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mercredi 26 mai 2010

La Turquie, la culture, la démocratie, l'armée et la laïcité ...


À cheval sur l’Europe, l’Asie centrale 
et le Moyen-Orient, la Turquie, qui est 
à un tournant de son histoire, s’interroge. Adhésion à l’UE, démocratie, 
question kurde, devoir mémoriel (massacres d’Arméniens 
de 1915), poids de l’armée et laïcité sont au cœur des débats.


Des tulipes. Jaunes, rouges, blanches. On ne voit que ça dans les parcs et jardins d’Istanbul. Pourquoi cette fleur ? Parce que c’est le symbole de l’Empire ottoman. Après plus de quatre-vingts ans de kémalisme, la Turquie semble renouer avec son passé. « Dans les milieux intellectuels comme dans les couches sociales défavorisées, une certaine forme de passéisme gagne du terrain. Et la nostalgie ottomane, qui a été occultée, revient en force, notamment sur la scène politique et culturelle », écrit Nedim Gürsel (1). Tant et si bien que le programme d’« Istanbul, capitale européenne de la culture 2010 » (470 projets artistiques et culturels) a fait en sorte de raviver cette nostalgie à travers des spectacles en sons et lumières, des expositions, la littérature, les arts, les concerts et la restauration des vestiges de l’ancienne capitale ottomane. Mais le passé hittite, romain et byzantin n’est pas oublié, non plus que la période contemporaine.


La culture est en train d’agoniser

Envers du décor ! « Capitale de la culture européenne ? », s’étonne Emre. « Jusque-là, on n’a rien vu. On ne peut pas dire que les 14 millions de Stambouliotes soient concernés », ajoute-t-il. « C’est superficiel ! C’est pour donner l’impression à l’Union européenne que la Turquie maintient le cap », estime Maya Arakon, professeur de relations internationales à l’université Yeditepe d’Istanbul. Selon elle, « la culture est en train d’agoniser. Faute d’investissements, le centre culturel Atatürk a fermé et on n’en a pas ouvert de nouveaux. Le plus vieux cinéma d’Istanbul, Emek, au plafond de style baroque, créé en 1923, situé dans un immeuble datant de 1860 sur l‘avenue Istiklal en contrebas de la place Taksim, risque de disparaître ». L’immeuble va laisser place à un centre commercial en verre et béton ! Architectes et intellectuels se battent pour le sauver. « Fermer ce cinéma a un sens symbolique », ajoute-t-elle. « Rien n’est fait pour vraiment valoriser le patrimoine ancien », constate un artiste indépendant rencontré à Sultanahmet. « On est en train de faire du vieux Istanbul une cité touristique, tandis que le peuple est de plus en plus repoussé vers les lointaines banlieues. »

Symboles de la modernité mais aussi lieux de contestation politique, la place Taksim et l’avenue Istiklal, immense voie piétonnière dans la partie européenne de la ville. Ici, dit-on, transitent deux millions de personnes par jour ! Ce samedi, autour du monument en hommage à Mustapha Kemal et à ses compagnons, des lycéens membres d’un parti d’extrême gauche exigent un accès plus démocratique à l’enseignement supérieur. Plus haut, autour d’un stand, une exposition de photos sur le dur métier des hommes du feu organisé par le syndicat des pompiers d’Istanbul dénonçant la sous-traitance du métier au profit d’entreprises privées. À proximité, des militants de l’AKP (Parti de la justice et du développement, issu de la mouvance islamiste) distribuent des roses aux femmes. En contrebas, de jeunes militants du Parti communiste de Turquie (PCK) distribuent des tracts dénonçant le « régime fasciste » turc  ! Tous appellent à la mobilisation pour le 1er Mai : pour la première fois dans l’histoire de ce pays, syndicats et organisations de masse ont été autorisés à commémorer la Fête du travail. Les années précédentes, sur cette place, le 1er Mai était le théâtre de heurts violents entre manifestants et forces de police. Tout comme a été autorisée (pour la première fois) la commémoration des massacres de masse d’Arméniens de 1915. Est-ce à dire que la Turquie sous le gouvernement de l’AKP se démocratise ? « Non et oui », répond Fatih Polat, journaliste au quotidien Evrensel, organe de l’Emep (Parti du travail de Turquie, gauche marxiste). « Un des succès de l’AKP est d’avoir fait reculer le poids de l’armée dans la vie publique », explique-t-il. « Pour le reste, il y a beaucoup à dire. Par exemple, concernant la révision constitutionnelle, il est peu probable que l’article 1, qui parle de nation turque, ignorant l’existence des minorités dont les Kurdes, soit modifié. Si ce gouvernement a autorisé la création d’une chaîne de télé en langue kurde (TRT 6), ce qui est une bonne chose, il n’en reste pas moins qu’il a demandé à Bruxelles d’interdire ROJ TV, basée en Belgique, sous prétexte qu’elle est proche du PKK (Parti du travail du Kurdistan, en lutte armée contre Ankara). Autres exemples : le maire de Sur (Kurdistan) ainsi que 1 200 membres du DTP (Parti pour une société démocratique, interdit avant de devenir BDP, Parti de la paix et de la démocratie) sont incarcérés. Deux de ses dirigeants, les députés Ahmet Türc et Aysel Thgluk, sont interdits de parole. La condamnation récente de Leila Zana en premier appel à trois ans de prison a choqué l’opinion et provoqué un fort mouvement de sympathie en sa faveur en Turquie », poursuit-il. Pour avoir déclaré au Parlement lors d’un débat retransmis par la télé publique turque qu’« une guerre se déroule en ce moment même en Turquie » à propos de la situation au Kurdistan, la députée kurde Sebahat Tuncel s’est fait violemment tancer par le président du Parlement et insulter par des députés du CHP (kémaliste) et du MHP (ultranationaliste).


Une région sous tension extrême

Mais signe que la question kurde n’est plus taboue : la réaction de la pop star turque Hakan Peker, qui a interpellé publiquement lors d’un concert à Istanbul le Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, au sujet du Kurdistan. « On aurait dû régler le problème kurde il y a dix ans », s’inquiète Ebru Kus Sen, du comité d’organisation d’Istanbul capitale européenne de la culture. La jeune femme craint « que ce soit plus difficile aujourd’hui, tant les positions des uns et des autres se sont radicalisées ». En effet, pas un jour ne passe sans qu’un soldat turc ou des membres du PKK soient tués dans cette région sous tension extrême.

Quant à l’armée, qui se veut la gardienne des dogmes kémalistes dont la laïcité, et qui par trois fois a renversé des gouvernements, elle entretient des rapports crispés avec le gouvernement AKP. De fait, elle a usé de divers moyens pour le renverser  : il y a eu la proposition du gouvernement de levée de l’interdiction du port du foulard par les étudiantes à l’université avec à la clé une tentative d’interdiction de l’AKP par la Cour constitutionnelle sous prétexte d’atteinte à la laïcité, puis la tentative d’empêcher l’élection à la présidence turque d’Abdullah Gül en 2008, ce qui a provoqué des élections législatives anticipées remportées par ce même AKP en juillet de la même année … L’affaire Energekon en 2009-2010, du nom d’une organisation clandestine ultranationaliste regroupant des officiers supérieurs de l’armée à la retraite, démantelée après la découverte d’un plan de déstabilisation du pays : assassinats d’hommes politiques, de journalistes et d’intellectuels, attentats à la bombe, provocations d’incidents armés à la frontière turco-grecque, bombardement de mosquées islamistes ! Le tout visant à créer une situation d’instabilité généralisée propice à une intervention militaire avec à la clé la proclamation de l’état d’urgence, la dissolution du gouvernement et du Parlement ! L’affaire, qui a fait grand bruit, est loin d’être terminée. Plusieurs dizaines d’officiers supérieurs à la retraite ont été interpellés. La « grande muette » se défend. « Nos soldats crient Allah Akbar quand ils combattent l’ennemi. Comment ose-t-on nous accuser de vouloir bombarder des mosquées », s’indigne l’un de ses responsables ! « Mon sentiment est que l’armée ne s’est pas rendu compte que les temps ont changé, que la guerre froide est terminée et que rien ne peut plus être caché », assure Maya Arakon.

Pour l’heure, cette affaire Energekon semble servir le Premier ministre et son parti, l’AKP. Aussi, profitant que l’armée soit sur la défensive, ont-ils décidé d’enfoncer le clou. Le Parlement vient en effet d’adopter un projet de révision constitutionnelle qui sera soumis à un référendum. But de l’opération : réduire l’influence de l’armée et celle de ses relais kémalistes au sein des institutions étatiques. Sont visés le puissant Conseil supérieur de la magistrature (HSYK), qui nomme les magistrats et la Cour constitutionnelle, deux bastions kémalistes laïques en conflit ouvert avec l’AKP, dont ils ont tenté d’interdire l’activité. Au nom d’une « laïcité infiniment plus dure que la laïcité française » et d’une conception de la nation turque niant l’identité kurde (2), ces deux institutions sont derrière les interdictions d’activité des partis et des députés kurdes, du port du foulard par les étudiantes à l’université et dans les institutions publiques, les poursuites contre les intellectuels appelant à un travail de mémoire sur les massacres d’Arméniens. D’où, à travers cette révision constitutionnelle, la volonté de rendre plus difficile la dissolution des partis politiques par le HSYK et la Cour constitutionnelle. L’opposition laïque, qui soupçonne l’AKP d’avoir un « agenda caché », affirme que le but de cette révision constitutionnelle est d’islamiser en « douceur » la société turque.

Abderrahmane Dilipak, écrivain et journaliste au Valeit Daily News, membre de Human Rights Watch, ténor de l’islamisme turc, qui dénonce « la théocratie laïco-kémaliste », s’en félicite  : il soutient la révision constitutionnelle. « La laïcité  ? Je ne suis ni pour ni contre. C’est un prétexte pour empêcher la société d’avancer. On est dans un pays musulman où on ne peut pas pratiquer librement sa religion. On essaie de l’emprisonner dans les mosquées », affirme-t-il sans se démonter. La Turquie, pays émergent, membre du G20 mais aussi deuxième puissance militaire de l’Otan, qui a doublé son PIB en cinq ans, à cheval sur le Moyen-Orient, l’Asie centrale et l’Europe dont elle veut être membre, puissance régionale incontournable, est à un tournant de son histoire. La modernisation à l’occidentale imposée avec une main de fer par les kémalistes, qui n’est pas, selon Altan Golpak, « un projet de modernité », semble avoir atteint ses limites (3). Si une majorité de Turcs reste attachée à la laïcité, l’islam turc n’a pas encore tout à fait tranché en son sein le vieux débat opposant les tenants d’une islamisation de la modernité et ceux qui prônent la sécularisation de la religion.

(1) Nedim Gürsel, La Turquie, une idée neuve en Europe, Empreinte. (2) Altan Gokalp, « Turquie  : les tabous 
d’une démocratie » in la Pensée du midi n° 19, novembre 2006. (3) Idem.

Source : L'Humanité, Hassane Zerrouky, 25.05.2010 (URL : http://www.humanite.fr/2010-05-25_International_La-Turquie-entre-modernite-et-resurgence-identitaire)

lundi 29 mars 2010

A Turkish teacher sued for cultural diversity project in class


A high school teacher who conducted a project to raise awareness and understanding among different ethnic groups and cultures has been sued for allegedly making propaganda for the outlawed Kurdistan Workers’ Party, or PKK, daily Habertürk reported Monday. As part of sociology lessons at a high school in Istanbul, teacher G.F. asked students to give presentations on the cultures of Roma, Kurdish, Laz, and Syriac people. While a student of Kurdish origin was making a presentation in class, another student reacted, saying, “You are talking about Kurdish culture but we have martyrs dying in the mountains. What do you have to say about that?” and then adding, “There is no such language as Kurdish.” The student’s response led to a debate facilitated by the teacher, who urged tolerance and used the state’s TV channel broadcasting in Kurdish as an example. Shortly after this incident, the student who initiated the argument brought the issue to Internet forums; counter-terrorism police units were informed and began an investigation into the teacher. A criminal case has been opened against G.F. even though the government and the Ministry of Education sent a notice to schools five months after the incident, encouraging teachers to promote fraternity to prevent discrimination.

Source : Daily News and Economic Review, Turkish Press Scan, 29.03.2010 - from Habertürk (URL : http://www.hurriyetdailynews.com/n.php?n=0329083154616-2010-03-29)

dimanche 21 mars 2010

"Istanbul ouvre à l'Europe d'autres horizons et lui offre une énergie dont elle a grandement besoin"


« Je suis peut-être devenu un généraliste d'Istanbul », lâche Jean-François Pérouse, en s'excusant. Mais ce géographe, responsable de l'Observatoire urbain d'Istanbul, enseignant à l'Université Galatasaray et traducteur d'ouvrages d'Orhan Pamuk, est tout le contraire : un obsédé du détail. Chercheur et – qu'il nous pardonne – vagabond, Pérouse est arrivé sur les bords du Bosphore en 1999, pour un séjour qui devait durer six mois. Il n'est jamais reparti. Onze ans qu'il arpente la ville à la recherche de clefs sur son évolution culturelle, démographique et urbaine. La périphérie est son territoire de prédilection, le turc et le kurde sont ses langues d'adoption, il fonctionne à l'immersion. Et lutte pour qu'Istanbul, la mégapole qui croît plus vite que son ombre, soit perçue dans toute sa richesse humaine, délivrée des mythes, arrachée aux clichés colportés par les dépliants touristiques.


Comment parler d'Istanbul sans se laisser happer par la mythologie dans laquelle baigne la ville ?

Une avalanche de références picturales ou littéraires – on pense à Gérard de Nerval, à Flaubert ou à Pierre Loti – accompagne en effet le voyageur européen découvrant Istanbul. Elle le cantonne à quelques hauts lieux, comme le palais de Topkapi ou la Mosquée bleue, qui sont autant de... lieux communs. Aussi beaux soient-ils, ces sites le coupent de l'Istanbul d'aujourd'hui, mégapole contemporaine, branchée sur l'économie mondiale, habitée par des populations qui n'ont plus rien à voir avec celles rencontrées par les voyageurs, du XVIe au XXe siècle. Une nouvelle dynamique anime la ville moderne, qui tente de réinvestir son histoire, de la réinventer dans un cadre international et ultracontemporain. Il faut donc, autant que possible, faire table rase des vieilles références...


C'est ce que vous faites avec l'Observatoire urbain d'Istanbul ?

Elle a beau être la plus grande métropole du pourtour méditerranéen, cette ville reste peu connue de la recherche occidentale. Mais la France dispose depuis longtemps d'un formidable outil pour comprendre la complexité turque et sortir des « impressions » : c'est l'Institut français d'études anatoliennes, créé en 1930 par l'architecte-archéologue Albert Gabriel, et qui accueillit en son temps Georges Dumézil. Fondé en 1988 par l'Institut, l'Observatoire urbain tente de construire la mémoire récente d'Istanbul grâce à l'accumulation de données photographiques, cartographiques, et de rapports d'activités des mairies... Ce travail d'arpentage, de reconnaissance des nouveaux quartiers, me semble important pour cerner cet étalement vertigineux.


A quand remonte le basculement dans la modernité ?

On peut tracer une première ligne en 1923 : cette année-là, la République turque est proclamée, Ankara remplace Istanbul comme capitale, et l'écrivain Pierre Loti, qui a fixé dans ses livres une image désuète de la ville, s'éteint, à 73 ans. Mais la grande mutation économique, celle qui permet de comprendre la mégapole contemporaine, date du milieu des années 1980. Le tissu urbain actuel a émergé à 80 % après cette date ; l'industrie turque s'oriente résolument vers l'exportation, et cette révolution économique s'accompagne d'une révolution touristique que la Banque mondiale avait appelée de ses vœux dès la fin des années 1970. Un moment important pour Istanbul, qui redécouvre à cette occasion un passé dont le rayonnement dépasse largement le cadre de la Turquie : l'horizon des Stambouliotes s'élargit aux dimensions de la Méditerranée, des Balkans, et même du monde. Un troisième événement, enfin, transforme la ville : l'effondrement de l'URSS et l'ouverture à l'Est, qui « repositionne » Istanbul dans les courants migratoires internationaux. C'est l'époque des premiers « navetteurs » – des particuliers originaires de Pologne, de Libye, de Bulgarie, d'Ukraine... –, qui viennent plusieurs fois par an acheter des produits qu'ils revendront dans leur pays. Ce « tourisme à la valise », comme on l'appelle, à la fois religieux, familial et commercial, est encore très florissant.


D'où vient l'énergie bouillonnante que l'on ressent dans la rue ?

D'abord de cette nouvelle vocation d'Istanbul comme place commerciale internationale. Les cinq cent mille petits vendeurs de rue qui envahissent la ville participent à ce foisonnement... et forment l'envers du décor de ce qu'on a appelé un peu vite la « movida stambouliote ». Mais l'ouverture au monde, et une focalisation moins obsédée de la République sur l'Etat-nation ont aussi changé les modes de vie et de création artistique. En quelques années, on est passé de l'idée qu'il n'existait qu'une seule identité turque à l'affirmation qu'on peut être turc et kurde, turc et arabophone. Istanbul est devenue le laboratoire naturel de ces combinaisons, de cette hybridation des identités, et cela se sent, comme en témoigne la création de l'Institut kurde ou l'apparition, au cinéma, de dialogues en kurde sous-titrés en turc. La première fois, c'était en 1999, dans Voyage vers le soleil. Ce qui semble banal aujourd'hui ne l'était pas il y a dix ans.


La politique culturelle de la ville favorise-t-elle ce bouillonnement ?

Il faut plutôt parler « des » politiques culturelles, car elles sont menées par des institutions, des réseaux et des mouvances idéologiques souvent concurrentes. D'un côté, les acteurs publics locaux, notamment la mairie d'Istanbul, véritable Etat dans l'Etat avec treize millions d'administrés et un budget supérieur à celui de certains pays des Balkans : son action culturelle repose sur l'éducation et la formation, et fonctionne selon un système de valeurs très clairement conservatrices. Elle réalise par exemple un gros travail auprès des femmes et des jeunes, axé sur l'acquisition de savoir-faire artisanaux. Objectif : permettre aux femmes d'acquérir une compétence, c'est-à-dire potentiellement un revenu, donc une relative autonomie... et s'assurer en même temps de leur adhésion à une culture qui les maintient dans un certain rôle, centré sur la famille. Idem pour les jeunes : les cours de langue et d'informatique, l'accent mis sur l'alphabétisation sont évidemment des objectifs louables. Mais cette éducation, qui valorise le passé ottoman et l'histoire plus récente de la République, vise l'adhésion de tous à une certaine idée de la nation. Régulièrement, les habitants d'Istanbul, dont 60 % sont nés hors de la ville, sont invités par des campagnes à se réapproprier leur histoire, sur le thème « devenez stambouliote »...


On trouve aussi, surtout dans le centre, beaucoup de galeries privées, de théâtres ou de lieux de concert branchés ...

C'est une autre facette de la vie culturelle, privée ou semi-privée, liée à des fondations rattachées à des groupes industriels. De jeunes artistes étrangers sont invités pour des séjours durables, les galeries d'art se multiplient et le théâtre offre d'excellents programmes, même s'il est de plus en plus contaminé par les séries télévisées ! Malheureusement, ce secteur privé milite pour l'alignement d'Istanbul sur des productions internationales standardisées et reste aveugle au potentiel créatif de la population. Il vit sur le fantasme de l'Istanbul légendaire ou sur des références étrangères sélectives, essentiellement les Etats-Unis et l'Europe occidentale. Or, ce qui fait l'intérêt d'Istanbul, c'est aussi le statut de la littérature orale, de la poésie ou de la musique, des pratiques culturelles peu visibles, mais très répandues. Une soirée entre étudiants, par exemple, se termine toujours par des contes et des chants. Dommage qu'il n'y ait pas de langue commune entre les sphères publique et privée : un des grands enjeux des prochaines années sera de construire des ponts entre elles.


Que devient la Corne d'Or, l'estuaire autour duquel la ville historique s'est constituée, dans ce réaménagement ?

Elle est révélatrice des mutations récentes d'Istanbul et de l'attention des pouvoirs publics à l'environnement et à l'histoire. Il y a vingt ans, les classes aisées la fuyaient. Aujourd'hui, on assiste à une reconquête symbolique et physique du site. On valorise le passé juif ou grec orthodoxe du pourtour de la Corne, et le siège régional du parti au pouvoir, l'AKP, comme celui de la grande association patronale turque s'y sont établis. Ils ont été rejoints par l'espace d'art contemporain SantralIstanbul et le parc Miniatürk. Bref, d'un cloaque qu'on fuyait, la Corne d'Or est devenue une scène qu'on revendique, et ce n'est pas un hasard si la grande cérémonie d'inauguration d'Istanbul 2010 a eu lieu là-bas. Mais je crois que la ville contemporaine se construit plutôt à partir des périphéries. A trop se focaliser sur le centre historique, en rêvant de grandeur passée, on se coupe de la ville véritable, de cette dynamique du remploi permanent, de cet art de faire, de défaire, de refaire...


Pour les écrivains voyageurs d'hier, d'Andersen à Hemingway en passant par Melville, Flaubert et bien sûr Loti, Istanbul était une extraordinaire mosaïque culturelle, linguistique et religieuse. Est-ce toujours le cas ?

Les minorités jouent le premier rôle dans le réveil culturel d'Istanbul. Mais il faut s'entendre sur les termes : en Turquie, il n'est de minorités officiellement reconnues que religieuses, pas linguistiques, et leur recensement date du traité de Lausanne, qui remplace le traité de Sèvres et donne naissance à la Turquie moderne en 1923... Les juifs, les catholiques, les Arméniens grégoriens et protestants font donc l'objet d'une réinsertion visible dans la vie économique et touristique, comme en témoignent les célébrations du 500e anniversaire de l'accueil, par l'Empire ottoman, des juifs chassés par les rois catholiques de la péninsule Ibérique. En revanche, les chrétiens d'Orient, pas assez puissants à l'époque du traité, et les églises néoprotestantes, plus récentes, réclament en vain d'être reconnues officiellement.


Istanbul n'a donc pas perdu sa richesse multiculturelle ?

Non, mais ce multiculturalisme ne fait pas un « cosmopolitisme ». Le nombre d'étrangers vivant sur les rives du Bosphore est extrêmement limité et la comparaison avec New York est exagérée. Si on se réfère aux débuts du XXe siècle, Istanbul est finalement très « turque », malgré la diversité de sa population originaire de toutes les régions du pays et porteuse de coutumes et de façons de parler différentes.


Une diversité qui se manifeste notamment chez les femmes stambouliotes, dans les comportements, les tenues...

Le débat sur la place des femmes est pris en charge par les femmes elles-mêmes, et le dialogue entre des conceptions qui pourraient nous sembler antagonistes, mais qui ne le sont pas, est particulièrement riche. Bien sûr, l'émancipation n'est pas réussie partout : la Turquie est le pays de l'OCDE où le taux d'activité féminine est le plus bas, et, pour celles qui viennent de lointains villages, la ville est souvent synonyme d'« enfermement », leur vie à Istanbul s'articulant essentiellement autour de la maison. Il existe aussi des blocages plus anthropologiques, liés notamment à la domination masculine, qui peut prendre des formes multiples, comme l'obligation du port du voile. Il faut pourtant se méfier des apparences et se garder des caricatures : à Istanbul, le voile masque une multitude de stratégies. J'ai rencontré des femmes qui portaient la burqa pour aller mendier, et ça ne les empêchait pas de me raconter des blagues lorsqu'elles avaient fini leur journée. Une jeune fille peut porter le voile un temps – pour donner des gages à sa famille, par exemple, et mieux négocier le droit de sortir le soir – et le laisser tomber plus tard. Et de fortes têtes, intellectuelles, journalistes ou artistes, ont beau revendiquer le voile, il serait aberrant de les croire soumises à la domination masculine. Pour elles, il peut tout simplement être un signe de distinction.


Istanbul a reçu cette année le label « capitale européenne de la culture » de l'année – un signe fort pour la Turquie, qui veut rejoindre l'Union européenne. Son « européanité » ne fait-elle plus débat ?

Ce choix est d'abord un acte politique – la volonté d'inscrire le pays dans l'agenda culturel européen – et économique : il assure la promotion de la ville sur le marché des destinations touristiques. Mais la question fait toujours débat : le ministère de la Culture turc et la mairie d'Istanbul ont organisé un colloque pour déterminer ce qu'était, au juste, la culture européenne. Il a abouti à des trivialités. Car l'« européanité » est constitutive de l'histoire d'Istanbul. Mais ce que ce mot recouvre varie, selon qu'on choisit telle époque ou tel événement de son histoire. Le véritable intérêt de ce « label » est qu'il permet à la ville de se familiariser avec d'autres pratiques politiques ou sociales – la conception de l'individu, de la citoyenneté, du rôle des femmes, des droits sociaux, de l'environnement, du patrimoine... De son côté, l'Europe doit aussi comprendre qu'Istanbul lui ouvre d'autres horizons et lui offre une énergie dont elle a grandement besoin. Ce qui suppose de sortir d'une vision « exotisante » de la ville, et condescendante de la Turquie. Une petite révolution copernicienne, en somme.

Source : Télérama, n° 3140, Olivier Pascal-Moussellard, 20.03.2010 (à retrouver sur http://www.telerama.fr/monde/jean-francois-perouse-istanbul-offre-a-l-europe-une-energie-dont-elle-a-besoin,53738.php#xtor=RSS-18)

mardi 9 mars 2010

Turkey to protect architect Sinan's works in 40 countries... what about other historical legacies?


The Turkish Presidency and the Culture Ministry have begun an international project to preserve buildings constructed by the master Ottoman architect Sinan, with plans for the restoration of his works in 40 countries where the Ottoman Empire once ruled. Some experts, however, worry the project is neglecting the works of other important architects.


Although Turkey has launched a new project to preserve and restore the works of master Ottoman architect Sinan in 40 different countries, some experts have criticized the project, saying other historical legacies are being neglected.

The project, which will be carried out in 40 countries in which the Ottomans once had a presence, is being headed by Hagia Sophia Museum Chairman and Ottoman specialist Dr. Haluk Dursun with support from the Culture and Tourism Ministry.

At the same time, officials announced the formation of an Architect Sinan Foundation under the auspices of the Presidency.

Dursun said Syria and Greece had also given support to Turkey for the project in an interview with the Hürriyet Daily News and Economic Review. Sinan’s best-preserved works are in Syria, Yemen and the Bulgarian city of Plovdiv, according to Dursun.

Noting that the idea for the project emerged a few years ago, the researcher said he and a team of experts visited the different countries to assess the works of the master architect.

Extensive restoration work for Sinan’s buildings that are in severe disrepair will begin as soon as official permission is granted by the relevant authorities.


‘Only mosques are being protected’

Sinan was born in the Ağırnas village of the central Anatolian province of Kayseri. The future chief architect of the Ottoman Empire created his first works by making formations out of “kevenk” stones, a type of soft volcanic rock found in Kayseri, when he was a child.

Sinan, who is said to be the child of an Armenian or Greek family from Kayseri, was drafted into the Janissaries, an Ottoman infantry corps. The sons of Christian families living within the empire were often taken from their families, converted to Islam and educated in the guild of the Janissaries.

Dursun said there has been much discussion of Sinan’s ethnicity, but that these debates largely served no purpose. “There is nothing more natural than different ethnicities in an empire. Discussions on ethnicity are meaningless. Sinan is a value to this land.”

Istanbul Technical University Faculty of Architecture member Afife Batur, however, criticized Dursun’s sole focus on Sinan. “Yes, Sinan is a significant name in terms of the history of architecture. It cannot be denied. But why are Sinan’s works taken under protection but not the works of the other architects before and after Sinan?”

Demanding an extension of the preservation project, Batur said: “I would prefer that such a comprehensive project implemented under the auspices of the Presidency included the whole of the history of our architecture. But I should ask why all of Sinan’s works within the borders of Turkey, except mosques, are devastated. Is there a project for them?”

Istanbul University member and Byzantine Art history expert Associate Professor Asnu Bilban Yalçın said she did not agree with Batur’s views, adding that Turkey had done its best to preserve the works of other architects for future generations.

She said UNESCO and European Union initiatives had made an important contribution to Turkey’s protection of its historical artifacts.


‘Worst damage done to ourselves’

Dursun said the protection of a historic structure was generally related to whether it had a continuing function in the present day. “If the structure is a mosque, it means this structure is still alive. This is what function means.” Other Sinan works, such as caravanserais, have meanwhile been reborn as cultural centers.

Noting that Sinan’s buildings had been placed into religious and secular categories, Dursun said the architect’s buildings had been neglected in Muslim countries, including Turkey. “The main reason for this is to deny and ignore the Ottomans and their heritage. Not only Arabic countries, but also we have also done the worst amount of damage to ourselves by ignoring the Ottomans.”

The researcher, whose own work has actually focused primarily on Sinan’s non-religious buildings, including Turkish baths, khans and caravanserais, said the project would take many years to complete.


Source : Hurriyet Daily News,Vercihan Ziflioğlu, 08.03.2010 (à retrouver sur www.hurriyetdailynews.com/n.php?n=turkey-to-trace-architect-sinan-in-40-countries-2010-03-07)

lundi 1 mars 2010

Fête des couleurs en Inde

Holi —aussi appelée fête des couleurs— est la fête religieuse hindoue marquant la fin de l'hiver, l'arrivée du printemps, et avec lui de la fertilité. Elle est célébrée dans toute l'Inde durant deux jours, au cours de la pleine lune du mois de Phâlguna qui se situe en février-mars. En 2010, Holi tombe les 28 février et 1er mars.

Le deuxième jour de la fête, les gens habillés en blanc circulent avec des pigments de couleurs qu'ils se jettent les uns sur les autres. Les pigments ont une signification bien précise: le vert pour l'harmonie, l'orange pour l'optimisme, le bleu pour la vitalité et le rouge pour la joie et l'amour.

Cliquez sur l'image pour l'agrandir


Pour découvrir les 21 autres photos du Grand Format proposé par Slate.fr :

http://www.slate.fr/grand-format/holi-la-fete-des-couleurs-17995


Source : Slate.fr, rubrique Grand format, 01.03.2010 (à retrouver sur http://www.slate.fr/grand-format/holi-la-fete-des-couleurs-17995)

mardi 16 février 2010

Megalopolis, un nouveau magazine conçu par de jeunes journalistes du "très grand Paris" - Premier numéro dans les kiosques depuis hier


Après plusieurs mois de travail, le premier numéro de Megalopolis est disponible en kiosque.

Pour un prix modique, 3€ (soit la moitié d’un paquet de cigarettes ou deux cafés au comptoir), vous saurez enfin pourquoi ça pue dans le métro, vous flânerez au milieu des péniches et des conteneurs du port de Gennevilliers et vous apprendrez à connaître les vieilles dames qui font le trottoir à la Madeleine, entre Fauchon et Hédiard. Bref, vous vivrez l’authentique grand Paris, celui qui appartient à tous les habitants de la métropole.


Megalopolis est un magazine bimestriel de 48 pages distribué en Île-de-France, fondé par de jeunes journalistes épris de presse écrite, d’Internet, de reportages et d’enquêtes de qualité.

A travers ce site et notre magazine papier, nous souhaitons:

Accompagner l’émergence du Grand Paris. Le chemin vers la création d’un véritable Grand Paris
 est encore long. La première ambition de Megalopolis est d’accompagner ce mouvement, tout en se 
détachant des questions purement institutionnelles. Sport, culture, enquêtes de société ou journalisme 
politique, Megalopolis repose les questions à l’échelle de la métropole.

Créer une communauté métropolitaine. Il y a dans l’espace du Grand Paris un immense déficit
 de connaissance. Nous vivons à quelques kilomètres les uns des autres, et pourtant, nous restons
cloisonnés, incapables d’aller voir ce qui se passe tout près. Megalopolis veut montrer les lieux, les
personnages et les événements de ce Grand Paris auquel il est urgent de donner chair.

Etre le magazine de la «génération Grand Paris». Ils sont nombreux ceux qui, comme nous, trouvent 
archaïque le fonctionnement de la capitale. C’est à cette génération en
 perpétuel mouvement, cette génération qui se déplace dans la métropole et ringardise au quotidien 
l’opposition Paris/banlieues, que nous nous adressons et à qui nous donnons la parole.


Le sommaire du numéro 1 :

* 360: Ce périph’ là, c’est fini !

* Enquête: Régionales 2010: Tout ça pour ça !

* Bienvenue chez… Jean-François Copé, le petit père de Meaux.

* La bonne question: Pourquoi ça pue dans le métro ?

* L’envers du quartier: La Madeleine, Ta grand-mère la p*** !

* Tête à Tête: Java, le groupe.

* L’anticipation: Paris 2050. Yes We Canicule

* Hot Spot: Port de Gennevilliers, Enlarge your péniche.

* Point-de-chute: Canal 93, Scène-Saint-Denis style.

* La Gueule: Mano à Mano. Ecrivain.

*La Balade: Martine et les passagers de la nuit

*C’était mieux avant (ou pas): Plat du Pied Identité. Retour sur les clubs de foot communautaire en IDF.

* Vue d’ailleurs: Le Sénégal, Wade coule son bronze.


Source : http://www.megalopolismag.com/

lundi 15 février 2010

Perspectives critiques sur "Istanbul Capitale Européenne de la Culture 2010"

"Hors des sentiers battus, nous avons demandé à des personnalités du monde des arts de nous livrer leur propre vision de la ville la plus contrastée de Turquie. Entre l’Orient et l’Occident, Europeans vous propose cette semaine un parfum d’Istanbul."

La vidéo sur : http://fr.euronews.net/2010/01/22/istanbul-capitale-europeenne-de-la-culture-2010/.

Source : Euronews, 22.01.2010

mardi 15 décembre 2009

Photo-voyage #47 : Canada - Hockey games -and fighst!- as the national sport


Toronto (Ontario, Canada)
Richo Coliseum
December 2009Cliquez sur l'image pour l'agrandir

vendredi 4 décembre 2009

Photo-voyage #39 : Canada - Yes, we tried ... the famous 'poutine'* québécoise!

* made of french fries, cheese and gravy sauce... slurp! ;)

Montreal (Quebec, Canada)
La Binerie - Plateau Mont-Royal
November 2009
Cliquez sur l'image pour l'agrandir

vendredi 13 novembre 2009

Photo-voyage #23 : Canada - "Canada's gift to the world" ...


Toronto (Ontario, Canada)
St Lawrence Market
November 2009
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samedi 24 octobre 2009

Photo-voyage #10 : Canada - Parcours dans Toronto des vaches enfantines à des mariées faisant du trampoline sur un gâteau de mariage géant ...


Toronto
(Ontario, Canada)
Nuit Blanche (ScotiaBank)
"A free all night of contemporary art thing"
3 October 2009
Cliquez sur l'image pour l'agrandir !

Site de la manifestation : http://www.scotiabanknuitblanche.ca/home.shtml

mardi 20 octobre 2009

Les trésors d'Amsterdam s'exposent


Jusqu'au 7 février 2010, la Pinacothèque de Paris s’associe avec le Rijksmuseum d’Amsterdam pour présenter l’une des périodes les plus intéressantes de l’histoire de l’art : le XVIIe siècle hollandais. Symbolisée par les oeuvres de Vermeer et Rembrandt, cette exposition propose de revivre l'ascension artisque d'un genre, aujourd'hui mondialement reconnu.


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Source : LeFigaro.fr, 19/10/2009, rubrique "Culture"