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vendredi 7 mai 2010

Afrique du Sud / Mondial : "Ces gigantesques stades seront nos tombeaux !"


A cinq semaines du Mondial, les autorités ont fait le ménage pour offrir aux touristes une image policée de la nation “arc-en-ciel.” Les exclus s’entassent dans des ghettos sordides qui rappellent ceux de l’apartheid.


Un adolescent brave les mouches et l’odeur nauséabonde des toilettes extérieures pour chercher de l’eau. L’air absent, il fixe les rangées de taudis en tôle rouillée. Ici, il n’y a pas d’arbre ni le moindre brin d’herbe. Ici, rien ne pousse. Zone de relogement temporaire pour le maire du Cap ou camp de concentration pour ses habitants, vous êtes à Blikkiersdorp ! Ses habitants disent avoir été expulsés de force de leurs anciens logements et installés ici contre leur gré. Pour eux, c’est la faute à la Coupe du monde de football qui aura lieu du 11 juin au 11 juillet 2010. “Ici, c’est une décharge, lance Jane Roberts. Ils ont chassé les gens des rues parce qu’ils ne voulaient pas les voir pendant la Coupe du monde. Maintenant on vit dans un camp de concentration. La police vient la nuit pour nous rouer de coups ! L’Afrique du Sud ne veut pas montrer comment elle traite son peuple. Il n’y a que la Coupe du monde qui compte !”

Pour le gouvernement du président Jacob Zuma, cet événement sportif profite déjà à l’ensemble du pays : création d’emplois, rénovation des infrastructures existantes et amélioration de l’image du pays à l’étranger. L’Afrique du Sud a dépensé sans compter pour les stades qui accueilleront les matchs et le Stade du Cap est sans doute la plus grande réussite. Pour les associations, cet endroit sinistre dans la township de Delft est la preuve que la première Coupe du monde organisée en Afrique est surtout destinée à impressionner les riches étrangers. D’après les habitants de Blikkiesdorp, la situation est pire qu’au temps de l’apartheid. Blikkiesdorp a été construit en 2008 pour la somme de 32 millions de rands [2,8 millions d’euros] afin de fournir des “logements d’urgence” à environ 650 personnes. Mais, selon les habitants, environ 15 000 personnes y vivraient et de nouveaux arrivants ne cesseraient d’y déferler. La municipalité rejette ces chiffres, mais, dans certains cas, six ou sept personnes s’entassent dans des espaces de trois mètres sur six. La chaleur y est accablante en été et le froid glacial en hiver. Le bacille de la tuberculose et le virus du sida y prospèrent. Quant aux bébés nés ici, ils n’ont même pas d’existence officielle. Les allées qui séparent ces abris de fortune sont tirées au cordeau et les bicoques sont toutes identiques. Les maisonnettes ont beau être équipées de l’électricité, les allées sont pleines de chiens errants, de détritus et de sable gris qui tourbillonne.


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Sandy Rossouw, 42 ans, faisait partie des 366 personnes expulsées du foyer Spes Bona, le quartier de Athlone. Avec sa famille, ils dorment à cinq dans le seul lit de sa bicoque de Blikkiesdorp. “Nous avons été expulsés de notre foyer à cause de la Coupe du monde, fulmine-t-elle. Il se trouvait à 200 mètres du stade. Nous ne voulions pas partir, mais ils ont menacé de faire intervenir la police. Ici, tout le monde crève de faim ! Les gens marchent trois heures pour aller à Athlone s’acheter une miche de pain. Huit familles se partagent un seul WC, c’est scandaleux ! Il y a quelques semaines, des hommes nous ont menacés avec un fusil d’assaut. Il faut annuler la Coupe du monde ! Ils rénovent les bâtiments du Cap pour des centaines de millions de rands. Pourquoi ne pas dépenser cet argent ici ?”


"Ces gigantesques stades seront nos tombeaux !"

Il y a beaucoup de chômage et, en l’absence de services postaux et faute d’une adresse officielle, il est d’autant plus difficile de trouver du travail. L’éloignement du campement est également source de difficultés. Les gens doivent prendre des minibus payants pour se rendre en ville, et de nombreux enfants ont été tués en traversant l’autoroute toute proche. La criminalité est également très élevée, mais la police n’intervient guère. La mobilisation contre les expulsions s’organise notamment grâce aux nouveaux médias. Pamela Beukes est secrétaire de la Campagne antiexpulsions de l’ouest du Cap [Anti-Eviction Campapaign]. Elle ne décolère pas. “Ils font pire que le régime de l’apartheid ! A l’époque, on avait au moins le droit à une maison en briques. La Coupe du monde était censée améliorer notre niveau de vie, mais c’est le contraire qui se produit”, note-t-elle. La municipalité rejette ces accusations. Kylie Hatton, porte-parole de la ville, défend sa politique. “La ville du Cap ne déplace pas les habitants, affirme-t-elle. La Zone de relogement temporaire a été construite pour fournir des logements d’urgence… Il y a un vrai problème de vandalisme, et nos fournisseurs ont dû revenir à plusieurs reprises pour réparer les toilettes cassées ou les câbles électriques.” Autre conséquence de cet événement, des dizaines de milliers de vendeurs à la sauvette vont perdre leur gagne-pain. La Fédération internationale de football (FIFA) impose en effet autour des stades des “zones d’exclusion” qui sont uniquement réservées aux commerces autorisés. “La Coupe du monde va tuer les petits vendeurs à la sauvette”, assure Regina Twala, qui vend des repas à emporter depuis trente-cinq ans à côté du stade d'Ellis Park. “Si on nous interdit de faire du commerce à proximité des stades et des zones touristiques, comment va-t-on profiter du tourisme ?” Il y a certes eu une croissance dans le secteur du bâtiment grâce à la construction des stades, mais la plupart des ouvriers ont depuis été licenciés et n’ont toujours pas retrouvé de travail. “C’est juste un tour de passe-passe pour détourner l’attention du public de ces seize années de démocratie qui n’ont rien changé pour la majorité des Noirs dans le pays. Ces gigantesques stades seront nos tombeaux ! L’enjeu de cette Coupe du monde n’est pas le football ni le tourisme : c’est un moyen pour les politiciens et leurs amis de s’en mettre plein les poches…”, conclut Andile Mngxitama, éditorialiste et journaliste politique, qui devrait bientôt publier un pamphlet intitulé A bas la Coupe du monde !

Source : Courrier International, rubrique Afrique/Économie, 06.05.2010 - Article de David Smith, The Guardian (URL : http://www.courrierinternational.com/article/2010/05/06/a-l-ombre-des-stades-fleurit-la-misere)

lundi 26 avril 2010

Match médiatico-syndical à l'occasion de la réforme des retraites


Lequel de Bernard Thibault ou François Chérèque obtiendra gain de cause sur les retraites ?
Nul ne peut le dire à ce stade du débat. Une chose est certaine, les deux leaders syndicaux ont opté pour une stratégie différente pour se faire entendre des salariés (du public et du privé), et du gouvernement. Au-delà des enjeux propres à la réforme (il faut trouver 40 milliards d'euros d'ici 5 ans pour équilibrer l'ensemble des régimes) se joue un match syndical Thibault/Chérèque sur fond de leadership du paysage syndical national. Décryptage.

Sur le fond d'abord, les patrons de la CGT et de la CFDT ne portent pas le même discours. Thibault ne cesse de tirer à boulets rouges sur une réforme qu'il estime déjà écrite et cherche à peser en mobilisant le plus de monde possible dans la rue. Il dit "niet" à tout recul de l'âge de départ à la retraite ou d'allongement de la durée de cotisation, donnant presque l'impression de nier les causes démographiques du problème, et ne prône qu'une solution en termes de financement supplémentaire. Chérèque est plus souple. Il ne dit non à rien - si ce n'est au recul de l'âge de départ à la retraite - mais fustige une réforme alibi au "calendrier trop court" qui aura comme conséquence de creuser les inégalités. Il est plus dans la proposition que dans la création d'un rapport de force basé sur la dénonciation.

Sur la forme ensuite, leur stratégie est radicalement opposée. Thibault s'expose peu. Il ne court pas les plateaux de TV ou de radio pour faire valoir ses idées. Il se contente, à l'aide de phrases médias bien choisies ("plus de travail, moins d'argent", "conflit inévitable", "recul social" ...), de mettre la pression sur Éric Woerth. Il s'économise, se diversifie peu, cible les mêmes publics contestataires et raréfie sa parole. A l'inverse, Chérèque multiplie les interventions TV (Le Grand Journal de Canal + ...), radio (le Grand Rendez-Vous d'Europe 1 ...) et presse écrite (l'Usine Nouvelle ...) pour se faire entendre de tout le monde. Il est partout et veut que cela se sache. Il veut être incontournable, martèle inlassablement le même message pour démontrer que la réforme doit se faire avec la CFDT.

A moins que les leaders des deux premières confédérations syndicales se soient mis d'accord pour se partager le paysage médiatique et les messages à délivrer...

Source : Blog Les Dessous du Social, Marc Landré, 26.04.2010 (URL : http://blog.lefigaro.fr/social/2010/04/retraites-le-match-thibaultche.html)

lundi 16 novembre 2009

Cartoon #2 : Sommet mondial de l'alimentation


Une soixantaine de chefs d'Etat et de gouvernement ont fait le déplacement à Rome pour participer au sommet mondial de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), qui se tient dans la capitale italienne, siège de la FAO, jusqu'au 18 novembre.Alors que la malnutrition touche 1 milliard de personnes dans le monde, personne n'attend grand-chose d'autre de ce sommet que de fortes paroles et des constats tragiques. Aucun représentant du G8 n'est présent à cette réunion, à l'exception de Silvio Berlusconi, qui échappe ainsi à la réouverture d'un procès prévue le même jour à Milan.

Dessin de Haddad paru dans Al Hayat


Qui se soucie de la faim dans le monde ?

Une soixantaine de chefs d'Etat et de gouvernement ont fait le déplacement à Rome pour participer au sommet mondial de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), qui se tient dans la capitale italienne, siège de la FAO, jusqu'au 18 novembre.
Alors que la malnutrition touche 1 milliard de personnes dans le monde, personne n'attend grand-chose d'autre de ce sommet que de fortes paroles et des constats tragiques. Aucun représentant du G8 n'est présent à cette réunion, à l'exception de Silvio Berlusconi, qui échappe ainsi à la réouverture d'un procès prévue le même jour à Milan.

Source : Cartoons Courrier International, Rubrique "À la une", 16.11.2009 (à retrouver sur http://cartoons.courrierinternational.com/dessin/2009/11/16/qui-se-soucie-de-la-faim-du-monde)