas une coupure publicitaire dans les émissions de flux, qui rapporterait une vingtaine de millions d'euros et permettrait de financer des programmes culturels ambitieux ? Pourquoi pas l'« entreprise unique » pour rap­procher et harmoniser les cinq chaînes ? Nicolas Sarkozy ne refuse rien. Tout s'annonce donc formidablement bien dans le meilleur des ciels audiovisuels... vite assombri par d'inquiétants nuages : à l'au­tomne, la décision sur la coupure publicitaire n'en finit pas de ne pas arriver.

Carolis et Duhamel sont persuadés qu'à l'Elysée un homme veut leur perte.Ils n'ont pas tort. Même s'il s'en défend, Georges-Marc Benamou, le conseiller à la culture du président de la République, va pendant des mois leur savonner la planche. « Il les débinait en permanence, sans doute dans l'idée de les remplacer un jour », raconte un ancien conseiller de l'Elysée. Dès le premier rendez-vous, le malaise est immédiat. Ce que veut Georges-Marc Benamou, dans la plus pure tradition de la Ve République, n'est ni plus ni moins qu'une forme de cogestion des chaînes publiques. Inadmissible pour les dirigeants de France Télévisions. Le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy reçoit les producteurs à tour de bras, tente d'imposer ses vues sur les programmes, propose le nom de Dominique Farrugia, l'ancien Nuls, pour la direction de France 2. Et distille des rumeurs sur le limogeage des dirigeants des chaînes publiques. Excédé, Patrick de Carolis refuse de le saluer lors d'une réunion à l'Elysée. « Je ne serre pas la main de celui qui tient un poignard. » Ambiance. Nicolas Sar­kozy finit par se débarrasser de son remuant conseiller. « Les dirigeants de France Télévisions croyaient être en guerre avec moi, estime celui-ci aujourd'hui, ils avaient tort. Moi parti, les relations avec l'Elysée sont devenues plus dures. »

Et pour cause. Nicolas Sarkozy a une vision tout aussi Ve République de ses relations avec la télévision. A une différence près : lui est président. A France Télévisions, la direction a de tout temps reçu des coups de fil désagréables et subit des pressions indirectes, notamment politiques. Mais avec Nicolas Sarkozy, la situation est inédite : le tout neuf président « n'appelle jamais pour protester sur le contenu du journal, témoigne Arlette Chabot. Il sait que les rédactions aujourd'hui ne sont pas contrôlables ». Non. L'enfant de la télé autopromu « directeur des programmes » harcèle... Patrice Duhamel sur sa grille.

Moins pour demander des têtes, d'ailleurs, que pour en placer : Patrick Sabatier, « ami » injustement banni du petit écran depuis 1992, revient miraculeusement à l'antenne. Les frères Bogdanov, qui ont soutenu la campagne du chef de l'Etat et pour lesquels le fils du président, Pierre Sarkozy, a écrit une musique de générique, conservent une case malgré leurs mauvaises audiences. Daniela Lumbroso obtient un lot de consolation après avoir fait le siège de la présidence. D'autres ont moins de chance : à New York, en décembre 2009, le président de la République insulte Arlette Chabot devant témoins en lui reprochant de ne pas savoir faire de « vraies émissions politiques » comme L'heure de vérité. Propose pour la rem­placer Pierre Sled, journaliste spor­tif, télégénique, moderne... et accessoirement ami de Frédéric Lefebvre. Refusé. David Hallyday et son copain producteur Cyril Viguier n'auront pas non plus d'émission musicale, malgré trois coups de té­léphone, deux visites dans le bureau présidentiel, un tour du parc de l'Elysée et les soupirs du chef de l'Etat : « Johnny ne me prend plus au téléphone. »

L'affrontement sur le terrain des programmes est usant, mais contrôlable pour les responsables de France Télévisions. Il est un autre terrain, infiniment plus dangereux, sur lequel Nicolas Sarkozy va les amener, avec une créativité jamais démentie : celui des réformes. 8 janvier 2008, dans son bureau qui offre une vue magnifique sur la Seine, Patrick de Carolis et sa garde rapprochée écoutent à la télévision le chef de l'Etat annoncer la suppression de la publicité sur les chaînes publiques. C'est la stupéfaction. Et la colère. « Personne ne nous avait prévenus », témoigne Patrice Duhamel. Ni eux, ni la ministre de la Culture, Christine Albanel. Nicolas Sarkozy, qui a besoin d'une annonce forte en ce début d'année, a pris cette décision au dernier moment.

A France Télévisions, les dirigeants n'ont d'autre choix que de sauter dans le train de cette révolution pas anticipée, pas préparée, mais aux conséquences financières énormes. Et d'entendre tout ce que la Sarkozie compte de porte-flingues justifier a posteriori la décision de Nicolas Sarkozy avec ce credo : « C'est parce que les chaînes publiques ne se différencient pas assez du privé que cette réforme est nécessaire. » Patrick de Carolis en est mortifié. Ce discours nie l'existence même du virage éditorial qu'il met en place depuis deux ans et demi. Le chef de l'Etat n'a cure de ces états d'âme. Il est convaincu qu'il tient là une des réformes majeures de son quinquennat et qu'elle plaît aux Français. De plus, elle gêne la gauche. Il ne laissera donc personne d'autre que lui s'en occuper. La commission Copé, chargée de réfléchir à l'avenir d'une télévision publique sans publicité, n'est qu'un aimable habillage destiné à donner l'illusion d'une réflexion démocratique. Le jour même où elle rend son rapport, Nicolas Sarkozy annonce sans concertation que le président de France Télévisions ne sera plus désormais nommé par le CSA, mais par l'exécutif. Donc par lui. Une fois de plus, personne n'a été prévenu de cette initiative.

En ce printemps 2008, le chef de l'Etat ne se contente pas de modifier les règles du jeu, il fait encore monter d'un cran la pression sur les dirigeants de France Télévisions. Lors d'une remise de décoration à l'Elysée, il passe un savon à Patrice Duhamel. Le 20 heures ? « Le même que TF1 en plus mauvais. » L'embauche de Julien Courbet ? « N'importe quoi ! » Le service public ? « Il faut le refaire de haut en bas et du sol au plafond. » La gestion des chaînes ? « J'irai chercher les économies avec les dents dans tous les étages de France 2 s'il le faut. »« Je trouve que les programmes de France Télévisions ressemblent encore trop aux programmes d'une chaîne privée. » Invité de France 3 au début de l'été, il entonne son refrain favori :

Patrick de Carolis songe à démissionner, se ravise et contre-attaque sur RTL. « Lorsqu'on dit qu'il n'y a pas de différence entre la télévision de service public et les télévisions privées, je trouve cela faux, je trouve cela injuste, et je trouve cela stupide. » « C'était peut-être en trop, "stupide"? » glisse-t-il à son conseil­ler après l'interview. Ça l'était. A peine sorti, coup de fil du secrétaire général de l'Elysée. « C'est assez inédit dans l'histoire de la Ve République que le président d'une entreprise publique taxe de stupides les propos du président de la République »,« Mais on n'a jamais vu non plus un président de la République faire les grilles de l'antenne. Inédit pour inédit », répond, sans se démonter, le président de Fran­ce Télévisions. Ce coup d'éclat lui vaudra vingt et un mille messages de soutien de téléspectateurs et un net changement d'image en interne : « Il est passé du statut de René Coty à celui de Che Guevara », s'amuse un proche. A l'Elysée, en revanche, il est grillé. Nicolas Sarkozy aime qu'on lui résiste, pas qu'on lui crache à la figure devant des millions d'auditeurs. S'il cesse de qualifier Patrick de Carolis de « danseur mondain », il ne lui pardonne pas. souligne Claude Guéant.

«Cette fois, ça y est, c'est Bompard. » Samedi 10 avril 2010, Patrice Duhamel raccroche. Il vient d'apprendre par un journaliste, qui le tient lui-même d'Alain Minc, que le choix du successeur de Patrick de Carolis s'est porté sur le patron d'Europe 1 et sera annoncé dans les jours qui suivent. Son entourage croit d'abord à une énième rumeur : « Depuis trois ans, on nous annonce tous les mois qu'on va partir », soupire le secrétaire général de France Télévisions, Camille Pascal. Mais, cette fois, ça a l'air sérieux : les blogs des journalistes médias se déchaînent, expliquent que Nicolas Sarkozy est furieux de ces fuites qui bousculent son calendrier... Patrick de Carolis est ulcéré ; il avait conclu un pacte avec l'Elysée, qui devait le laisser, jusqu'en juin, finir ses négociations sociales pour l'entreprise unique, et le prévenir en amont de sa succession. Cette annonce en plein mois d'avril saccage son travail en interne. Et l'humilie publiquement. A l'Elysée, on réfute les pseudo-révélations : « Alain Minc ne représente que lui-même », « Il n'a jamais été question de nommer qui que ce soit avant juin ! », « C'est vrai que Nicolas Sarkozy réfléchit à la composition d'une nouvelle équipe, mais tout est ouvert pour la succession ».

Ouvert... jusqu'à un certain point. Sur le papier, Patrick de Carolis a des raisons de postuler à sa reconduction, parce que Nicolas Sarkozy, dans un moment d'égarement, le lui a promis il y a deux ans ; plus sérieusement, parce qu'il est bien vu par le grand public, par nombre de parlementaires et jusque dans l'entourage du président de la République. Le présentateur bien élevé des Racines et des ailes a plutôt réussi sa mue en patron de chaînes publiques. Mais cela n'empêche pas Nicolas Sarkozy de consulter à tout-va. Jamais la presse n'a autant bruissé de noms, de la réalisatrice Yamina Ben­guigui à l'ancien patron de France 3, Rémy Pflimlin, de Véronique Cayla, directrice du CNC, à... Alexandre Bompard.

Patrick de Carolis se préparait à un possible départ. Mais pas annoncé de telle façon. Alors, comme chaque fois qu'il est blessé depuis trois ans, le patron de France Télévisions, d'ordinaire plutôt secret et réfléchi, se transforme en Cyrano de Bergerac, se bat et le fait savoir. Cette fois, il ne va pas à RTL dénoncer la « stupidité » des propos de Nicolas Sarkozy. Il fait voter en conseil d'administration la suspension de la privatisation de la régie publicitaire contre l'avis des représentants de l'Etat.

La suite ? Elle est écrite. Comme Jean-Paul Cluzel, éjecté l'année dernière de Radio France malgré un bon bilan, Patrick de Carolis est promis à un enterrement sans fleurs ni couronnes. Nicolas Sarkozy ne se contentera pas de lui trouver un successeur - vraisemblablement Alexandre Bompard -, il lui offrira en bonus l'équipe qui va avec - directeur de l'information, des programmes, de la gestion, du numérique. Une gestion de la télévision publique qui fleure bon les débuts de la Ve. Vivement le retour des Dossiers de l'écran et de Thierry la Fronde...

Source : Télérama n° 3145, Emmanuelle Anizon et Olivier Milot, 22.04.2010 (URL : http://television.telerama.fr/television/l-elysee-prend-l-antenne,55104.php#xtor=RSS-18)

mardi 23 mars 2010

"Centre : à qui le tour ?" - Un article de Telos


"Les régionales marquent la fin d’une séquence politique entamée lors de la dernière campagne présidentielle et marquée par l’émergence du Modem. La percée de François Bayrou était liée à l’érosion du PS et à la constitution à droite d’un parti unique que Nicolas Sarkozy avait mis au service d’une stratégie d’asphyxie du Front national. La déconfiture du Modem laisse en friches un espace politique que d’autres acteurs vont tenter d’occuper.
"

Pour lire la suite de cet excellent article, cliquez sur : http://www.telos-eu.com/fr/article/centre_a_qui_le_tour - Source : Telos*, Richard Robert, 23.03.2010



*Qu'est-ce que Telos ?

Telos est une agence intellectuelle fondée en décembre 2005. Elle est présidée par Zaki Laïdi. Regroupant universitaires et professionnels, elle aspire à répercuter sans esprit partisan les grands débats mondiaux dans un espace français livré aux passions hexagonales. L’écart qui sépare la France des autres grands pays est devenu trop préoccupant pour que nous ne nous interrogions pas sur le narcissisme de nos petites différences et sur les moyens de s’en défaire.
Telos aspire ainsi à servir de plateforme de débat entre intellectuels, de lien entre intellectuels et médias, de canal de communication entre intellectuels et public.

Telos est une agence d’inspiration réformiste. Mais elle n’est affiliée à aucun parti ou aucune institution. Les personnalités qui parrainent et animent Telos le font à titre strictement personnel.


Tous les articles de Telos sont disponibles sur : http://www.telos-eu.com/fr

mercredi 2 décembre 2009

Médias et politique : "Le bal des petites phrases politiques"


Du lundi 7h40 au dimanche 19h, les politiques se succèdent dans les radios et télévisions. Au micro, langue de bois et phrases toutes faites. Notre manuel de rhétorique.

Quel courage, ce Jean-Michel Aphatie! Tous les matins, le journaliste prépare des questions pour ses invités, sur RTL à 7h50. En face, inlassablement, des ministres et dirigeants politiques déclament des réponses anticipées, sans égards pour le chroniqueur, qui malgré ses efforts obtient peu de réponses fraîches. En plus du créneau d'Apathie, une dizaine de grandes interviews politiques en direct rythment chaque journée, soit 50 entretiens par semaine.

- Il y a les quotidiens:
7h40 - Les 4 Vérités, France 2 7h50 - L'invité de Jean-Michel Aphatie, RTL 8h15 - L'invité du matin, France Info 8h20 - L'invité de Jean-Pierre Elkabbach, Europe 1 8h20 - L'invité de Nicolas Demorand, France Inter 8h30 - Bourdin, RMC et BFMTV 12h15 - L'invité de Christophe Barbier, LCI 18h - Le Talk Orange Le Figaro18h15 - L'invité du soir, France Info 18h48 - Europe 1 Soir • 19h30 - Canal+ Le Grand Journal

- Et les hebdomadaires
Mercredi à 19h30 - France Inter «Questions du mercredi»Dimanche à 10h - Europe 1 - Grand rendez-vous • 14h20 Radio J • 17h Politique, iTélé • 18h - La tribune BFMTV DailymotionLe Grand Jury RTL Le Figaro LCI.
• 18h20


Les partis s'organisent pour contrôler ce circuit: la semaine dernière, les membres de la majorité ont occupé 20 de ces créneaux, contre à peine 10 pour la gauche. Sur tout le PAF, au total, on a vu une dizaine de ministres, dont Laurent Wauquiez trois fois (Canal+ lundi, LCI mardi, Europe 1 jeudi), Roselyne Bachelot deux fois (France 2 lundi, France Info mardi) et Nadine Morano deux fois (France Info mercredi, RMC jeudi).

Les porte-voix de l'UMP remportent le gros lot. Xavier Bertrand, Frédéric Lefebvre, Dominique Paillé, respectivement secrétaire général, porte-parole et porte-parole adjoint de l'UMP, ont eu droit à dix invitations en une semaine (LCP, France 24, LCI, France 3, France 5, RMC/BFMTV, NRJ12 et le prestigieux Grand Jury RTL, dimanche, pour Bertrand). Et cette semaine ? Pas moins de 9 ministres sur les antennes rien que lundi - 7h40 : Xavier Bertrand (France 2); 7h50 : Bernard Kouchner (RTL); 8h15 : Jean-François Copé (France Info); 8h20: Michel Barnier (Europe 1); 8h20 : Hervé Morin (France Inter); 8h30 : Roselyne Bachelot (RMC/BFMTV); 18h : Hubert Falco et Michel Barnier (Le Talk Orange Le Figaro); 18h48 : Martin Hirsch (Europe 1).

En marketing, on parlerait d'un «très fort taux de pénétration».


Dans cette tournée des popottes audiovisuelles, les mêmes formules, chaque fois répétées avec le même entrain. Parfois, un entretien particulièrement pugnace permet de montrer et démonter l'argumentaire clés en main: ce sont les «éléments de langage» arrêtés par exemple à l'Elysée sur tel dossier. Pour les décoder, Slate vous propose ce manuel de rhétorique 1.0 à l'usage des professionnels de la petite phrase.


1 : LES SUPPORTEURS FANTÔMES

Question: «Alors, monsieur le ministre, ça râle dans les campagnes ! Votre politique mécontente jusque dans vos propres rangs!» La suppression de la taxe professionnelle ou la création de la taxe carbone, par exemple, ont suscité de forts remous dans votre majorité. Dans ce cas, une seule réponse s'impose : ne reconnaissez aucune erreur. Inventez plutôt des supporteurs fantômes et faites-leur approuver votre politique. A quoi d'autres serviraient les majorités silencieuses?

Exemples

Moi j'ai reçu beaucoup beaucoup de courriers de personnes qui me disent c'est formidable de m'avoir offert 200 euros en chèque emploi services universel, je vais pouvoir payer un peu de femme de ménage, un peu de garde d'enfant, ce que je pouvais pas faire.

Christine Lagarde, Europe 1, 06/07/09

J'étais très surpris parce que sur un sujet comme celui-ci c'est pas un débat qui intéresse seulement les parlementaires, dès lundi, j'ai reçu nombre de réactions au siège du Mouvement populaire, des mails, des appels téléphoniques et vous me dites qu'il y a débat, la proportion était grosso modo trois quarts, un quart. Trois quarts qui disaient, nous ne sommes pas favorables à la remise en cause du bouclier fiscal...

Xavier Bertrand, Le Talk Orange Le Figaro, 18/03/09

J'étais la semaine dernière dans le Calvados et le message de nos militants, de nos sympathisants, de nos électeurs, c'est: faut pas se laisser distraire, il faut rester concentré sur nos valeurs, il faut rester concentré sur nos priorités: l'emploi, la sécurité, le refus des augmentations d'impôts...

Xavier Bertrand, Europe 1, 15/10/09


2 : LES CONTRADICTEURS IDIOTS

Vous devez maintenant défendre la politique du gouvernement sur des questions essentielles (économie, emploi, valeurs). Les journalistes ne reconnaissent pas toujours votre volontarisme et sous-estiment vos résultats. Solution : inventez des adversaires qui disent des choses idiotes; prenez leur contre-pied et paraissez plus intelligent en quelques secondes.

Exemples:

D'ailleurs, qu'est-ce qu'on disait avant la crise? Que le politique ne servait plus à rien, que c'était la libre-concurrence, que c'était la libre-compétition qui agissait. Eh bien cette crise a permis de démontrer qu'il y avait le retour du politique et que le volontarisme politique façon Sarkozy eh ben ça marchait et ça avait sans doute permis à la France, notamment avec son plan de relance fondé sur l'investissement, de mieux résister.

Christian Estrosi, France Inter, 23/9/09

La différence aujourd'hui, c'est entre ceux qui pensent qu'on peut continuer comme avant à notre petit rythme et ceux qui pensent qu'il faut changer les choses parce que le modèle français a de l'avenir à une condition, qu'on n'ait pas peur, qu'on ait le courage de le réformer.

Xavier Bertrand, Europe 1, 23/6/09


3 : LE DEBAT SALUTAIRE

Si le «fronde» interne persiste et «fissure» le bloc majoritaire, les journalistes insisteront pour vous le faire avouer. Pas question: sortez la carte du débat salutaire. Elle a très bien marché quand une vingtaine de sénateurs, regroupés autour de Jean-Pierre Raffarin, ont menacé Nicolas Sarkozy de ne pas voter la suppression de la taxe professionnelle par voie de presse. Pour avoir assisté à une violente engueulade entre le sénateur et ses collègues dans les couloirs du Sénat, je peux vous certifier que cela n'avait rien d'un échange courtois.

Exemples:

Quand il n'y a pas du tout de débat on dit, oh la la, tout le monde pense la même chose, tout le monde est sur la même ligne, pourquoi y'a pas de débat chez vous ? Moi je préfère qu'il y ait des débats, francs... et c'est plutôt salutaire.

Xavier Bertrand, France Info, 3/11/09

Il faut arrêter avec cette idée que quand les parlementaires coproduisent les réformes c'est pour diviser. C'est pas pour diviser, c'est pour améliorer parce qu'ils sont dans le débat.

Jean-François Copé, LCI, 2/11/09

C'est un appel à la discussion de Jean-Pierre Raffarin... c'est un appel au dialogue, ce qui est bien naturel d'ailleurs.

Eric Woerth, RTL, 2/11/09

Quand vous avez des sujets aussi lourds, qui concernent directement les sujets locaux, vous voudriez que ça se passe sans débat ? Bien sûr que non. S'il n'y avait pas de débat, vous seriez les premiers à me poser la question, est-ce qu'on n'a pas une majorité qui est un peu trop au garde-à-vous ? Maintenant qu'effectivement il y a des vrais débats, vous me dites, ah attention c'est la crise. C'est ni l'un, ni l'autre. Les débats sont logiques, ils sont normaux et je les souhaite.

Benoist Apparu, Le Talk Orange Le Figaro, 5/11/09


4 : L'AMBITION POUR LES IDEES

«Serez-vous candidat? Préparez-vous votre entrée au gouvernement? Allez-vous diriger le Parti socialiste?» Seuls les vantards ont de l'ambition. La prudence recommande de ne jamais déclarer une candidature avant d'avoir la certitude de gagner. Soyez plutôt candidat au débat d'idées. Rappelez que les Français sont fatigués des manœuvres d'appareil et attendent autre chose que des ambitions personnelles.

Exemples :

Non la réponse, vous savez, c'est cette espèce de jeu de saut d'obstacles où à chaque fois qu'on a une responsabilité on pense à celle d'après. Déjà je vais essayer de survire à cette responsabilité de porte-parole qui, je le mesure bien, sera une rude tache.

Laurent Wauquiez, interrogé sur une future candidature à l'Elysée, RTL, 20/06/07

Ben écoutez, un avenir qu'on construit mais qui n'est pas tourné vers moi-même, je crois que c'est très important en France quand on est engagé en politique de regarder autour de soi et de regarder ce que ressentent nos concitoyens.

Dominique de Villepin, interrogé sur sa vision de son propre avenir politique, France Inter, 28/10/09

Ça n'est pas d'actualité... Personne ne me mettra la pression sur quoique ce soit. Aujourd'hui je suis engagée dans un travail en profondeur, dans un combat corps à corps dans les municipales...

Ségolène Royal, interrogée sur son éventuelle candidature au poste de Premier secrétaire du Parti socialiste, RTL, 20/01/08)

Pour le moment il ne s'agit pas d'être candidat, je vous dis clairement aujourd'hui il faut se rassembler derrière notre président... pour défendre son institution.

Jean-Pierre Raffarin, interrogé sur son éventuelle candidature à la présidence du Sénat, qu'il finira par officialiser, Le Talk Orange Le Figaro, 9/6/08


5 : LES FRANÇAIS

Une polémique assaille votre gouvernement ou votre parti. Qui sera tête de liste? Le ministre va-t-il démissionner ? Pourquoi les couacs se multiplient-ils ? Vous ne devez jamais paraître affaibli. Faites donc dire aux Français que la question ne les intéresse pas.Vous seuls savez ce qui importe à leurs yeux, en l'occurrence un sujet qui n'a rien à voir avec ce que le journaliste veut savoir.

Exemples:

Et aujourd'hui vous savez, nos électeurs, veulent pas qu'on essaie de faire un drame de tel ou tel sujet, ils veulent qu'on soit sur les priorités, y'a que ça qui les intéresse.

Xavier Bertrand, interrogé sur la non-application de la loi sur les tests ADN, Le Talk Orange Le Figaro, 18/9/09

Je dis simplement qu'il y a des sujets graves en France : le chômage, la crise financière dont on parlait à l'instant ; et je trouve que pour moi, il y a des priorités beaucoup plus importantes pour les Français et la vie des Français.

Rachida Dati, interrogée sur des propos de Brice Hortefeux, RTL, 15/09/2009

Mon attention, je vais vous dire, et ce n'est pas de la langue de bois, elle est toute entière tournée vers les producteurs de lait qui n'arrivent plus à vivre correctement en France.

Bruno Le Maire, interrogé sur le procès Clearstream, RTL, 18/9/09

Notre préoccupation actuellement c'est pas nos affaires internes, c'est pas ce qui intéresse les Français, c'est de faire renaître la gauche, à l'intérieur de la gauche c'est de faire renaître le Parti socialiste parce que la France et les Français en ont besoin, c'est ça l'important.

François Lamy, interrogée sur les fraudes au Parti socialiste, Europe 1, 14/9/09


6 : LA RIME ET L'HOMOPHONIE

En toute occasion, un beau martelage publicitaire vaut cent mots.

Exemples :

L'Europe a besoin de pédagogie, elle a pas besoin de démagogie.

Xavier Bertrand, Le Talk Orange Le Figaro, 30/6/08

Les socialistes ont préféré la démagogie à l'écologie.

Xavier Bertrand, Europe 1, 31/8/09

Vous savez la règle est simple: il ne doit y avoir ni territoire oublié, ni population négligée, ni déliquance tolérée.

Brice Hortefeux, Europe1, 01/09/09

Ce qui lui manque à Valérie Pécresse c'est justement cette capacité à rassembler au-delà de son camp et je dirais au-delà de son clan.

Jean-Paul Huchon, Europe 1

Un parti ce sont des additions, pas des soustractions.

Arnaud Montebourg, RTL, 26/11/08

Continuer la relance, réguler la finance.

Christine Lagarde, RTL Le Grand Jury, 27/9/09

Je veux vous dire que quand la France cherche à apaiser, c'est dommage qu'une collectivité locale cherche à attiser.

Jean-Pierre Raffarin, en allusion à Bertrand Delanoë, maire de Paris, RTL, 28/4/08

D'accord pour se mettre en ligne, pas d'accord pour s'aligner.

Henri Emmanuelli, interrogé sur l'alignement des régimes spéciaux de retraite sur le privé ou le public, RTL, 12/09/07

La gestion doit être rigoureuse, mais la rigueur n'est pas d'actualité.

André Santini, LCI, 06/09/07

La retraite, ce n'est pas la mise en retrait mais l'occasion de retraiter sa vie.

Françoise de Panafieu, réunion publique, 13/12/07


7 : LE CHIASME

Comme la rime et l'homophobie, le chiasme est un jackpot rhétorique. Les journalistes radio et télé adorent les chiasmes et les conservent systématiquement au montage, car ils durent souvent moins des 25 secondes requises. N'oubliez pas que les phrases interminables et impossibles à couper finissent toujours à la poubelle du 20h. Le tout-info donne une prime à la petite phrase bien roulée, celle qui sonne bien.

Exemples :

Au lieu que le parti contribue à fabriquer l'opinion, ce qui était son rôle depuis tout le temps, désormais c'est l'opinion qui va faire le parti.

Laurent Fabius, Europe 1, 24/8/09

La vérité, c'est qu'il existe des régimes spéciaux de retraites qui ne correspondent pas à des métiers pénibles et qu'il existe des métiers pénibles qui ne correspondent pas à un régime spécial de retraite.

Nicolas Sarkozy, ouverture d'un salon agricole, Rennes, 11/09/07

Les prévisions, c'est pas notre travail, mon travail à moi c'est d'essayer de faire mieux que les prévisions.

Laurent Wauquiez, RTL, 27/10/09

Je ne serai pas un aussi bon député si je n'étais pas maire, ni un aussi bon maire si je n'étais pas député.

Yves Jégo, débat au Café de Flore, 19/10/07


8 : PAS LU

Des propos désobligeants ou politiquement embêtants d'un collègue du gouvernement sont cités dans la presse. Les soutenez-vous ou les condamnez-vous? Le journaliste vous demande de choisir entre votre conscience et votre loyauté, c'est-à-dire entre votre avenir ou vos électeurs. Un dilemme impossible. Bottez en touche. Ces propos, vous ne les avez tout simplement pas entendus. Ce livre? Quel livre? Vous ne l'avez pas lu.

Exemples:

Excusez-moi parce que j'ai travaillé jour et nuit toute cette semaine et je n'ai pas eu le temps de suivre tous les aspects de cette polémique, certainement passionnante et que je retrouverai en revenant à Paris. Honnêtement, j'ai été bien occupé ici par des dossiers extrêmement lourds et je n'ai pas pu suivre les péripéties de toute cette actualité, mais je suis sûr qu'elle a été passionnante.

Nicolas Sarkozy, conférence de presse du G20 à Pittsburgh, interrogé sur les propos de Brice Hortefeux, 25/9/09

Je peux pas vous répondre sur des écrits que je ne connais pas, euh, puisque vous m'y encouragez je regarderai ce livre... qui est paru encore une fois voici longtemps, je ne sais pas dans quel contexte cela a été écrit, dans quel contexte il a été présenté, mais en revanche ce que je sais c'est que c'est un ministre de la Culture qui est aujourd'hui totalement, unanimement reconnu et salué pour ses compétences et son action.

Brice Hortefeux, interrogé sur le livre de Frédéric Mitterrand, "La mauvaise vie", RTL, 8/10/09

Vous avez été choqué par la lecture des carnets noirs d'Yves Bertrand dans "Le Point", la semaine dernière ?
- Je vais vous dire, je n'ai pas lu ces carnets. Je n'ai pas eu connaissance...
- Mais vous avez lu "Le Point" comme nous ?
- Non, je n'ai pas lu "Le Point" comme vous.
- Ah c'est dommage ! J'aurais dû vous le donner, hier soir, tiens !
- Et je n'ai pas eu connaissance de ces carnets. On peut s'étonner des conditions dans lesquelles de telles publications interviennent et quel est l'intérêt de telles publications. Je ne crois pas qu'elles contribuent en aucune façon à la bonne démocratie.

Dominique de Villepin, interrogé par Jean-Michel Aphatie, RTL, 17/10/08.


Source : Slate, Ivan Couronne, 02.12.2009 (à retrouver sur http://www.slate.fr/story/13791/petites-phrases-politiques)

dimanche 25 octobre 2009

Affrontement politico-médiatique en Turquie : Doğan vs. Erdoğan


Le groupe de presse privé turc Dogan Yagin, qui se dit victime d’un acharnement politique de la part du pouvoir islamiste turc, a déposé mercredi un recours devant la justice pour contester l’énorme amende à laquelle il a été condamné.

Dogan, s’estimant persécuté en raison de son traitement critique de la politique menée par le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, a décidé de contester cette amende de 2,2 milliards d’euros.

Mardi, les autorités avaient ouvert un second front contre Dogan, plus grand groupe privé de médias en Turquie, en l’accusant d’avoir violé une loi fixant des limites à la participation des groupes étrangers dans des sociétés turques.

Erdogan rejette les accusations d’acharnement politique contre le groupe Dogan, qui contrôle la moitié des médias privés de Turquie. Il accuse cependant ce groupe de se comporter ni plus ni moins comme un parti d’opposition.

Les autorités turques se sont défendues à plusieurs reprises d’utiliser la pression fiscale à des fins politiques. Dans un passé récent, l’Etat a saisi des entreprises ou des avoirs d’éminents hommes d’affaires. Il en a été ainsi du groupe de médias ATV-Sabah, revendu ensuite pour environ 740 millions d’euros.

Depuis quelques années, le paysage économique a beaucoup changé en Turquie, où émerge une influente élite économique proche du Parti Justice et Développement (AKP, islamiste) au pouvoir. Elle vient concurrencer les grands industriels laïques, représentés par les familles Koc, Sabanci ou Dogan, qui avaient jusqu’alors la haute main sur l’économie. (Daren Butler, version française Eric Faye)


Source : Turquie Européenne, 23.10.09 (à retrouver sur http://www.turquieeuropeenne.eu/article3580.html)
Source de l'article : Reuters, le 21.10.09

mardi 20 octobre 2009

Internet, nouveau remède anti-âge


Surfer sur la Toile est une activité qui permet de préserver les fonctions du cerveau et de retarder la régression mentale liée à l'âge qui peut mener à la démence
, ont révélé des chercheurs de l'université de Californie à Los Angeles (UCLA). C'est en effectuant des scanners de cerveaux de personnes âgées qu'ils ont découvert qu'Internet a un effet plus stimulant sur le cerveau que, par exemple, la lecture, rapporte le quotidien britannique Sunday Times. Selon Gary Small, qui a dirigé l'équipe de chercheurs, l'expérience montre que la pratique d'Internet chez des seniors peu accoutumés à l'outil a permis d'améliorer le fonctionnement de leur cerveau. Le surf en ligne stimule aussi bien les cellules cérébrales que les connexions qu'elles établissent entre elles, car cela implique souvent de réaliser plusieurs tâches en même temps. "Le cerveau est comme un muscle, il faut l'entraîner", conclut Gary Small.

Source : Courrier International, Rubrique "Sciences", 20.10.2009 (à retrouver sur : http://www.courrierinternational.com/breve/2009/10/20/le-net-c-est-bon-pour-les-meninges).

mardi 13 octobre 2009

Mannequins, "vrais gens" et rondeurs : polémique journalistique ou débat de société ?


« Les mannequins pèsent en moyenne 23 % de moins qu’une femme normale »
, explique le rédacteur en chef du magazine féminin allemand Brigitte pour expliquer sa décision de ne plus faire appel à des tops professionnels dans ses pages. À partir de janvier 2010, il s’agira de simples lectrices qui se proposeront et seront sélectionnées par le magazine pour leur côté « vrais gens ». Selon Brigitte, elles seront payées au même tarif que les modèles pros. À l’heure de la polémique sur les photos retouchées et des accusations à répétition contre une presse qui ferait l’apologie de l’anorexie, le magazine allemand se targue d’instiller les bases d’une vraie révolution médiatique. « Sans mannequins, une nouvelle ère commence », tel est le nouveau slogan de Brigitte.

Source : LeFigaro.fr Madame, 08.10.2009, "Tops next door" (à retrouver sur http://madame.lefigaro.fr/societe/news/2454-tops-next-door)

A lire aussi : "These Bodies are Beautiful at Every Size", Glamour.com, 21.09.2009. URL : http://www.glamour.com/health-fitness/2009/10/these-bodies-are-beautiful-at-every-size