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lundi 26 avril 2010

"PS: le retour des années 1970" ?


Le document de travail de la convention nationale du Parti socialiste fleure bon le programme commun de 1981. Le retour du «plus d'Etat» est de la pure démagogie.

Il parait, m'affirment des amis socialistes, que le « document de travail » de la Convention nationale du PS propose trois ou quatre avancées absolument majeures qui posent le socle de ce qui sera, plus tard, le programme du (de la) candidat(e) pour 2012. Ces avancées sont: une «révolution fiscale», une «sécurité sociale professionnelle» et un pôle public d'investissement «qui investira dans une part significative de l'industrie française». Le PS ajoute une «restauration de la puissance publique», garante des «biens communs», qui distribuera «des services publics personnalisés». Voilà donc comment le gouvernement socialiste, s'il sortait vainqueur des urnes dans deux ans, se donnerait de moyens fiscaux, comment il redonnerait une sécurité d'emploi à chaque Français, comment il redonnerait du dynamisme à l'industrie et par là l'économie et comment, enfin, l'Etat rétablirait l'égalité.

C'est bizarre parce que j'ai beaucoup de mal avec cette présentation. A la lecture, j'avoue avoir trouvé ce texte de 23 pages consternant. Il constitue un net virage à gauche du discours socialiste, ce qui en soit est compréhensible: la crise a démontré que le modèle libéral» a échoué - mais n'est-ce déjà pas une facilité que de l'affirmer en bloc? - il faut en présenter un autre. Il faut avoir de l'ambition. Certes. Mais pourquoi dire «inventer une nouvelle civilisation»? Ce genre de slogan n'annonce en général rien de bon, on a déjà donné.

Justement, le PS profite de la crise, si l'on peut dire, pour nous revendre des mesures qui fleurent le programme commun de 1981. Il fait fi de tout le travail des économistes et des sociologues qui analysent la réalité sociale issue de la mondialisation (voir par exemple toutes les publications de «La Vie des Idées» au Seuil) et qui essayent de tracer les pistes de nouvelles politiques de l'éducation, de l'emploi, de la retraite, etc. Est-ce par peur de devoir affronter des choix douloureux pour ses électeurs? Est-ce par cynisme? Par flemme intellectuelle? Parce qu'au fond le programme n'est pas fait pour être appliqué, l'important est de se distribuer déjà les portefeuilles? En tout cas, le PS se replie sur d'affligeantes certitudes datant des années 70 qui ont démontré, hélas, qu'elles étaient des impasses.

Ces certitudes sont :

1 - il faut «plus» d'Etat-providence, il faut «construire des protections, il faut inventer les nouveaux droits». Or, comme le disent tous les sociologues et économistes dont je parle, le problème n'est pas la taille de l'Etat-providence, que Nicolas Sarkozy aurait soit disant «cassé» en diminuant les effectifs, mais «l'essoufflement de cet Etat-providence».

Comme l'explique clairement Alain Ehrenberg dans Le Monde. «Nous sommes entrés dans une crise de l'égalité à la française. Il y a une difficulté française à fournir une réponse pratique et crédible au profond renouvellement des inégalités qui résulte des transformations de nos modes de vie. Notre système de protection est désormais incapable d'empêcher les plus défavorisés de subir les conséquences des transformations économiques et sociales: les femmes issues des milieux populaires, par exemple, en sont les principales victimes».

Le document du PS est, sur ce sujet, fondamentalement ambiguë parce qu'il dit page 5 qu'il veut «redonner confiance dans l'action publique, dans l'Etat providence, dans la solidarité, dans une approche collective des problèmes individuels» et à la fin du document page 19 «il faut des services publics personnalisés». Collectif ou personnalisé? Comprenne qui pourra. Le fond de l'affaire est archi connu: le PS est un parti de fonctionnaires et il a un mal fou à leur faire admettre qu'il faut s'adapter. Plutôt que de dire qu'il faut transformer le boulot des profs, il préfère s'en tenir à l'électoraliste «plus de profs».

Pour terminer ce premier point, il faut évidemment noter que le PS ne prévoit pas une la baisse des dépenses publiques, face au déficit et à la dette, mais parle au contraire et uniquement de «plus d'Etat». Rien que cela suffit à décrédibiliser l'ensemble: les socialistes n'ont-ils aucune conscience, sauf pour critiquer Sarkozy, de la situation effroyable des finances publiques? Leur tabou sur l'âge de départ en retraite à 60 ans en est le triste emblème.

2- Plus de social fera plus de croissance. C'est la deuxième certitude qui vient d'un keynésianisme idéalisé. Comme les salariés seront choyés, ils travailleront mieux, seront plus créatifs, etc, et l'économie se portera mieux. Hélas, l'affaire est loin d'être si simple et, petit hic, notre voisin allemand a choisi la voie inverse: il a abaissé le coût du travail et remis en cause les protections sociales. La France peut-elle prendre le chemin opposé sans conséquence? Nos pertes de parts de marché à l'exportation au profit de l'Allemagne, ne sont-elles pas alarmantes? Le document, ici carrément nul, en appelle à «une relance du modèle social européen», ce qui ne prête même pas à rire...

3- La vérité de la politique proposée apparaît en filigrane dans chaque chapitre: le protectionnisme. Le PS propose de remplacer le libre-échange par «l'échange juste» qui consiste à élever des barrières tarifaires sur les importations en provenance des pays qui ne respectent pas les mêmes normes environnementales (ce que demande aussi Nicolas Sarkozy) mais aussi sociales. Nous y voilà: la mondialisation est trop rude, il faut s'en protéger. A quel niveau? Celui de l'Europe? Rien n'est précisé car les dirigeants du PS savent qu'ils trouveront peu d'alliés parmi les autres membres de l'Union sur ce sujet. Alors au niveau de la France seule? On voit ici réapparaître le clivage existentiel au sein du PS entre les pro et les anti de l'Europe. Les pros savent qu'on peut toujours le demander mais que l'Allemagne, pays qui mise sur ses exportateurs, dira non, et qu'il vaudrait mieux ne pas trop compter sur cette solution. Les anti le savent qui veulent, en clair pousser la France hors de l'euro. Mais ils se gardent bien de le dire...

Pour le fun, je vous ai gardé tout le passage sur l'industrie «pas d'économie forte sans industrie forte». On croirait entendre du Sarkozy. Et de proposer un «pôle public d'investissement industriel, 2P2I)» qui prendra «une part significative de l'industrie française». Coucou revoilà les nationalisations mais des PMI, cette fois-ci. Les ouvriers qui espèrent conserver leurs emplois grâce à cette géniale méthode n'ont qu'à demander comment l'Etat socialiste a fermé les mines et les laminoirs de Lorraine à partir de 1982, avec raison d'ailleurs.

Le plus faux en la matière est cette «démarche par filière», comme l'évoque Nicolas Sarkozy également. Qu'il soit permis à l'auteur d'un livre, co-écrit en 1979 avec Jean-Hervé Lorenzi qui vantait «la filière électronique», d'avouer que çà a complètement raté et que le concept, tel quel, ne peut pas marcher en France. Le meilleur dans ce chapitre sur la «production», outre cette belle phrase «nous relancerons l'innovation!» (vas-y Paulo !), concerne l'agriculture. Il y a des votes à prendre dans le monde rural, le PS n'hésite pas : sa politique du «manger mieux» va permettre, accrochez vous au tracteur, «la relocalisation de centaines de milliers d'emplois!».

Reste la révolution fiscale qui serait, en effet le PS a raison sur ce point, nécessaire en France. Mais l'incroyable déni de réalité du texte de la grave crise de compétitivité de la France et du gouffre de ses finances publiques amène tout droit à cette conclusion: au pouvoir le PS va élever les impôts et pour tout le reste avouer que, voyez-vous la crise est plus dure qu'on pensait, c'est la faute aux autres, mais bon voilà: le changement de civilisation sera pour plus tard.

Source : Slate, Eric Le Boucher, 26.04.2010 (URL : http://www.slate.fr/story/20385/ps-programme-annees-70-Etat-nouvelle-civilisation)

Match médiatico-syndical à l'occasion de la réforme des retraites


Lequel de Bernard Thibault ou François Chérèque obtiendra gain de cause sur les retraites ?
Nul ne peut le dire à ce stade du débat. Une chose est certaine, les deux leaders syndicaux ont opté pour une stratégie différente pour se faire entendre des salariés (du public et du privé), et du gouvernement. Au-delà des enjeux propres à la réforme (il faut trouver 40 milliards d'euros d'ici 5 ans pour équilibrer l'ensemble des régimes) se joue un match syndical Thibault/Chérèque sur fond de leadership du paysage syndical national. Décryptage.

Sur le fond d'abord, les patrons de la CGT et de la CFDT ne portent pas le même discours. Thibault ne cesse de tirer à boulets rouges sur une réforme qu'il estime déjà écrite et cherche à peser en mobilisant le plus de monde possible dans la rue. Il dit "niet" à tout recul de l'âge de départ à la retraite ou d'allongement de la durée de cotisation, donnant presque l'impression de nier les causes démographiques du problème, et ne prône qu'une solution en termes de financement supplémentaire. Chérèque est plus souple. Il ne dit non à rien - si ce n'est au recul de l'âge de départ à la retraite - mais fustige une réforme alibi au "calendrier trop court" qui aura comme conséquence de creuser les inégalités. Il est plus dans la proposition que dans la création d'un rapport de force basé sur la dénonciation.

Sur la forme ensuite, leur stratégie est radicalement opposée. Thibault s'expose peu. Il ne court pas les plateaux de TV ou de radio pour faire valoir ses idées. Il se contente, à l'aide de phrases médias bien choisies ("plus de travail, moins d'argent", "conflit inévitable", "recul social" ...), de mettre la pression sur Éric Woerth. Il s'économise, se diversifie peu, cible les mêmes publics contestataires et raréfie sa parole. A l'inverse, Chérèque multiplie les interventions TV (Le Grand Journal de Canal + ...), radio (le Grand Rendez-Vous d'Europe 1 ...) et presse écrite (l'Usine Nouvelle ...) pour se faire entendre de tout le monde. Il est partout et veut que cela se sache. Il veut être incontournable, martèle inlassablement le même message pour démontrer que la réforme doit se faire avec la CFDT.

A moins que les leaders des deux premières confédérations syndicales se soient mis d'accord pour se partager le paysage médiatique et les messages à délivrer...

Source : Blog Les Dessous du Social, Marc Landré, 26.04.2010 (URL : http://blog.lefigaro.fr/social/2010/04/retraites-le-match-thibaultche.html)

vendredi 23 avril 2010

Entre l'Élysée et Fance Télévisions, rien ne va plus


Il a supprimé le publicité. Il place ses copains animateurs. Il va nommer dans quelques jours le nouveau président de France Télévisions. Depuis trois ans, Nicolas Sarkozy, autoproclamé directeur des programmes, tente d'imposer sa loi à Patrick de Carolis, à la tête de la télé publique depuis 2005. Enquête sur un duel.

C'est le temps des grandes manoeuvres. Dans quelques jours (ou semaines), le président de la République va nommer directement, pour la première fois depuis 1982, le président de France Télévisions. Une régression démocratique qui renforce l'emprise du chef de l'Etat sur la télévision publique et exacerbe le ballet des courtisans. Pronostics, rumeurs, fausses annonces... les noms fleurissent, les téléphones sonnent, les portes chuchotent. Alexandre Bompard, jeune patron d'Europe 1, est donné favori. Avec qui, contre qui ? Au-delà des batailles d'ambitions, Télérama a souhaité enquêter sur les savoureuses relations entre Nicolas Sarkozy et France Télévisions. Les liens sont traditionnellement compliqués, chaotiques, voire douloureux, entre la télévision publique et son actionnaire, l'Etat. Mais, depuis trois ans, les Français assistent à un spectacle inédit : des réformes historiques décidées sans concertation par le chef de l'Etat – suppression de la publicité, réforme du mode de nomination –, un duel haut en couleur entre un ultra-président autoproclamé directeur des programmes et un patron de France Télévisions orgueilleux et jaloux de ses prérogatives... Récit.

6 mai 2007. Pour la première fois de leur histoire, les Français élisent un enfant de la télé à la présidence de la République. Nicolas Sarkozy a grandi avec Thierry la Fronde, voyagé avec Thalassa, s'est cultivé avec Le grand échiquier. Les stars du petit écran font briller ses yeux. Il est à l'aise avec les caméras, fait du vélo avec Michel Drucker, dîne avec son ami Patrick Sabatier à Neuilly. « Il se sent mieux dans la culture tutoiement, sans diplôme, des animateurs que dans celle coincée, énarquienne, de la haute bourgeoisie », analyse Michaël Darmon, grand reporter politique de France 2 . En ce printemps 2007, le duo qui dirige France Télévisions, Patrick de Carolis-Patrice Duhamel, est en place depuis bientôt deux ans.

Le chef de l'Etat ne connaît pas bien Patrick de Carolis. Il n'a déjeuné qu'une fois avec lui, au lendemain de sa nomination à la tête de la té­lévision publique, le 24 août 2005, alors qu'il était encore ministre de l'Intérieur : « Votre boulot est formidable, vous allez faire des trucs fantastiques ! » Il l'a ensuite croisé lors d'émissions politiques... c'est tout. L'ex-animateur des Racines et des ailes « a tout pour lui déplaire, analyse Michaël Darmon, il a été nommé sous l'ère Chirac, il est grand, fin, classe, et a un nom à particule... au fond très villepinien ! ». Mais il est populaire. Et Nicolas Sarkozy aime les gens populaires. Surtout, Patrick de Carolis est secondé par Patrice Duhamel, vieux routard de l'audiovisuel, qui connaît bien l'ex-maire de Neuilly : « Je l'ai suivi professionnellement depuis ses débuts, je l'ai aidé, quand je dirigeais France 3, à monter son film sur Georges Mandel, et l'ai croisé régulièrement en va­cances, à La Baule. »

Entre le nouveau pouvoir et la télévision publique, les connexions ne s'arrêtent pas là : le conseiller spécial à la culture de Sarkozy, Georges-Marc Benamou, est un ami du couple Duhamel. De leur côté, Patrick de Carolis et Patrice Duhamel ont soigné leur entourage. Le direc­teur général ? Un jeune inspecteur des finances, ex-Copé boy et ex-conseiller de Nicolas Sarkozy... Le secrétaire général de France Télé­visions ? Un ex-directeur de cabinet de Dominique Baudis, très copain avec le noyau historique de Sarkozy, Franck Louvrier et Frédéric Le­febvre. Le directeur de la com ? Un proche de Jean-François Copé qui a participé à plusieurs campagnes électorales de Nicolas Sarkozy. Le chef de l'Etat est donc pour ainsi dire en famille - sinon en confiance - avec ses interlocuteurs.

Au cours de l'été 2007, il parle beaucoup, écoute peu, se plaint spora­diquement « des gauchistes de France 3 », de Laurent Ruquier (qui a soutenu Ségolène Royal) ou de Patrick Sébastien (qui le dézingue à l'antenne). Mais il applaudit aussi ostensiblement le « virage éditorial » engagé depuis deux ans, l'accent mis sur la culture, les fictions historiques, etc. Quand, en juillet, France Télévisions retransmet pour la première fois, en prime time et en direct, un opéra des Chorégies d'Orange, le président de la République, présent, exprime sa satisfaction devant les caméras. Ce soir-là, Patrick de Carolis lui glisse : « Aidez-nous à faire plus de culture ! Du fait de la faible audience, ce prime time nous coûte cher en perte publicitaire : 500 000 euros ! » Pourquoi pas une coupure publicitaire dans les émissions de flux, qui rapporterait une vingtaine de millions d'euros et permettrait de financer des programmes culturels ambitieux ? Pourquoi pas l'« entreprise unique » pour rap­procher et harmoniser les cinq chaînes ? Nicolas Sarkozy ne refuse rien. Tout s'annonce donc formidablement bien dans le meilleur des ciels audiovisuels... vite assombri par d'inquiétants nuages : à l'au­tomne, la décision sur la coupure publicitaire n'en finit pas de ne pas arriver.

Carolis et Duhamel sont persuadés qu'à l'Elysée un homme veut leur perte.Ils n'ont pas tort. Même s'il s'en défend, Georges-Marc Benamou, le conseiller à la culture du président de la République, va pendant des mois leur savonner la planche. « Il les débinait en permanence, sans doute dans l'idée de les remplacer un jour », raconte un ancien conseiller de l'Elysée. Dès le premier rendez-vous, le malaise est immédiat. Ce que veut Georges-Marc Benamou, dans la plus pure tradition de la Ve République, n'est ni plus ni moins qu'une forme de cogestion des chaînes publiques. Inadmissible pour les dirigeants de France Télévisions. Le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy reçoit les producteurs à tour de bras, tente d'imposer ses vues sur les programmes, propose le nom de Dominique Farrugia, l'ancien Nuls, pour la direction de France 2. Et distille des rumeurs sur le limogeage des dirigeants des chaînes publiques. Excédé, Patrick de Carolis refuse de le saluer lors d'une réunion à l'Elysée. « Je ne serre pas la main de celui qui tient un poignard. » Ambiance. Nicolas Sar­kozy finit par se débarrasser de son remuant conseiller. « Les dirigeants de France Télévisions croyaient être en guerre avec moi, estime celui-ci aujourd'hui, ils avaient tort. Moi parti, les relations avec l'Elysée sont devenues plus dures. »

Et pour cause. Nicolas Sarkozy a une vision tout aussi Ve République de ses relations avec la télévision. A une différence près : lui est président. A France Télévisions, la direction a de tout temps reçu des coups de fil désagréables et subit des pressions indirectes, notamment politiques. Mais avec Nicolas Sarkozy, la situation est inédite : le tout neuf président « n'appelle jamais pour protester sur le contenu du journal, témoigne Arlette Chabot. Il sait que les rédactions aujourd'hui ne sont pas contrôlables ». Non. L'enfant de la télé autopromu « directeur des programmes » harcèle... Patrice Duhamel sur sa grille.

Moins pour demander des têtes, d'ailleurs, que pour en placer : Patrick Sabatier, « ami » injustement banni du petit écran depuis 1992, revient miraculeusement à l'antenne. Les frères Bogdanov, qui ont soutenu la campagne du chef de l'Etat et pour lesquels le fils du président, Pierre Sarkozy, a écrit une musique de générique, conservent une case malgré leurs mauvaises audiences. Daniela Lumbroso obtient un lot de consolation après avoir fait le siège de la présidence. D'autres ont moins de chance : à New York, en décembre 2009, le président de la République insulte Arlette Chabot devant témoins en lui reprochant de ne pas savoir faire de « vraies émissions politiques » comme L'heure de vérité. Propose pour la rem­placer Pierre Sled, journaliste spor­tif, télégénique, moderne... et accessoirement ami de Frédéric Lefebvre. Refusé. David Hallyday et son copain producteur Cyril Viguier n'auront pas non plus d'émission musicale, malgré trois coups de té­léphone, deux visites dans le bureau présidentiel, un tour du parc de l'Elysée et les soupirs du chef de l'Etat : « Johnny ne me prend plus au téléphone. »

L'affrontement sur le terrain des programmes est usant, mais contrôlable pour les responsables de France Télévisions. Il est un autre terrain, infiniment plus dangereux, sur lequel Nicolas Sarkozy va les amener, avec une créativité jamais démentie : celui des réformes. 8 janvier 2008, dans son bureau qui offre une vue magnifique sur la Seine, Patrick de Carolis et sa garde rapprochée écoutent à la télévision le chef de l'Etat annoncer la suppression de la publicité sur les chaînes publiques. C'est la stupéfaction. Et la colère. « Personne ne nous avait prévenus », témoigne Patrice Duhamel. Ni eux, ni la ministre de la Culture, Christine Albanel. Nicolas Sarkozy, qui a besoin d'une annonce forte en ce début d'année, a pris cette décision au dernier moment.

A France Télévisions, les dirigeants n'ont d'autre choix que de sauter dans le train de cette révolution pas anticipée, pas préparée, mais aux conséquences financières énormes. Et d'entendre tout ce que la Sarkozie compte de porte-flingues justifier a posteriori la décision de Nicolas Sarkozy avec ce credo : « C'est parce que les chaînes publiques ne se différencient pas assez du privé que cette réforme est nécessaire. » Patrick de Carolis en est mortifié. Ce discours nie l'existence même du virage éditorial qu'il met en place depuis deux ans et demi. Le chef de l'Etat n'a cure de ces états d'âme. Il est convaincu qu'il tient là une des réformes majeures de son quinquennat et qu'elle plaît aux Français. De plus, elle gêne la gauche. Il ne laissera donc personne d'autre que lui s'en occuper. La commission Copé, chargée de réfléchir à l'avenir d'une télévision publique sans publicité, n'est qu'un aimable habillage destiné à donner l'illusion d'une réflexion démocratique. Le jour même où elle rend son rapport, Nicolas Sarkozy annonce sans concertation que le président de France Télévisions ne sera plus désormais nommé par le CSA, mais par l'exécutif. Donc par lui. Une fois de plus, personne n'a été prévenu de cette initiative.

En ce printemps 2008, le chef de l'Etat ne se contente pas de modifier les règles du jeu, il fait encore monter d'un cran la pression sur les dirigeants de France Télévisions. Lors d'une remise de décoration à l'Elysée, il passe un savon à Patrice Duhamel. Le 20 heures ? « Le même que TF1 en plus mauvais. » L'embauche de Julien Courbet ? « N'importe quoi ! » Le service public ? « Il faut le refaire de haut en bas et du sol au plafond. » La gestion des chaînes ? « J'irai chercher les économies avec les dents dans tous les étages de France 2 s'il le faut. »« Je trouve que les programmes de France Télévisions ressemblent encore trop aux programmes d'une chaîne privée. » Invité de France 3 au début de l'été, il entonne son refrain favori :

Patrick de Carolis songe à démissionner, se ravise et contre-attaque sur RTL. « Lorsqu'on dit qu'il n'y a pas de différence entre la télévision de service public et les télévisions privées, je trouve cela faux, je trouve cela injuste, et je trouve cela stupide. » « C'était peut-être en trop, "stupide"? » glisse-t-il à son conseil­ler après l'interview. Ça l'était. A peine sorti, coup de fil du secrétaire général de l'Elysée. « C'est assez inédit dans l'histoire de la Ve République que le président d'une entreprise publique taxe de stupides les propos du président de la République »,« Mais on n'a jamais vu non plus un président de la République faire les grilles de l'antenne. Inédit pour inédit », répond, sans se démonter, le président de Fran­ce Télévisions. Ce coup d'éclat lui vaudra vingt et un mille messages de soutien de téléspectateurs et un net changement d'image en interne : « Il est passé du statut de René Coty à celui de Che Guevara », s'amuse un proche. A l'Elysée, en revanche, il est grillé. Nicolas Sarkozy aime qu'on lui résiste, pas qu'on lui crache à la figure devant des millions d'auditeurs. S'il cesse de qualifier Patrick de Carolis de « danseur mondain », il ne lui pardonne pas. souligne Claude Guéant.

«Cette fois, ça y est, c'est Bompard. » Samedi 10 avril 2010, Patrice Duhamel raccroche. Il vient d'apprendre par un journaliste, qui le tient lui-même d'Alain Minc, que le choix du successeur de Patrick de Carolis s'est porté sur le patron d'Europe 1 et sera annoncé dans les jours qui suivent. Son entourage croit d'abord à une énième rumeur : « Depuis trois ans, on nous annonce tous les mois qu'on va partir », soupire le secrétaire général de France Télévisions, Camille Pascal. Mais, cette fois, ça a l'air sérieux : les blogs des journalistes médias se déchaînent, expliquent que Nicolas Sarkozy est furieux de ces fuites qui bousculent son calendrier... Patrick de Carolis est ulcéré ; il avait conclu un pacte avec l'Elysée, qui devait le laisser, jusqu'en juin, finir ses négociations sociales pour l'entreprise unique, et le prévenir en amont de sa succession. Cette annonce en plein mois d'avril saccage son travail en interne. Et l'humilie publiquement. A l'Elysée, on réfute les pseudo-révélations : « Alain Minc ne représente que lui-même », « Il n'a jamais été question de nommer qui que ce soit avant juin ! », « C'est vrai que Nicolas Sarkozy réfléchit à la composition d'une nouvelle équipe, mais tout est ouvert pour la succession ».

Ouvert... jusqu'à un certain point. Sur le papier, Patrick de Carolis a des raisons de postuler à sa reconduction, parce que Nicolas Sarkozy, dans un moment d'égarement, le lui a promis il y a deux ans ; plus sérieusement, parce qu'il est bien vu par le grand public, par nombre de parlementaires et jusque dans l'entourage du président de la République. Le présentateur bien élevé des Racines et des ailes a plutôt réussi sa mue en patron de chaînes publiques. Mais cela n'empêche pas Nicolas Sarkozy de consulter à tout-va. Jamais la presse n'a autant bruissé de noms, de la réalisatrice Yamina Ben­guigui à l'ancien patron de France 3, Rémy Pflimlin, de Véronique Cayla, directrice du CNC, à... Alexandre Bompard.

Patrick de Carolis se préparait à un possible départ. Mais pas annoncé de telle façon. Alors, comme chaque fois qu'il est blessé depuis trois ans, le patron de France Télévisions, d'ordinaire plutôt secret et réfléchi, se transforme en Cyrano de Bergerac, se bat et le fait savoir. Cette fois, il ne va pas à RTL dénoncer la « stupidité » des propos de Nicolas Sarkozy. Il fait voter en conseil d'administration la suspension de la privatisation de la régie publicitaire contre l'avis des représentants de l'Etat.

La suite ? Elle est écrite. Comme Jean-Paul Cluzel, éjecté l'année dernière de Radio France malgré un bon bilan, Patrick de Carolis est promis à un enterrement sans fleurs ni couronnes. Nicolas Sarkozy ne se contentera pas de lui trouver un successeur - vraisemblablement Alexandre Bompard -, il lui offrira en bonus l'équipe qui va avec - directeur de l'information, des programmes, de la gestion, du numérique. Une gestion de la télévision publique qui fleure bon les débuts de la Ve. Vivement le retour des Dossiers de l'écran et de Thierry la Fronde...

Source : Télérama n° 3145, Emmanuelle Anizon et Olivier Milot, 22.04.2010 (URL : http://television.telerama.fr/television/l-elysee-prend-l-antenne,55104.php#xtor=RSS-18)

Telos : les intellectuels nourrissent le débat


Je renvoie aujourd'hui vers quelques articles publiés ces derniers jours sur Telos (
"agence intellectuelle" et "plateforme de débats" fondée en 2005 - cf. billet publié le 23 mars 2010) qui portent sur des questions politiques et sociales contemporaines (impôts, partis politiques, régime républicain, burqa, Internet, etc.) qui méritent d'être lus :

* "Du bouclier fiscal et de ses conséquences", François Meunier, 23.04.2010 : http://www.telos-eu.com/fr/article/du_bouclier_fiscal_et_de_ses_consequences
* "Grande-Bretagne : la fin des travaillistes ?", Florence Faucher-King, 22.04.2010 : http://www.telos-eu.com/fr/article/grande_bretagne_la_fin_des_travaillistes
* "La droite et la Vè République", Gérard Grunber, 14.04.2010 : http://www.telos-eu.com/?q=node/1736
* "Internet : le miracle de la gratuité", Monique Dagnaud, 02.04.2010 : http://www.telos-eu.com/fr/article/internet_le_miracle_de_la_gratuite
* "Burqa : la loi ne peut pas tout !", Marc Clément, 30.03.2010 : http://www.telos-eu.com/?q=node/1726
* "La fin du parti unique de la droite ?", Zaki Laïda, 26.03.2010 : http://www.telos-eu.com/fr/article/la_fin_du_parti_unique_de_la_droite

Tous les articles de Telos sont disponibles sur : http://www.telos-eu.com/fr

mercredi 14 avril 2010

Jean-Marie Le Pen passe la main à sa fille : du lepénisme à une sorte de "modernité populiste"


Jean-Marie Le Pen passe la main
à sa fille. Quoi de plus confortable pour un potentat que de se dire que son nom sera encore en haut de l'affiche même quand lui ne sera plus au centre des débats. C'est évidemment le congrès du FN qui tranchera entre Marine le Pen et Bruno Gollnisch, il faut ménager un semblant de suspens, mais Marine Le Pen devrait reprendre le flambeau dans un bel élan de népotisme digne du parti autoritaire qu'est le Front national. Paradoxalement, Bruno Gollnisch est idéologiquement plus lepéniste (version Jean-Marie) que Marine Le Pen.

C'est étrange mais c'est comme ça, Marine Le Pen va sans doute succéder à Jean-Marie Le Pen alors qu'elle représente une autre extrême droite que celle de son père: Jean-Marie Le Pen est assez souple idéologiquement. Il a réussi à chapeauter l'ensemble des extrêmes droites d'après-guerre. Pourtant il ne fait partie, à l'origine, d'aucune de ces chapelles. Et elles sont très variées, les chapelles de l'extrême droite. Très variées et généralement groupusculaires. Le talent de Le Pen c'est justement d'avoir su les réunir depuis 1972. Ça ne donnera d'abord qu'un groupement de groupuscules dans les années 1970. Idéologiquement, le FN des grandes années, des années 1980/90, allait des païens revendiqués de Pierre Vial aux intégristes catholiques de Romain Marie, des nostalgiques du Maréchal à une poignée d'anciens résistants devenus des ultras de l'Algérie française, des néo-poujadistes (cette droite dite de la boutique) aux ultralibéraux, des tenants de la nouvelle droite du Club de l'horloge aux vieux maurassiens à particule, des néofascistes voyous aux vieilles familles versaillaises. Au départ, le FN était donc loin du peuple et de la masse. Tous ces éclats minuscules n'avaient que des sujets de discordes et parfois même de bagarres au sens propre du terme. Ce qui pouvait les unir, c'est un certain antisémitisme souterrain, une haine de l'étranger, spécialement maghrébin, une peur identitaire de la dissolution française... et surtout l'émergence d'un vrai leader charismatique et talentueux. Jean-Marie Le Pen arrivait, grâce à un discours qui empruntait à toutes ces traditions souvent contradictoires, à éructer un propos fait pour surfer sur les angoisses liées à la montée du chômage. Quelques provocations le remettaient en selle régulièrement.

Marine Le Pen est idéologiquement différente de son père. Elle n'a pas à fédérer toutes ces tendances idéologiques décrites plus haut: les résidus de la collaboration, de l'Algérie française et du poujadisme ont presque disparu avec le vingtième siècle. Marine Le Pen peut tenter d'incarner une sorte de modernité populiste. Elle est débarrassée des oripeaux de la vieille extrême droite. Elle ne comprend d'ailleurs pas très bien les provocations de son père qui avaient souvent comme toile de fond la Seconde Guerre mondiale, bien loin des préoccupations du peuple. Marine Le Pen crie haut et fort qu'elle est nationaliste mais qu'elle n'est pas de droite. La fille du chef semble vouloir incarner une sorte de travaillisme-nationaliste qui n'est pas débarrassé du racisme mais qui, sur les questions de société (avortement, droit des homosexuels, mœurs, intégration dans la culture contemporaine) se sent à l'aise. Elle n'incarne pas du tout le conservatisme en Loden et entretient avec la religion un rapport très distant. Marine Le Pen ressemble à ces populistes qui prospèrent en ce moment au nord de l'Europe, antimusulmans et antilibéraux. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si son fief c'est le Nord-Pas-de-Calais, socialement meurtri, terre traditionnellement de gauche et si le fief de son père c'est la Côte d'Azur, terre des rapatriés et des retraités angoissés par l'insécurité, traditionnellement de droite. La famille Le Pen semble réussir à épouser la profonde évolution idéologique de l'extrême droite du XXIe siècle.

Source : Slate.fr, Thomas Legrand, 14.04.2010 (URL : http://www.slate.fr/story/19833/marine-nouveau-lepenisme-jean-marie-front-national-FN)

"Marine Le Pen, la nouvelle ligne du Front"


«Prenez le prochain virage à l’extrême droite et ensuite rejoignez l’autoroute sur votre droite.» C’est peu ou prou ce que semble indiquer à Marine Le Pen son GPS politique. Explication d’une stratégie qui pourrait changer l’équilibre des forces sur l’échiquier politique.

Lors de son apparition sur les plateaux de télé en 2002, Marine Le Pen était une jeune femme blonde, calme, souriante. Une image télévisuelle étonnante parce qu’aux antipodes des stéréotypes traditionnellement associés à l’extrême droite française. La jeune femme jouait sur le pathos en racontant son enfance difficile, l’attentat contre l’immeuble où elle vivait petite, le divorce de ses parents, l’exclusion sociale du simple fait de son patronyme. Une victime de la violence, la violence des autres, des médias. Ce registre du sentiment personnel était l’antithèse du discours violent, virulent, vociférant auquel le parti nous avait habitués et il avait un atout considérable: il humanisait le Front national.

Celle qui avait commencé sa carrière comme avocate racontait qu’elle avait défendu des étrangers en situation irrégulière. «Oui, j’en ai sauvé pas mal. Je pense que les immigrés ne sont pas responsables de la situation. Ce sont les responsables politiques les responsables de cette immigration anarchique et massive. A partir du moment où ils sont là, ce sont des hommes et ils ont le droit d’être défendus. Ce n’est pas contre eux qu’il faut agir.»

On disait à l’époque qu’elle tentait de «dédiaboliser» le parti. Ses positions semblaient plus nuancées que celles de Jean-Marie Le Pen. Il n’était pas question pour elle de revenir sur la loi Veil sur l’IVG, elle refusait de voir dans les camps de concentration un détail de l’histoire. Et dans le même temps, elle se montrait d’une fidélité indéfectible envers son père. Un exercice d’équilibriste compliqué. «Est-ce que pour vous, Marine Le Pen, les chambres à gaz sont un détail de l’histoire? Non. Mais moi je suis une femme de mon époque. Je suis dans le sentiment. Je n’ai peut-être pas le recul qu’il a. Je ne suis pas là pour prendre sa défense. Ce qui m’intéresse c’est le futur.»

Elle rattrapait les incartades verbales du patriarche donc, les mettant sur le compte de son caractère, d’une différence de génération. Derrière, il fallait entendre que non, les provocations de son père n’étaient pas le programme électoral du Front, que l’on pouvait voter FN sans nier l’existence de la Shoah. Il s’agissait non seulement de montrer un autre visage du parti mais également de le sortir de l’impasse provocatrice dans laquelle son fondateur l’avait mené.

Un virage qui n’était pas forcément bien perçu au sein du parti, y compris par son père qui avait déclaré: «Marine est bien gentille avec sa stratégie de dédiabolisation mais un Front gentil ça n’intéresse personne». Pourtant, cette stratégie lui a permis d’avoir accès aux médias qui, s’ils rechignaient à inviter le père, trouvaient la fille plus fréquentable. En outre, elle a sans doute rapporté des voix au FN, des voix dont le leader avait besoin, celles des jeunes et des femmes. Et, à titre personnel, ses positions plus nuancées ont permis à Marine Le Pen d’exister face à son père.


Décalage d’une case

Et puis une transformation s’est faite chez Marine Le Pen. Lentement, sûrement. Dans l’attitude générale d’abord. Une voix de plus en plus forte, une carrure plus imposante, des attaques, des provocations. C’est elle qui lance la polémique au sujet de Frédéric Mitterrand et de sa «Mauvaise Vie», manipulant le texte (elle en lira un passage en rajoutant «jeunes» devant «garçons»). Des méthodes auxquelles elle ne nous avait pas habitués. Marine se lepenise. Un changement d’autant plus frappant avec l’entrée en politique de la petite-fille, Marion Maréchal-Le Pen.

Le père vieillissant, c’est comme si chacun avait été décalé d’une case dans la répartition des rôles. Marion Maréchal devenant la nouvelle Marine, la jolie jeune femme blonde fréquentable qui admire sa tante comme celle-ci admirait son père. Et Marine prenant le rôle du chef, plus imposant. Ce qui amène logiquement Jean-Marie Le Pen à disparaître.

Ce glissement se fait aussi dans le discours, avec une inflexion nettement plus fidèle à l’idéologie du Front à travers un thème précis: l’islamisation de la France. Certes, le sujet lui a été servi sur un plateau en or avec la forme qu’a prise le débat sur l’identité nationale. Mais là où traditionnellement le FN se positionnait sur l’immigration en général, le thème de l’islam est une nouveauté. Un changement de discours que Marine Le Pen reconnaît elle-même, l’imputant évidemment au fait que désormais, le danger musulman est devenu palpable. S’agissant de l’affaire du Quick hallal:
«Parce qu’aujourd’hui on peut parler d’islamisation. Je n’en ai jamais parlé mais là, j’en parle parce que vraiment dans cette affaire on est face à une islamisation et celle-ci va continuer à marche forcée s’il n’y a pas un coup d’arrêt électoral.»

Marine Le Pen, l’ancienne avocate des sans-papiers, emploie désormais une rhétorique qui s’appuie sur une vague théorie du complot qui n’est pas sans rappeler le spectre du lobby juif. Mais le lobby juif version nouveau Front serait un lobby musulman, qui profiterait de la complicité de l’Etat pour islamiser le territoire au détriment de tous les principes républicains. Ce nouveau danger apparaît en filigrane dans un entretien qu’elle accorde au Monde:
«La laïcité est déjà quotidiennement violée par nos dirigeants. Quelques exemples: le financement public des mosquées par l’intermédiaire des communes entre autres; les spécificités alimentaires imposées dans les cantines; les prières sur la voie publique comme c’est toujours le cas dans plusieurs villes de France, et particulièrement rue Myrha [à Paris]. Les exemples sont hélas innombrables.»

Un changement de discours qui n’a pas échappé au Bloc identitaire dont le credo est précisément l’islamisation de la France.

«Depuis quelques semaines, on voit comme une évolution du discours de Marine Le Pen sur l’islam, l’immigration clandestine. On se sent beaucoup plus proche d’elle que d’un Bruno Gollnisch», affirme Fabrice Robert, président du Bloc identitaire. «Je pense qu’elle est en train de faire évoluer sa ligne. On analyse avec intérêt ce qu’elle propose, on ne veut pas insulter l’avenir. Il est possible que dans quelques mois, quelques années, on puisse travailler ensemble». Les deux dirigeants se seraient rencontrés plusieurs fois.

Si elle insiste de plus en plus sur l’islamisation de la France, Marine Le Pen ne peut pas non plus tenir un discours complètement anti-musulman à l’instar d’un Philippe De Villiers ou du susnommé Bloc identitaire qui considèrent que l’islam est par nature incompatible avec la France éternelle. En-dehors de toute considération idéologique, ce serait se rendre de nouveau infréquentable. Mais elle semble avoir trouvé un début de positionnement. Plutôt que d’attaquer l’islam frontalement, elle défend la République, un des liens étant bien sûr la notion de laïcité.


Bastion de la laïcité

Le Front national serait le dernier défenseur d’une République française en voie de disparition. Dans la citation précédente, Marine Le Pen présente l’islam comme en train de conquérir la terre républicaine française en siphonnant l’argent des communes, s’imposant dans l’espace public de la rue au détriment de la libre circulation et surtout bénéficiant d’un traitement de faveur dans le temple républicain par excellence: l’école publique.

Cette défense des principes républicains entraîne d’autres changements dans le discours. Son père avait coutume de dénoncer les affreux privilèges dont jouissaient les fonctionnaires, les opposant à la dure vie des patrons de PME. Marine défend les services publics, les profs, les infirmières. A la logique d’affrontement droite/gauche ou privé/public, elle intègre une autre dualité paternelle: national/mondial, intérieur/extérieur. Il faut protéger la France et la France, c’est la République. Mais protéger suppose qu’il y a un danger – le fond rhétorique reste la peur, la crispation sur un modèle qui serait menacé par la diversité, la différence, l’autre et dans lequel le «vivre ensemble» deviendrait le «vivre comme moi».

Cet appel à la République lui permet également de faire la jonction avec l’orientation sociale de son discours. Parce que la République est sociale et que Marine Le Pen a bien compris qu’à l’heure de la crise économique, il y avait un besoin du retour de l’Etat. Cette composante sociale, traditionnellement associée à la gauche, se retrouve aussi dans les systèmes de droites extrêmes qui donnent une importance au social via l’intervention de l’Etat.


Pourquoi ce changement d’attitude ?

Ce durcissement peut étonner alors que précisément son ouverture semblait médiatiquement lui réussir. Pourquoi changer ? Simplement parce que les électeurs et les militants, ce n’est pas la même chose. Si pour les électeurs du Front, elle est perçue comme un symbole positif, au sein des militants traditionnels du parti, un parti majoritairement masculin, elle est une vendue face à un Gollnisch qui serait un vrai, un authentique. Or, elle a besoin du vote des militants pour prendre la tête du parti lors du prochain congrès qui devrait avoir lieu entre l’hier 2010 et le printemps 2011. Une élection qui n’est pas gagnée d’avance puisque lors du dernier congrès, en 2007, Gollnisch l’avait devancée. Mais Marine Le Pen n’est pas une pâle copie de Jean-Marie. Elle ne va pas se contenter de l’imiter pour prendre sa place. Non seulement sa stratégie ne s’arrête pas là mais peut-être même qu’elle commence où se terminait celle de son père.


Marine plus forte que Jean-Marie

Jean-Marie Le Pen n’a finalement jamais eu de véritable ambition politique pour son parti. Il se satisfaisait très bien de son rôle d’opposant, jouissant (et jubilant) des triangulaires qu’il provoquait sans en tirer de bénéfices notables. Marine voit plus loin. Là où il jouait les trouble-fêtes, elle aspire à un véritable rôle politique ce qui implique un changement de stratégie du parti quand elle en aura pris les rênes. Son but? Faire du Front national un parti de gouvernement.

Toujours dans la même interview au Monde, alors qu’on l’interroge sur un possible déclin du parti avec le départ en retraite de son leader, elle répond:
«Je pense au contraire que nous sommes au début d’une nouvelle aventure pour le Front national et qu’il rassemblera dans les mois et les années à venir de plus en plus de Français convaincus non seulement par sa lucidité, mais par le programme de bon sens qu’il porte.»

Une phrase que Jean-Marie aurait sans doute pu prononcer mais il l’aurait fait par provocation. Marine, elle, y croit et fera tout pour.

Un Front national sous la direction de Marine Le Pen qui arriverait au gouvernement, ça peut paraître impensable, impossible, invraisemblable. C’est pourtant déjà ce que redoutait Pierre Moscovici en juin 2009 à l’occasion de l’élection municipale à Hénin-Beaumont. Il rappelait que le Front national n’était pas mort et faisait même un retour dans l’électorat populaire (analyse qui était aussi celle de Jean-François Copé). Le député socialiste ajoutait que:
«Marine Le Pen est plus dangereuse que son père (…) Jean-Marie Le Pen a vécu, en près de 60 ans de politique, dans la marge ; il assumait la fonction « tribunicienne »: je râle, je gueule, je proteste contre le système… Elle est très différente: elle se débarrasse de certaines outrances, négationniste par exemple. Elle est tout aussi extrémiste sur le plan des idées. Et par ailleurs, elle a envie de participer au pouvoir et à la droitisation de la vie politique française. (…) Attention, les idées d’extrême droite ne sont pas mortes en France. »

A l’époque, il s’était félicité que l’UMP appelle à voter PS pour contrer le FN. Mais pour combien de temps?


Le scénario de l’alliance

Marine Le Pen, après avoir durci son discours pour remporter le parti, pourra mettre la pédale douce et revenir à sa stratégie de dédiabolisation. Et même passer par un changement de nom du parti au profit de… allez au hasard un nom avec la mention de République. Débarrassé du vieux militaire, le Front deviendrait-il fréquentable pour une droite en panne d’électeurs?

C’est le scénario que craignait Daniel Cohn-Bendit, au lendemain du premier tour des régionales:
«Je suis sûr que si Marine Le Pen reprend les rênes du Front national — ce qui est vraisemblable après son succès, entre guillemets, dans le Nord aux régionales — elle tentera d’arrondir les angles pour faire du Front national un allié potentiel de l’UMP et de la droite» mais pour cela: «il faut d’abord la défaite de la droite en 2012 (à la présidentielle) pour que la droite réfléchisse à comment reconquérir la majorité».

On assisterait alors à un bouleversement de l’échiquier politique français. Le Front deviendrait un parti de gouvernement. Une hypothèse impensable du temps de Jean-Marie. Mais que passera-t-il si, faute d’un allié de centre droit de poids, l’UMP se retrouve dans une position où il ne parvient pas à remporter les élections seul?

Sarkozy avait réussi à capter l’électorat frontiste sans faire d’alliance. Mais la déception qui s’en est suivie rend peu crédible un renouvellement de ce scénario. A l’heure actuelle, cette alliance peut nous paraître impensable, impossible, invraisemblable. Et pourtant, si on prend un peu de recul, c’est ce qui s’est passé dans d’autres pays d’Europe en commençant par l’Italie. L’extrême droite se rajeunit, devient fréquentable, apporte des voix et entre au gouvernement. Contrairement à ce que l’on pensait en 2002 quand la «jeune blonde» est apparue à la télé, elle pourrait bien surpasser son père.


Source : Slate.fr, rubrique "Les Personnalités", Titiou Lecoq, 19/03/2010 (URL : http://regionales2010.slate.fr/article/4563/marine-le-pen-la-nouvelle-ligne-du-front/)

lundi 29 mars 2010

Human-chain protest held against third bridge in Istanbul


A group of people protested Sunday a planned third bridge over the Bosphorus Strait that connects Istanbul’s European and Asian sides, daily Cumhuriyet reported Monday. Members of the Platform for Life Instead of a Third Bridge formed a one-kilometer-long human chain to protest plans to build a new bridge over the waterway. The group held hands and walked in a line on Büyükdere Street near the Tarabya neighborhood of Istanbul’s Sarıyer district to protest the project, which they say will destroy forests in the northern part of the city. Posters carried by platform members read: “No Forest, No Water,” “Third Bridge Means Destruction,” “Not Bridge, But Human Life” and “Capital, Go Away; Istanbul is Ours.” Members of the Chamber of Forest Engineers, the Chamber of Construction Engineers and the Chamber of City Planners were among the protesters. Turkey’s general director of highways, Cahit Turan, had said during the first week of February that Beykoz-Tarabya and Sarıyer-Yuşa Hill were the possible routes for the third bridge connecting the city’s two sides. Experts say the use of these routes would damage the area’s forests since the highways connected to the third bridge would pass through the city’s wooded areas, according to a 10-page report published by Istanbul University’s Forest Faculty.

Source : Daily News and Economic Review, Turkish Press Scan, 29.03.2010 - from Cumhuriyet (URL : http://www.hurriyetdailynews.com/n.php?n=0329083154616-2010-03-29)

mardi 9 mars 2010

Turkey to protect architect Sinan's works in 40 countries... what about other historical legacies?


The Turkish Presidency and the Culture Ministry have begun an international project to preserve buildings constructed by the master Ottoman architect Sinan, with plans for the restoration of his works in 40 countries where the Ottoman Empire once ruled. Some experts, however, worry the project is neglecting the works of other important architects.


Although Turkey has launched a new project to preserve and restore the works of master Ottoman architect Sinan in 40 different countries, some experts have criticized the project, saying other historical legacies are being neglected.

The project, which will be carried out in 40 countries in which the Ottomans once had a presence, is being headed by Hagia Sophia Museum Chairman and Ottoman specialist Dr. Haluk Dursun with support from the Culture and Tourism Ministry.

At the same time, officials announced the formation of an Architect Sinan Foundation under the auspices of the Presidency.

Dursun said Syria and Greece had also given support to Turkey for the project in an interview with the Hürriyet Daily News and Economic Review. Sinan’s best-preserved works are in Syria, Yemen and the Bulgarian city of Plovdiv, according to Dursun.

Noting that the idea for the project emerged a few years ago, the researcher said he and a team of experts visited the different countries to assess the works of the master architect.

Extensive restoration work for Sinan’s buildings that are in severe disrepair will begin as soon as official permission is granted by the relevant authorities.


‘Only mosques are being protected’

Sinan was born in the Ağırnas village of the central Anatolian province of Kayseri. The future chief architect of the Ottoman Empire created his first works by making formations out of “kevenk” stones, a type of soft volcanic rock found in Kayseri, when he was a child.

Sinan, who is said to be the child of an Armenian or Greek family from Kayseri, was drafted into the Janissaries, an Ottoman infantry corps. The sons of Christian families living within the empire were often taken from their families, converted to Islam and educated in the guild of the Janissaries.

Dursun said there has been much discussion of Sinan’s ethnicity, but that these debates largely served no purpose. “There is nothing more natural than different ethnicities in an empire. Discussions on ethnicity are meaningless. Sinan is a value to this land.”

Istanbul Technical University Faculty of Architecture member Afife Batur, however, criticized Dursun’s sole focus on Sinan. “Yes, Sinan is a significant name in terms of the history of architecture. It cannot be denied. But why are Sinan’s works taken under protection but not the works of the other architects before and after Sinan?”

Demanding an extension of the preservation project, Batur said: “I would prefer that such a comprehensive project implemented under the auspices of the Presidency included the whole of the history of our architecture. But I should ask why all of Sinan’s works within the borders of Turkey, except mosques, are devastated. Is there a project for them?”

Istanbul University member and Byzantine Art history expert Associate Professor Asnu Bilban Yalçın said she did not agree with Batur’s views, adding that Turkey had done its best to preserve the works of other architects for future generations.

She said UNESCO and European Union initiatives had made an important contribution to Turkey’s protection of its historical artifacts.


‘Worst damage done to ourselves’

Dursun said the protection of a historic structure was generally related to whether it had a continuing function in the present day. “If the structure is a mosque, it means this structure is still alive. This is what function means.” Other Sinan works, such as caravanserais, have meanwhile been reborn as cultural centers.

Noting that Sinan’s buildings had been placed into religious and secular categories, Dursun said the architect’s buildings had been neglected in Muslim countries, including Turkey. “The main reason for this is to deny and ignore the Ottomans and their heritage. Not only Arabic countries, but also we have also done the worst amount of damage to ourselves by ignoring the Ottomans.”

The researcher, whose own work has actually focused primarily on Sinan’s non-religious buildings, including Turkish baths, khans and caravanserais, said the project would take many years to complete.


Source : Hurriyet Daily News,Vercihan Ziflioğlu, 08.03.2010 (à retrouver sur www.hurriyetdailynews.com/n.php?n=turkey-to-trace-architect-sinan-in-40-countries-2010-03-07)

mercredi 24 février 2010

En Turquie, "les équilibres politiques sont en train de changer"

La journée d’hier a vu un nouveau développement spectaculaire dans l’affaire Balyoz, révélée, le 19 janvier dernier, par le journal «Taraf» (cf. notre édition du 21 janvier 2010). Près d’une cinquantaine d’officiers, dont 11 généraux à la retraite, ont été placés en garde-à-vue, au cours d’une opération de très grande ampleur, menée à Ankara, Istanbul, Bursa et Izmir. Parmi les personnes arrêtées, on relève les noms de généraux qui occupaient des fonctions de premier plan en 2003, au moment où le plan Balyoz a été conçu, notamment : le général Ibrahim Fırtına, ancien chef de l’armée de l’air, l’amiral Özden Örnek, ancien chef de la marine, le général Suha Tanyeli, ancien chef du Centre d’études et de recherches stratégiques de l’état-major, le général Ergin Saygun, ancien commandant de la 1ère Armée (au sein de laquelle le plan Balyoz a été préparé) ou le général Engin Alan, ancien chef des forces spéciales, connu pour avoir dirigé, en 1999, l’opération qui devait aboutir à l’arrestation du leader kurde du PKK, Abdullah Öcalan. Toutes ces personnes sont accusées d’avoir tenté de renverser le gouvernement.

Cette opération fait suite à une authentification des documents qui ont été à la base de la révélation du plan Balyoz (CD, documents signés… ). On s’attendait, certes, à des arrestations dans cette affaire, mais on ne pensait pas que celles-ci viendraient aussi vite et qu’elles frapperaient aussi haut. La rapidité de la démarche montrerait donc la détermination des procureurs à aller jusqu’au bout, en intégrant de surcroît l’affaire Balyoz dans l’enquête Ergenekon. Le chef d’état-major, İlker Başbuğ semble avoir été le premier surpris par la soudaineté de ce coup de filet, puisqu’il a dû annuler, à la dernière minute, une visite de deux jours en Égypte… Se souvenant que l’affaire Balyoz avait abouti à la révélation de l’identité de 137 journalistes que l’armée aurait considérés comme de possibles collaborateurs si les complots préparés avaient été mis en œuvre (cf. notre édition du 23 janvier 2010), certains prédisent maintenant une vague d’arrestations dans les milieux médiatiques…

Les arrestations d’hier révèlent aussi les dissensions existant au sein de l’armée, car elles ont frappé en priorité un quarteron de militaires qui se trouvaient dans l’entourage de l’ancien chef d’état-major, Hilmi Özkök, entre 2002 et 2006 (sur la photo qui date de cette époque, Hilmi Özkök, à l’extrême gauche, siège aux côtés des chefs des armées de terre -Aytaş Yalman-, mer -Özden Örnek-, air -Ibrahim Fırtına- et du général commandant la Gendarmerie -Şener Eruygur-, à l’extrême droite) . À plusieurs reprises, ces généraux auraient conçu des plans pour déstabiliser le gouvernement de l’AKP, nouvellement élu, alors même que le général Özkök se serait efforcé de faire avorter de telles tentatives. Pour l’heure, en tout cas, İlker Başbuğ, le chef d’état major en exercice, se retrouve dans une position particulièrement inconfortable, pris entre la nécessité de composer avec le gouvernement ou la justice, et celle de ne pas mécontenter ses propres troupes, dont une bonne partie est de plus en plus exaspérée par les enquêtes judiciaires en cours. Toutefois, on doit observer que si l’armée reste un monde à part en Turquie, les récentes affaires, qui l’ont secouée, incitent à penser qu’elle est devenue une structure de plus en plus perméable. Car, ce sont bien des fuites militaires internes qui ont dévoilé les différents scandales qui minent aujourd’hui le prestige de l’institution.

On ne peut manquer de remarquer également que la vague d’arrestations d’hier survient au moment même où la justice affiche ses divisions, notamment dans le contexte de l’affaire d’Erzincan (cf. notre édition du 17 février 2010) qui a défrayé la chronique la semaine dernière. Affaiblissement de l’armée, affrontements au sein de la justice, tout confirme donc que les équilibres politiques sont en train de changer : l’institution militaire, d’acteur dominant est en passe de devenir un acteur dominé. Pour mesurer, à cet égard, l’évolution qui est en cours, observons simplement qu’en avril 2007 la publication des carnets du général Örnek qui relataient deux tentatives de putsch ayant pour nom de code «Ayışığı» (Lumière de lune) et «Sarıkız» (Fille blonde) avait entrainé la fermeture à l’hebdomadaire «Nokta», alors qu’aujourd’hui ces mêmes complots conduisent le même amiral devant la justice. Indubitablement la démilitarisation est en marche, reste à savoir quelle est la nature du nouveau système qui s’installe progressivement…

Source : OVIPOT, Jean Marcou, 23.02.2010 (à retrouver sur http://ovipot.blogspot.com/2010/02/turquie-vague-spectaculaire.html)

mercredi 17 février 2010

Comment la France est devenue moche


Echangeurs, lotissements, zones commerciales, alignements de ronds-points… Depuis les années 60, la ville s’est mise à dévorer la campagne. Une fatalité ? Non : le résultat de choix politiques et économiques. Historique illustré de ces métastases pé­riurbaines.



Un gros bourg et des fermes perdues dans le bocage, des murs de granit, des toits d'ardoise, des tas de foin, des vaches... Et pour rejoindre Brest, à quelques kilomètres au sud, une bonne route départementale goudronnée. C'était ça, Gouesnou, pendant des décennies, un paysage quasi immuable. Jean-Marc voit le jour dans la ferme de ses parents en 1963. Il a 5 ans lorsqu'un gars de Brest, Jean Cam, a l'idée bizarre d'installer en plein champ un drôle de magasin en parpaing et en tôle qu'il appelle Rallye. Quatre ans plus tard, les élus créent un peu plus au nord, à Kergaradec, un proto­­type, une ZAC, « zone d'aménagement concerté » : les hangars y poussent un par un. Un hypermarché Leclerc s'installe au bout de la nouvelle voie express qui se cons­truit par tronçons entre Brest et Rennes. Puis viennent La Hutte, Conforama et les meubles Jean Richou... 300 hectares de terre fertile disparaissent sous le bitume des parkings et des rocades. Quelques maisons se retrouvent enclavées çà et là. La départementale devient une belle quatre-voies sur laquelle filent à vive allure R16, 504 et Ami 8. Un quartier chic voit le jour, toujours en pleine nature, qui porte un nom de rêve : la Vallée verte...

C'est à ce moment-là que ça s'est compliqué pour les parents de Jean-Marc. Avec l'élargissement de la départementale, ils sont expropriés d'un bon bout de terrain et ne peuvent plus emmener leurs vaches de l'autre côté de la quatre-voies. Ils s'adaptent tant bien que mal, confectionnent des produits laitiers pour le centre Leclerc, avant de se reconvertir : la jolie ferme Quentel est au­jourd'hui une des salles de réception les plus courues de Bretagne. Les fermes voisines deviennent gîte rural ou centre équestre. La Vallée verte, elle, se retrouve cernée de rangées de pavillons moins chics : « Nous, on a eu de la chance, grâce à la proximité de l'aéroport, les terres tout autour de la ferme sont restées inconstructibles. » Aujourd'hui, quand il quitte son bout de verdure préservé pour aller à Brest, Jean-Marc contourne juste la zone de Kergaradec, tellement il trouve ça moche : « C'est à qui fera le plus grand panneau, rajoutera le plus de fanions. Comme si tout le monde hurlait en même temps ses messages publicitaires. »

Ça s'est passé près de chez Jean-Marc, à Brest, mais aussi près de chez nous, près de chez vous, à Marseille, Toulouse, Lyon, Metz ou Lille, puis aux abords des villes moyennes, et désormais des plus petites. Avec un formidable coup d'accélérateur depuis les années 1982-1983 et les lois de décentralisation Defferre. Partout, la même trilogie – infrastructures routières, zones commerciales, lotissements – concourt à l'étalement urbain le plus spectaculaire d'Europe : tous les dix ans, l'équivalent d'un département français disparaît sous le béton, le bitume, les panneaux, la tôle.

Il n'y a rien à comprendre, a-t-on jugé pendant des années, juste à prendre acte de la modernité à l'œuvre, une sorte de chaos naturel et spontané, prix à payer pour la « croissance » de notre bien-être matériel. Les élites intellectuelles de ce pays oscillent entre répulsion (« c'est moche, les entrées de ville »), fascination (« vive le chaos, ça fait Wim Wenders ! ») et indifférence : elles habitent en centre-ville... Rien à comprendre, vraiment ? En 2003, l'architecte urbaniste David Man­gin prend le temps d'y réfléchir quelques mois et sort un an plus tard son formidable bouquin, La Ville franchisée, qui reste l'analyse la plus pertinente des métastases pé­riurbaines. Il faut en finir, dit Mangin, avec l'idée que ce « chaos sort de terre tout seul ». Il résulte au contraire « de rapports de forces politiques, de visions idéologiques, de cultures techniques ».

Lorsque apparaissent les premiers supermarchés, au début des années 60, la France ne compte que 200 kilomètres d'autoroutes, un morceau de périphérique parisien, aucune autre rocade, pas le moin­dre rond-point... et un architecte-urbaniste visionnaire, Le Corbusier ! Celui-ci a compris très tôt l'hégémonie à venir de la voiture, à laquelle il est favorable. Dès 1933, avec des confrères qu'il a réunis à Athènes, il a imaginé de découper les villes de fa­çon rationnelle, en quatre zones cor­respondant à quatre « fonctions » : la vie, le travail, les loisirs et les infrastructures routières. L'Etat s'empare de l'idée, on entre dans l'ère des « zones », ZUP, ZAC, etc. (1) Et puis il faut « rattraper » l'Allemagne et son insolent réseau d'autoroutes ! Du pain bénit pour notre illustre corps d'ingénieurs des Ponts et Chaussées. La France inscrit dans la loi (loi Pasqua, 1998) que tout citoyen doit se trouver à moins de quarante-cinq minutes d'une entrée ou d'une sortie d'autoroute ! Des itinéraires de contournement des villes sont construits, le territoire se couvre d'échangeurs, de bre­telles et de rocades. Vingt ans plus tard, les enfilades de ronds-points à l'anglaise, trop nombreux et trop grands, parachèvent le travail : ils jouent, constate Mangin, « le rôle de diffuseurs de l'étalement dans le nouveau Meccano urbain qui se met en place ».


L'empire du hangar
Ceux qui ont vite compris le potentiel que leur offrait ce quadrillage de bitume – foncier pas cher et abondant, accessibilité et visibilité formidables –, ce sont les nouveaux opérateurs du commerce. Ils s'appellent Leclerc en Bretagne, Auchan dans le Nord, Casino dans la région stéphanoise. Leur stratégie : se faire connaître sur leur terroir d'origine, saturer un territoire pour étouffer la concurrence, puis s'étendre à d'autres régions. « Localisations et accès sont repérés et négociés en amont, explique Mangin, auprès des propriétaires privés, des élus, des aménageurs de ZAC et des directions départemen­tales de l'Equipement. » Conçus à l'américaine – « no parking, no business » –, les hypermarchés raisonnent en termes de « flux » de voitures et de « zones de chalandise » : ils com­mencent par aspirer les consommateurs des centres-villes en attendant que les lotissements viennent boucher les trous du maillage routier... Aujourd'hui, la France, championne mondiale de la grande distribution – elle exporte son glorieux modèle jusqu'en Chine – compte 1 400 hypermarchés (de plus de 2 500 mètres carrés) et 8 000 supermarchés... Et pour quel bilan ! « En cassant les prix sur quelques rares mais symbo­liques produits, les grandes surfaces se sont enrichies en ruinant les pompes à essence, les commerces de bouche, les drogueries, les quincailleries, des milliers de commerces indépendants spécialisés ou de proximité, des milliers d'artisans, et même des milliers de producteurs et fournisseurs. Les résultats sont objectivement inacceptables. Avec, en plus, des prix supérieurs à ceux de nos voisins eu­ropéens ! » Ce n'est pas un dangereux contestataire qui dresse ce constat, mais Jean-Paul Charié, député UMP du Loiret (hélas décédé en novembre dernier), dans un rapport sur l'urbanisme commercial rédigé en mars 2009. La logique des grandes surfaces a vidé les centres-villes de leurs commerces, a favorisé la malbouffe, contraint de nombreuses entrepri­ses à délocaliser. Elle a fabriqué des emplois précaires et des chômeurs. C'est une spécificité très française – 70 % du chiffre d'affaires commercial est réalisé en périphérie des villes, contre 30 % en Allemagne.

L'homme le plus riche de France ? Gérard Mulliez, fondateur du groupe familial Auchan. Une nébuleuse d'entreprises dont le poids estimé en fait le premier annonceur publicitaire et le troisième employeur du pays. Difficile de résister à son influence, ou à celle des Leclerc, Carrefour, Intermarché, aménageurs en chef de l'Hexagone. Jusqu'à la loi de modernisation de l'économie votée en 2008, l'implantation des grandes surfaces n'était d'ailleurs pas soumise au droit de l'urbanisme, mais au seul droit commercial. Aucune règle n'était édictée quant à la forme ou à l'aspect des bâtiments, seule la surface comptait, donnant lieu à des marchandages peu re­luisants avec les élus : laisse-moi construire mon supermarché, je financerai ton club sportif... « L'aménagement du territoire soumis aux puissances financières débouche toujours sur des effets pervers, poursuit le rapport Charié. Comment un élu peut-il facilement refuser un projet parasite si c'est par ailleurs une source de financement pour le budget communal ? » A fortiori s'il est maire d'une petite ville, désormais en première ligne. Car l'hypermarché de première génération s'est « fractionné ». Decathlon, Norauto, Leroy-Merlin, Kiabi, Cultura... c'est aussi le groupe Auchan ! Autant de MSS (moyennes surfaces spécialisées) qui investissent de nouvelles petites ZAC, où McDonald's côtoie désormais Biocoop... Pas un bourg qui n'accueille le visiteur par un bazar bariolé : « C'est partout le même alignement de cubes et de parallélé­pipèdes en tôle ondulée, le même pullulement de pancartes et d'enseignes », se désole Jean-Pierre Sueur, sénateur socialiste du même Loiret, qui a déposé une proposition de loi à l'automne dernier. Son objectif : que « tous les documents d'urbanisme assurent la qualité urbaine, architecturale et paysagère des entrées de ville ». Plein de bonnes idées, le texte a été adopté il y a deux mois par la majorité sénatoriale UMP, qui l'a vidé de sa substance – plus aucune mesure contraignante.


Le rêve pavillonnaire
Tandis que nos compatriotes s'accoutumaient à naviguer le week-end d'un parking à l'autre, les quartiers pavillonnaires ont fleuri. Il faut dire qu'ils n'ont pas vraiment eu d'autre choix, les Français, face à une crise du logement qui sévit depuis la Seconde Guerre mondiale. Alors que la population du pays était stable depuis le milieu du XIXe siècle – 40 millions d'habitants –, le baby-boom, l'accélération de l'exode rural, le recours à l'immigration puis l'arrivée des rapatriés d'Algérie changent la donne : il faut construire, vite, pour éradiquer les taudis urbains. Ce sera, pendant vingt ans, la politique des grands ensembles, à laquelle la circulaire Guichard de 1973 met brutalement fin. Place au rêve pavillonnaire ! Certes, dans les années 20, les débuts de l'exode rural avaient donné naissance aux premiers lotissements – les fameux pavillons Loucheur des faubourgs parisiens. Mais cette fois, on change d'échelle. Rêve de tous les Français, le pavillon ? C'est ce que serinent, depuis Valéry Giscard d'Estaing, tous les gouvernements, qui appuient leur politique sur le rejet des grands ensembles et sur « notre mémoire rurale » – souvenons-nous de l'affiche bucolique de François Mitterrand en 1981, la force tranquille du clocher.

« Pourtant, le pavillon, c'est avant tout un choix contraint », constate David Mangin. Les centres-villes étant devenus inabordables, les familles pas très riches – elles sont la grande majorité – sont condamnées à l'exil périurbain. Et elles le resteront tant que manquera une bonne offre résidentielle collective. Alors, comme l'a observé l'urbaniste Bruno Fortier, « on tartine du lotissement au kilomètre », c'est facile et pas cher. Conçue par un promoteur-constructeur, la maison est un « produit », à commander sur catalogue. Où que l'on aille, le marché ne sait fournir que des lotissements avec des rues « en raquette », des parcelles de même taille, des maisons posées sur leur sous-sol de béton ; tant pis pour le raccord visuel avec la ville ancienne. Les plantes des jardins sont achetées en promotion à la jardinerie du coin ; tant pis pour la flore locale et le paysage. La puissance publique y met du sien : incapable d'assurer la con­tinuité urbaine, elle croit compenser en imposant les règles draconiennes des Plans locaux d'urbanisme (PLU). Les Directions départementales de l'Equipement (DDE) imposent leurs normes, et les architectes des Bâtiments de France (ABF) homogénéisent à coups de pastiches régionalistes. Allez essayer de construire une maison en bois ou un peu personnalisée dans un lotissement ! « Les gens qui essaient se font flinguer, dit David Mangin. Ils doivent s'expliquer avec le maire, déposer trois permis, il y a des recours... Ils sont découragés. »


Les dégâts de la décentralisation
« Pendant très longtemps l'urbanisme a été une affaire d'Etat en France », rappelle Thierry Paquot, philosophe de l'urbain et éditeur de la revue Urbanisme. Mais, à partir des années 80, les gouvernements, de droite ou de gauche, ont délégué à d'autres la fabrication de la ville. L'Etat s'est mis au service du privé : « Le meilleur exemple, c'est Laurent Fabius, qui "offre" à Eurodisney une ligne de RER que les habitants de Marne-la-Vallée réclamaient sans succès depuis des années ! » En 1983, les lois de décentralisation donnent tout pouvoir aux maires en matière de permis de construire « et la catastrophe commence, estime Thierry Paquot. La plupart des élus sont totalement incompétents en matière d'urbanisme, et de plus ont un goût exécrable ». Ils se reposent sur les promoteurs pour produire du clés en main. « L'habitat se banalise et conduit à cette France moche qui nie totalement l'esprit des lieux. » Frédéric Bonnet, architecte-conseil de l'Etat en Haute-Vienne, confirme : « Dans un rayon de 40 kilomètres autour de Limoges, tous les villages ont construit dix, quinze, vingt maisons pour des habitants qui ne se rendent jamais dans le centre-bourg, puisqu'ils travaillent tous... à Limoges. » Le mécanisme est simple : pour lutter contre l'exode rural, pour éviter la fermeture de l'école, la commune fait construire un lotissement, qui amène de nouveaux arrivants. Mais les enfants scolarisés grandissent et s'en vont. Il faut créer un second lotissement pour attirer de nouvelles familles. C'est la fuite en avant. Le mitage du paysage est renforcé par la spéculation foncière. Difficile pour le maire d'une petite commune de refuser à des voisins agri­culteurs la constructibilité sachant que le prix du terrain à lotir est alors multiplié par dix ou vingt. Et voilà comment la France consomme pour son « urbanisation » deux fois plus de terres agricoles que l'Allemagne : « Il faut en finir avec la politique urbaine coordonnée au niveau de la commune, ce n'est pas la bonne échelle », conclut Frédéric Bonnet.


Un développement pas durable
L'urbanisme raconte ce que nous sommes. Le Moyen Age a eu ses villes fortifiées et ses cathédrales, le XIXe siècle ses boulevards et ses lycées. Nous avons nos hangars commerciaux et nos lotissements. Les pare-brise de nos voitures sont des écrans de télévision, et nos villes ressemblent à une soirée sur TF1 : un long tunnel de publicité (la zone commerciale et ses pancartes) suivi d'une émission guimauve (le centre muséifié). Cette périurbanisation vorace s'opère en silence – les revues d'architecture l'ignorent. Elle a été peu visitée par le roman, le documentaire ou la fiction. Aux Etats-Unis, des films comme American Beauty, la série Desperate Housewives ont raconté l'ennui qui suinte des quartiers pavillonnaires. En France, il manque un Balzac contemporain pour décrire la comédie urbaine. « La ville n'est pas objet de débat, analyse Annie Fourcaut, historienne de la vie citadine. On débat de l'école, pas de la ville, sans voir que la secon­de conditionne la première. Peut-être parce que les Français ne sont pas un peuple urbain. Il a fallu attendre 1931 pour que la population des villes égale celle des campagnes, des décennies après les Anglais et les Allemands. » Alors, il n'y aurait pas d'autre modèle de vie que celui qui consiste à prendre sa voiture tous les matins pour faire des kilomètres jusqu'à son travail, par des routes saturées et des ronds-points engorgés, pour revenir le soir dans sa maison après être allé faire le plein chez Carrefour ? « L'inflexion, sur le plan des idées, a commencé, se réjouit Bruno Fortier. Depuis trois ou quatre ans, tout le monde dit : on arrête les conneries, on se calme, on redensi­fie, on réurbanise intelligemment, on cesse de dévorer les terrains agri­coles... Mais fabriquer un urbanisme plus évolué, avec un rapport à la nature plus riche, comme ce que l'on voit aux Pays-Bas, au Danemark ou en Allemagne, ça va coûter un peu plus cher ! »


L'impératif écologique supplantera-t-il l'impéritie politique ? Durant l'été 2008, quand le prix de l'essence s'est envolé, le chiffre d'affaires de certaines zones commerciales s'est effondré. Affolés, les habitants des lotissements ont réclamé des lignes de bus à leur maire. « Depuis la fin des grands ensembles, la France n'avait plus de projet urbain collectif, rappelle Annie Fourcaut. Le développement durable pourrait en cons­tituer un. » Alors rêvons un instant à ce que pourrait être une « ville passante », comme l'appelle David Mangin, une ville désintoxiquée de la voiture, désenclavée, oublieuse des artères qui segmentent et des zones privatisées et sécurisées, une ville de faubourgs dont les fonctions – habitat, travail, commerce, loisirs – seraient à nouveau mélangées, une ville hybride, métissée, où chacun mettrait un peu du sien... Trop tard ?


Le pavillon, un choix ?
Sur la carte du Comité du tourisme de la Haute-Vienne, les villages dessinés ressemblent tous à celui de l'affiche du candidat Mitterrand en 1981. Et en vrai ? Au sud-ouest de Limoges, au-delà de la zone commerciale, Boisseuil s'est couvert de lotissements. L'un d'eux se termine. Des dizaines de pavillons bas, parfois pas loin du cabanon amélioré. Il est loin « l'éco-quartier », dernière marotte de nos élus. C'est la France qui se lève tôt, qui fait des heures sup, mais n'a pas de quoi s'offrir plus. A 5 kilomètres de là, à Pierre-Buffière, vieux bourg de 1 200 habitants, on tombe sur 21 parcelles, au bord des champs. Anne, « nounou », et son mari, fonctionnaire, sont venus « pour la qualité de vie ». De toute façon, « Limoges, c'était bien trop cher ». Bien sûr, « 80 % des gens qui habitent ici travaillent à Limoges. Il faut tout faire en voiture ». Même son de cloche à Eybouleuf, 400 habitants à peine, à 16 kilomètres au nord. Le manque d'argent, toujours... « Avec la crise, les gens sont mutés et obligés de revendre », dit Louis, ancien routier. « Construire, c'est meilleur marché que de louer », explique quand même Fernand, retraité des abattoirs, qui a eu sa maison dès 1982. Depuis, combien ont poussé autour ? « Une, deux... neuf ! » Et d'autres plus loin. Tous les commerces ont coulé. « Les campagnes, maintenant, c'est des dortoirs. Mais les gens y sont plus heureux qu'en ville. » X.J.

(1) La ZUP (zone à urbaniser en priorité), procédure d'urbanisme créée en 1959 , a permis la construction des grands ensembles. La ZAC (zone d'aménagement concerté) s'est substituée à la ZUP en 1967, pour faciliter la concertation entre collectivités publiques et promoteurs privés.

(2) Reprenant les attributions des Ponts et Chaussées (réseaux routiers, règlements d'urbanisme, etc.), les Directions départementales de l'Equipement (DDE) ont été créées en 1967. Depuis les lois de décentralisation, elles relèvent des conseils généraux. Le 1er janvier, elles ont fusionné avec les Directions départementales de l'Agriculture et de la Forêt, devenant DDT (Directions départementale des territoires). Elles sont donc désormais censées se préoccuper de développement durable...


Source : Telerama.fr, 16.02.2010, Xavier de Jarcy et Vincent Remy - Photos Patrick Messina - Télérama n° 3135(à retrouver sur http://www.telerama.fr/monde/comment-la-france-est-devenue-moche,52457.php)


A lire : La Ville franchisée, Formes et structures de la ville contemporaine, de David Mangin, 2004, éd. de la Villette, 480 p., 35 €