mardi 1 juin 2010
lundi 29 mars 2010
Human-chain protest held against third bridge in Istanbul
A group of people protested Sunday a planned third bridge over the Bosphorus Strait that connects Istanbul’s European and Asian sides, daily Cumhuriyet reported Monday. Members of the Platform for Life Instead of a Third Bridge formed a one-kilometer-long human chain to protest plans to build a new bridge over the waterway. The group held hands and walked in a line on Büyükdere Street near the Tarabya neighborhood of Istanbul’s Sarıyer district to protest the project, which they say will destroy forests in the northern part of the city. Posters carried by platform members read: “No Forest, No Water,” “Third Bridge Means Destruction,” “Not Bridge, But Human Life” and “Capital, Go Away; Istanbul is Ours.” Members of the Chamber of Forest Engineers, the Chamber of Construction Engineers and the Chamber of City Planners were among the protesters. Turkey’s general director of highways, Cahit Turan, had said during the first week of February that Beykoz-Tarabya and Sarıyer-Yuşa Hill were the possible routes for the third bridge connecting the city’s two sides. Experts say the use of these routes would damage the area’s forests since the highways connected to the third bridge would pass through the city’s wooded areas, according to a 10-page report published by Istanbul University’s Forest Faculty.
Source : Daily News and Economic Review, Turkish Press Scan, 29.03.2010 - from Cumhuriyet (URL : http://www.hurriyetdailynews.com/n.php?n=0329083154616-2010-03-29)
dimanche 21 mars 2010
L'Université Bilgi à Istanbul : "un savant cocktail de collectivisme, de libéralisme et de camaraderie gauchiste à la sauce Bosphore"
Dans une autre vie, on aimerait étudier à l'université de Bilgi, à Istanbul. Des trois campus qui la composent, on choisirait « Santral », niché tout au fond de la Corne d'Or, sur le site de l'ancienne centrale électrique devenue, avec son espace d'art contemporain et ses deux cafés branchés, un phare culturel de la vie stambouliote. On s'inscrirait en histoire, parce que c'est une des spécialités de la fac, et pour assister aux cours de Murat Belge, une icône en Turquie. On ferait même du bénévolat auprès des habitants des quartiers - sensibles - où la fac s'est installée. Parce que c'est dans l'« esprit Bilgi ». Et comme le rappelle Ozlem, une ancienne étudiante, « on n'étudie pas ici par hasard ».
En attendant cette autre vie, il neige dru sur le Bosphore, en cette fin février, lorsque nous franchissons l'entrée du campus - en simple visiteur. Contraste saisissant entre les immeubles du quartier de Santral et les lignes pures des bâtiments de l'université : d'un côté, des garages automobiles décatis devant lesquels s'amoncellent pneus et jantes de voitures ; de l'autre, l'énorme cube de Santralistanbul (l'ex-usine transformée en musée), les rectangles fonctionnels des salles de cours et la petite maison 1900 où sont rassemblés les bureaux de l'administration. On patine jusqu'à la cafète chic et cool, dont l'enseigne - le croisement d'une faucille et d'une... fourchette - offre un bon indice sur l'« esprit » des lieux : gaucho mais pas trop, libéral (on est dans une université privée) et libertaire (toutes les décisions importantes sont prises de façon collégiale) ; frondeur, résolument international (les cours sont dispensés en anglais) et accroché à son objectif de gestion socialement responsable, puisque le gardiennage et l'entretien de la fac, pour ne citer qu'eux, sont assurés exclusivement par des habitants du quartier.
Bilgi, c'est ça : un savant cocktail de collectivisme, de libéralisme et de camaraderie gauchiste à la sauce Bosphore. Mais c'est d'abord l'idée - et l'argent - d'un homme, Oguz Ozerden. Un personnage de roman, quadragénaire attachant et pas facile à déchiffrer, avec son regard plissé fendant un visage rond, encadré de boucles d'ange (brunes). Issu de milieu modeste, Oguz a fait fortune un peu par hasard à la fin des années 80, quand l'industrie des télécoms a explosé en Turquie. « The right man at the right place », comme on dit. Qui se retrouve tout d'un coup assis sur une pile de millions. Et décide d'en faire profiter les autres : « J'ai d'abord pensé à un "think tank" [une cellule de réflexion, NDLR], raconte-t-il en cette fin d'après-midi neigeuse, tassé dans le canapé de son bureau, mais je trouvais qu'il manquait à Istanbul un lieu où l'on enseignerait les sciences sociales en toute liberté - alors, on a créé une fac privée. »
Si Istanbul est un train lancé à toute vapeur sur les rails de la modernité, elle le doit à quelques puissantes locomotives. Bilgi en est une. Lorsqu'elle ouvre ses portes (en 1996, après deux années de tracas administratifs), 95 % de l'enseignement supérieur turc est en effet assuré par le secteur public. Des facs parfois excellentes, comme Bilkent, à Ankara, étroitement contrôlées par le pouvoir après le coup d'Etat militaire du 12 septembre 1980 - et toujours sous surveillance dans les disciplines sensibles. Quand l'étau politique se desserre au début des années 90, avec la libéralisation de l'économie, Oguz fonce dans la brèche et convainc ses « idoles intellectuelles », des profs chassés de leur poste après le coup d'Etat, de le rejoindre ; il débauche aussi dans les facs publiques et n'hésite pas à bousculer les convenances. Il refuse de jouer les présidents de fac autoritaires ou paternalistes. Pas de « hiérarchie », tout se discute, même si « les décisions doivent être prises rapidement, je suis intransigeant là-dessus ». Par ailleurs, l'université s'inscrit dans le corps d'Istanbul, et pas forcément dans ses replis les plus ragoûtants : le premier campus ouvre à Kustepe, quasi-bidonville en plein coeur de la ville.
Les bases sont posées : sus aux tabous ! C'est entre les murs de Bilgi qu'a lieu, en 2006, le premier colloque d'historiens turcs sur le génocide arménien (une expression que l'article 301 du code pénal turc interdit toujours de prononcer). Remous, pressions, manifs, menaces : les dirigeants tiennent bon et, depuis, le dialogue entre Turcs et Arméniens a fait un véritable bon. C'est ici aussi que la question kurde est le plus souvent débattue ; ou qu'est créé le premier club d'étudiants gays-lesbiens en Turquie... sans d'ailleurs que le gouvernement s'en offusque.
Oguz Ozerden a son explication : « Alors que le port du voile est interdit dans les facs, nous avons adopté une attitude tolérante : les étudiantes peuvent le garder sur nos campus tant qu'elles ne font pas de prosélytisme. Je crois que le gouvernement actuel [conservateur-islamiste] s'en est souvenu, et qu'il ferme les yeux sur certaines choses, même si elles ne lui plaisent pas beaucoup... »
Un homme, une vision, et la bonne fenêtre de tir : brelan gagnant. Trois cents étudiants s'inscrivent la première année. Ils sont aujourd'hui dix mille (auxquels s'ajoutent sept cents chercheurs et employés), et le cursus s'est élargi aux maths, à l'économie, au journalisme, à l'architecture. Sans abandonner son rôle de « bélier », dans une ville-monde où les traditions ne comptent pas pour du beurre, dans une République turque où la liberté de penser se paye encore, sur les terrains militaire ou religieux, en peines de prison ou en balles de plomb, comme l'a montré l'assassinat de Hrant Dink, il y a trois ans.
« Bilgi est devenue le symbole de la renaissance d'une certaine liberté de penser, confirme Murat Güvenc, le directeur du département d'architecture. Et le génie d'Oguz a sans doute été sa capacité à voir le potentiel des gens. Un tête-à-tête de dix minutes suffit : s'il vous juge doué et sincère, il vous prend sous son aile sans que vous vous en rendiez compte et vous embarque dans l'aventure. Une qualité rare en Turquie, où les gens ont beaucoup de réticences à s'investir dans des projets collectifs, surtout lorsqu'ils visent à transformer la société civile. »
Campus de Dolapdere, quarante-huit heures plus tard. Un vendeur ambulant de petits pains chauds pousse sa précieuse cargaison le long des ruelles pentues. On le suit le long d'immeubles de sept ou huit étages « posés » au bord de ravins qui semblent autant de décharges, jusqu'à l'ancienne usine de moteurs transformée en fac. Un campus aux allures de loft géant, avec ses sols de ciment rouge laqué et ses innombrables escaliers métalliques.
Rendez-vous a été pris au département de droit. Une discipline réputée conservatrice un peu partout dans le monde, le droit... Pas à Bilgi. Fidèle au souci d'engagement progressiste et réaliste de l'université, le département a créé cinq centres de recherche sur des problèmes que la société turque, en pleine ébullition, n'a pas réglés : l'atteinte aux droits de l'homme et aux droits des réfugiés, les discriminations, la difficulté d'accès à la justice, ou encore le fléau de la violence envers les femmes... Des questions que les avocats et juges en herbe prennent à bras-le-corps, sous la supervision de leurs professeurs. En offrant par exemple, comme Ilcit, étudiante de quatrième année, des conseils et des cours à des prisonniers. Huit semaines de taule par an, quand même ! Ou en assurant, comme Melisa, un soutien juridique aux femmes de Dolapdere, qu'elles soient en plein divorce ou victimes de violences conjugales. Ces expériences, les étudiants des autres facs ne les connaissent pas : « Pour nos élèves, c'est une chance unique de comprendre que, derrière les "cas" théoriques, il y a toujours une femme ou un homme réels, explique Turgut Tarhanli, le directeur du département. Et pour nous, les enseignants, c'est une façon de rappeler à nos concitoyens que la loi ne prend pas racine dans les sphères du pouvoir, mais au coeur même de la société. Le pouvoir légal leur appartient... encore faut-il qu'ils le sachent, et qu'ils en usent ! »
Oui, Bilgi est politisée. Parce qu'elle s'investit à fond dans la vie de sa cité. Les étudiants d'économie tâtent des lois de l'offre et de la demande sur les marchés de la ville. Ceux d'archi planchent depuis des mois sur la fabrication de cartes retraçant les étapes de l'explosion démographique et du développement culturel et social d'Istanbul. Et dans son cours sur les droits de l'homme, Turgut Tarhanli réserve un trimestre à la théorie, un autre aux techniques du militantisme - organisation de manifs et stratégies de désobéissance civile comprises. Ce deuxième volet est ouvert au public stambouliote, gratis ! Ozerden, qui rêvait d'une fac « poreuse » avec Istanbul, a tenu son pari, même s'il s'empresse de relativiser ce succès : « Honnêtement, je ne suis pas sûr que, malgré nos efforts, plus de 40 % des étudiants actuels de Bilgi soient prêts à s'investir socialement ou politiquement dans une cause, lâche-t-il avec une franchise décapante. Les autres sont venus chercher un diplôme et ont déjà l'esprit ailleurs, dans leur futur business. »
40 % d'étudiants « seulement » investis dans une cause ! Sacré Oguz... Car la « porosité » de Bilgi avec sa ville est bien ce qui distingue fondamentalement cette fac de ses consoeurs privées, qu'elles soient turques ou américaines. L'université est payante, c'est vrai, et pas donnée : 10 000 dollars par an. Comme bien des universités américaines, elle s'est constituée en fondation et vit de ses seuls deniers - ce qui, d'ailleurs, pourrait lui coûter cher. En 2006, en effet, Bilgi s'est beaucoup endettée pour créer le campus de Santral. Trop. Elle a dû, pour assainir ses comptes, s'« adosser » à un consortium américain très actif sur le terrain universitaire, Laureate. Un « partenaire » qui a vite compris le potentiel juteux qui se cachait derrière le modèle social de Bilgi, et exigé qu'on revienne sur certains principes clefs de l'aventure. Pourquoi embaucher les gens du quartier quand on peut faire appel à des sous-traitants ? Et ce bénévolat des étudiants auprès de la population locale finit par coûter, n'est-ce pas ? Entré par la petite porte au conseil d'administration de la fac, Laureate pourrait bientôt en être le véritable commandant de bord et chercher, tout simplement, à rentabiliser l'affaire. Istanbul perdrait alors un joyau.
Car cette volonté de s'installer dans les quartiers populaires, le choix d'accueillir 30 % de boursiers, de prêter ses locaux et ses équipements à toute association qui en fait la demande (pourvu qu'un employé de Bilgi se porte garant), ont rendu Bilgi unique. Quelle autre fac offre gratuitement des cours de graff, de photo, de théâtre, de hip-hop aux 15-20 ans du quartier popu où elle s'est installée ? « Nous accueillons environ deux cents jeunes, raconte Yoruk Kurtaran, directeur du programme pour les jeunes et pilier de la scène heavy metal à Istanbul. Des garçons, des filles, des Kurdes, des Grecs, des immigrés d'Anatolie... En miniature, c'est un bon modèle de la diversité stambouliote, et de sa tolérance : ici, on chante ce qu'on veut, même du rap islamiste. Mais la règle est la même pour tous : les paroles ne doivent jamais remettre en cause le projet de vivre ensemble. » Un bon résumé de la mission que s'est fixée Bilgi, ce drôle de navire qui avance dans la Corne d'Or « comme un brise-glace, tout en douceur, mais en fracassant finalement pas mal d'obstacles », confie Halil Güven, le nouveau recteur de l'université. Et qui tire toute une ville derrière lui.
Source : Télérama, n° 3140, Olivier Pascal-Moussellard, 21.03.2010 (à retrouver sur http://www.telerama.fr/monde/la-fac-attaque,53739.php#xtor=RSS-18)
"Istanbul ouvre à l'Europe d'autres horizons et lui offre une énergie dont elle a grandement besoin"
« Je suis peut-être devenu un généraliste d'Istanbul », lâche Jean-François Pérouse, en s'excusant. Mais ce géographe, responsable de l'Observatoire urbain d'Istanbul, enseignant à l'Université Galatasaray et traducteur d'ouvrages d'Orhan Pamuk, est tout le contraire : un obsédé du détail. Chercheur et – qu'il nous pardonne – vagabond, Pérouse est arrivé sur les bords du Bosphore en 1999, pour un séjour qui devait durer six mois. Il n'est jamais reparti. Onze ans qu'il arpente la ville à la recherche de clefs sur son évolution culturelle, démographique et urbaine. La périphérie est son territoire de prédilection, le turc et le kurde sont ses langues d'adoption, il fonctionne à l'immersion. Et lutte pour qu'Istanbul, la mégapole qui croît plus vite que son ombre, soit perçue dans toute sa richesse humaine, délivrée des mythes, arrachée aux clichés colportés par les dépliants touristiques.
Comment parler d'Istanbul sans se laisser happer par la mythologie dans laquelle baigne la ville ?
Une avalanche de références picturales ou littéraires – on pense à Gérard de Nerval, à Flaubert ou à Pierre Loti – accompagne en effet le voyageur européen découvrant Istanbul. Elle le cantonne à quelques hauts lieux, comme le palais de Topkapi ou la Mosquée bleue, qui sont autant de... lieux communs. Aussi beaux soient-ils, ces sites le coupent de l'Istanbul d'aujourd'hui, mégapole contemporaine, branchée sur l'économie mondiale, habitée par des populations qui n'ont plus rien à voir avec celles rencontrées par les voyageurs, du XVIe au XXe siècle. Une nouvelle dynamique anime la ville moderne, qui tente de réinvestir son histoire, de la réinventer dans un cadre international et ultracontemporain. Il faut donc, autant que possible, faire table rase des vieilles références...
C'est ce que vous faites avec l'Observatoire urbain d'Istanbul ?
Elle a beau être la plus grande métropole du pourtour méditerranéen, cette ville reste peu connue de la recherche occidentale. Mais la France dispose depuis longtemps d'un formidable outil pour comprendre la complexité turque et sortir des « impressions » : c'est l'Institut français d'études anatoliennes, créé en 1930 par l'architecte-archéologue Albert Gabriel, et qui accueillit en son temps Georges Dumézil. Fondé en 1988 par l'Institut, l'Observatoire urbain tente de construire la mémoire récente d'Istanbul grâce à l'accumulation de données photographiques, cartographiques, et de rapports d'activités des mairies... Ce travail d'arpentage, de reconnaissance des nouveaux quartiers, me semble important pour cerner cet étalement vertigineux.
A quand remonte le basculement dans la modernité ?
On peut tracer une première ligne en 1923 : cette année-là, la République turque est proclamée, Ankara remplace Istanbul comme capitale, et l'écrivain Pierre Loti, qui a fixé dans ses livres une image désuète de la ville, s'éteint, à 73 ans. Mais la grande mutation économique, celle qui permet de comprendre la mégapole contemporaine, date du milieu des années 1980. Le tissu urbain actuel a émergé à 80 % après cette date ; l'industrie turque s'oriente résolument vers l'exportation, et cette révolution économique s'accompagne d'une révolution touristique que la Banque mondiale avait appelée de ses vœux dès la fin des années 1970. Un moment important pour Istanbul, qui redécouvre à cette occasion un passé dont le rayonnement dépasse largement le cadre de la Turquie : l'horizon des Stambouliotes s'élargit aux dimensions de la Méditerranée, des Balkans, et même du monde. Un troisième événement, enfin, transforme la ville : l'effondrement de l'URSS et l'ouverture à l'Est, qui « repositionne » Istanbul dans les courants migratoires internationaux. C'est l'époque des premiers « navetteurs » – des particuliers originaires de Pologne, de Libye, de Bulgarie, d'Ukraine... –, qui viennent plusieurs fois par an acheter des produits qu'ils revendront dans leur pays. Ce « tourisme à la valise », comme on l'appelle, à la fois religieux, familial et commercial, est encore très florissant.
D'où vient l'énergie bouillonnante que l'on ressent dans la rue ?
D'abord de cette nouvelle vocation d'Istanbul comme place commerciale internationale. Les cinq cent mille petits vendeurs de rue qui envahissent la ville participent à ce foisonnement... et forment l'envers du décor de ce qu'on a appelé un peu vite la « movida stambouliote ». Mais l'ouverture au monde, et une focalisation moins obsédée de la République sur l'Etat-nation ont aussi changé les modes de vie et de création artistique. En quelques années, on est passé de l'idée qu'il n'existait qu'une seule identité turque à l'affirmation qu'on peut être turc et kurde, turc et arabophone. Istanbul est devenue le laboratoire naturel de ces combinaisons, de cette hybridation des identités, et cela se sent, comme en témoigne la création de l'Institut kurde ou l'apparition, au cinéma, de dialogues en kurde sous-titrés en turc. La première fois, c'était en 1999, dans Voyage vers le soleil. Ce qui semble banal aujourd'hui ne l'était pas il y a dix ans.
La politique culturelle de la ville favorise-t-elle ce bouillonnement ?
Il faut plutôt parler « des » politiques culturelles, car elles sont menées par des institutions, des réseaux et des mouvances idéologiques souvent concurrentes. D'un côté, les acteurs publics locaux, notamment la mairie d'Istanbul, véritable Etat dans l'Etat avec treize millions d'administrés et un budget supérieur à celui de certains pays des Balkans : son action culturelle repose sur l'éducation et la formation, et fonctionne selon un système de valeurs très clairement conservatrices. Elle réalise par exemple un gros travail auprès des femmes et des jeunes, axé sur l'acquisition de savoir-faire artisanaux. Objectif : permettre aux femmes d'acquérir une compétence, c'est-à-dire potentiellement un revenu, donc une relative autonomie... et s'assurer en même temps de leur adhésion à une culture qui les maintient dans un certain rôle, centré sur la famille. Idem pour les jeunes : les cours de langue et d'informatique, l'accent mis sur l'alphabétisation sont évidemment des objectifs louables. Mais cette éducation, qui valorise le passé ottoman et l'histoire plus récente de la République, vise l'adhésion de tous à une certaine idée de la nation. Régulièrement, les habitants d'Istanbul, dont 60 % sont nés hors de la ville, sont invités par des campagnes à se réapproprier leur histoire, sur le thème « devenez stambouliote »...
On trouve aussi, surtout dans le centre, beaucoup de galeries privées, de théâtres ou de lieux de concert branchés ...
C'est une autre facette de la vie culturelle, privée ou semi-privée, liée à des fondations rattachées à des groupes industriels. De jeunes artistes étrangers sont invités pour des séjours durables, les galeries d'art se multiplient et le théâtre offre d'excellents programmes, même s'il est de plus en plus contaminé par les séries télévisées ! Malheureusement, ce secteur privé milite pour l'alignement d'Istanbul sur des productions internationales standardisées et reste aveugle au potentiel créatif de la population. Il vit sur le fantasme de l'Istanbul légendaire ou sur des références étrangères sélectives, essentiellement les Etats-Unis et l'Europe occidentale. Or, ce qui fait l'intérêt d'Istanbul, c'est aussi le statut de la littérature orale, de la poésie ou de la musique, des pratiques culturelles peu visibles, mais très répandues. Une soirée entre étudiants, par exemple, se termine toujours par des contes et des chants. Dommage qu'il n'y ait pas de langue commune entre les sphères publique et privée : un des grands enjeux des prochaines années sera de construire des ponts entre elles.
Que devient la Corne d'Or, l'estuaire autour duquel la ville historique s'est constituée, dans ce réaménagement ?
Elle est révélatrice des mutations récentes d'Istanbul et de l'attention des pouvoirs publics à l'environnement et à l'histoire. Il y a vingt ans, les classes aisées la fuyaient. Aujourd'hui, on assiste à une reconquête symbolique et physique du site. On valorise le passé juif ou grec orthodoxe du pourtour de la Corne, et le siège régional du parti au pouvoir, l'AKP, comme celui de la grande association patronale turque s'y sont établis. Ils ont été rejoints par l'espace d'art contemporain SantralIstanbul et le parc Miniatürk. Bref, d'un cloaque qu'on fuyait, la Corne d'Or est devenue une scène qu'on revendique, et ce n'est pas un hasard si la grande cérémonie d'inauguration d'Istanbul 2010 a eu lieu là-bas. Mais je crois que la ville contemporaine se construit plutôt à partir des périphéries. A trop se focaliser sur le centre historique, en rêvant de grandeur passée, on se coupe de la ville véritable, de cette dynamique du remploi permanent, de cet art de faire, de défaire, de refaire...
Pour les écrivains voyageurs d'hier, d'Andersen à Hemingway en passant par Melville, Flaubert et bien sûr Loti, Istanbul était une extraordinaire mosaïque culturelle, linguistique et religieuse. Est-ce toujours le cas ?
Les minorités jouent le premier rôle dans le réveil culturel d'Istanbul. Mais il faut s'entendre sur les termes : en Turquie, il n'est de minorités officiellement reconnues que religieuses, pas linguistiques, et leur recensement date du traité de Lausanne, qui remplace le traité de Sèvres et donne naissance à la Turquie moderne en 1923... Les juifs, les catholiques, les Arméniens grégoriens et protestants font donc l'objet d'une réinsertion visible dans la vie économique et touristique, comme en témoignent les célébrations du 500e anniversaire de l'accueil, par l'Empire ottoman, des juifs chassés par les rois catholiques de la péninsule Ibérique. En revanche, les chrétiens d'Orient, pas assez puissants à l'époque du traité, et les églises néoprotestantes, plus récentes, réclament en vain d'être reconnues officiellement.
Istanbul n'a donc pas perdu sa richesse multiculturelle ?
Non, mais ce multiculturalisme ne fait pas un « cosmopolitisme ». Le nombre d'étrangers vivant sur les rives du Bosphore est extrêmement limité et la comparaison avec New York est exagérée. Si on se réfère aux débuts du XXe siècle, Istanbul est finalement très « turque », malgré la diversité de sa population originaire de toutes les régions du pays et porteuse de coutumes et de façons de parler différentes.
Une diversité qui se manifeste notamment chez les femmes stambouliotes, dans les comportements, les tenues...
Le débat sur la place des femmes est pris en charge par les femmes elles-mêmes, et le dialogue entre des conceptions qui pourraient nous sembler antagonistes, mais qui ne le sont pas, est particulièrement riche. Bien sûr, l'émancipation n'est pas réussie partout : la Turquie est le pays de l'OCDE où le taux d'activité féminine est le plus bas, et, pour celles qui viennent de lointains villages, la ville est souvent synonyme d'« enfermement », leur vie à Istanbul s'articulant essentiellement autour de la maison. Il existe aussi des blocages plus anthropologiques, liés notamment à la domination masculine, qui peut prendre des formes multiples, comme l'obligation du port du voile. Il faut pourtant se méfier des apparences et se garder des caricatures : à Istanbul, le voile masque une multitude de stratégies. J'ai rencontré des femmes qui portaient la burqa pour aller mendier, et ça ne les empêchait pas de me raconter des blagues lorsqu'elles avaient fini leur journée. Une jeune fille peut porter le voile un temps – pour donner des gages à sa famille, par exemple, et mieux négocier le droit de sortir le soir – et le laisser tomber plus tard. Et de fortes têtes, intellectuelles, journalistes ou artistes, ont beau revendiquer le voile, il serait aberrant de les croire soumises à la domination masculine. Pour elles, il peut tout simplement être un signe de distinction.
Istanbul a reçu cette année le label « capitale européenne de la culture » de l'année – un signe fort pour la Turquie, qui veut rejoindre l'Union européenne. Son « européanité » ne fait-elle plus débat ?
Ce choix est d'abord un acte politique – la volonté d'inscrire le pays dans l'agenda culturel européen – et économique : il assure la promotion de la ville sur le marché des destinations touristiques. Mais la question fait toujours débat : le ministère de la Culture turc et la mairie d'Istanbul ont organisé un colloque pour déterminer ce qu'était, au juste, la culture européenne. Il a abouti à des trivialités. Car l'« européanité » est constitutive de l'histoire d'Istanbul. Mais ce que ce mot recouvre varie, selon qu'on choisit telle époque ou tel événement de son histoire. Le véritable intérêt de ce « label » est qu'il permet à la ville de se familiariser avec d'autres pratiques politiques ou sociales – la conception de l'individu, de la citoyenneté, du rôle des femmes, des droits sociaux, de l'environnement, du patrimoine... De son côté, l'Europe doit aussi comprendre qu'Istanbul lui ouvre d'autres horizons et lui offre une énergie dont elle a grandement besoin. Ce qui suppose de sortir d'une vision « exotisante » de la ville, et condescendante de la Turquie. Une petite révolution copernicienne, en somme.
Source : Télérama, n° 3140, Olivier Pascal-Moussellard, 20.03.2010 (à retrouver sur http://www.telerama.fr/monde/jean-francois-perouse-istanbul-offre-a-l-europe-une-energie-dont-elle-a-besoin,53738.php#xtor=RSS-18)
"Stambouliotes insoumises"
Sur la toile, une femme nue nous toise, un enfant blotti entre ses cuisses généreusement ouvertes. En arrêt devant elle, deux jeunes Stambouliotes, voilées, pouffent de rire. Sont-elles choquées ? Conquises ? C'était fin février, dans l'une des nombreuses galeries d'art qui jalonnent la longue artère piétonnière d'Istiklal, coeur de la movida stambouliote, le temps d'une rétrospective consacrée à Semiha Berksoy (1910-2004), cantatrice turque légendaire, diva, peintre reconnue et, surtout, femme libre et foncièrement pionnière. Entre les étudiantes voilées et l'extravagante Semiha, qui n'hésitait pas à se faire photographier nue à plus de 90 ans, un monde. Ou un aperçu des «incroyables contradictions qui résument aujourd'hui le statut des femmes d'Istanbul », comme dit l'universitaire Hulya Tanriöver, spécialiste des médias et des femmes... Complexe, diverse, cacophonique, la mégapole est à l'image de ses habitants, mais peut-être plus encore de ses habitantes...
La comédienne Esmeray
Quartier de Beyoglu, à deux pas d'Istiklal Caddesi, sur laquelle déambulent trois millions de passants chaque jour, dit-on. Dans une petite salle de théâtre aux briques rouges, au deuxième étage d'un immeuble au charme décrépit, les rires fusent. Sur scène, une comédienne en peignoir satiné, qu'on jurerait tout droit sortie d'un film d'Almodóvar, joue Une femme seule, de Dario Fo, histoire kitsch et drolatique d'une femme au foyer au bord de la crise de nerfs avec douze enfants, mari jaloux, beau-frère handicapé mais actif sexuellement, voisin voyeur et amant envahissant. « Une parabole de ma vie, non ? » plaisante Esmeray, la quarantaine rousse et vedette comblée de la soirée. « Je suis kurde, transsexuel et féministe ! Autant dire que je suis baisée de tous les côtés. »
Figure de la scène alternative stambouliote, Esmeray s'est fait connaître avec un stand-up décapant où elle racontait son parcours de garçon kurde, né dans un village de l'Est turc, et devenu femme à Istanbul, puis ses années de galère comme prostituée -« impossible de trouver un autre travail quand on est transsexuel», et son engagement féministe. Gonflé, dans un pays censé compter le plus de travestis et transsexuels après le Brésil mais qui « continue à les considérer comme des monstres », où les transsexuels se font régulièrement violenter par les forces de police. Mais Esmeray ne lâche pas. L'an dernier, elle s'est pourvue en justice après s'être fait agresser par deux policiers, devant un commissariat de Taksim, une « quasi-première en Turquie, car les transsexuels ont peur de porter plainte ». Elle milite « pour un changement des mentalités ». Combat difficile, reconnaît-elle, « tant la crispation est grande, depuis l'arrivée au pouvoir de l'AKP, sur la question de l'homosexualité, des minorités sexuelles. Nous sommes toujours dans une démocratie illusoire. Mais ça avance, peu à peu. » Le 8 mars dernier, Journée des femmes, le quotidien Hürriyet consacrait un article à Esmeray. Signe que les temps changent ?
La couturière Rabia Yalçin
Des couturiers turcs, les fashionistas françaises connaissent surtout Dice Kayek, Hussein Chalayan et les étiquettes « made in Turkey ». Beaucoup moins Rabia Yalçin, 44 ans, et son credo « on peut être féminine et voilée ». Ce jour-là, dans le vaste sofa de sa boutique aux murs immaculés, la raffinée Rabia incarne sa devise jusqu'au bout des ongles, qu'elle a impeccablement manucurés : silhouette fine et toute de noir vêtue, talons aiguille, visage de madone encadré par un voile couleur de brume aux découpes précieuses. Disséminés à travers les deux grandes pièces, fourreaux de sirène rebrodés de pierreries, robes-bustiers au drapé d'inspiration ottomane, tailleurs pour femmes d'affaires sophistiquées content le « Rabia style », « pont entre l'Ouest et l'Est ».
« La Turquie a beau être quatrième productrice mondiale de vêtements, l'offre reste limitée pour les femmes voilées. » Lancée il y a quatorze ans, sa griffe de haute couture a ouvert « une autre voie », désormais en phase avec les valeurs portées par l'AKP et une nouvelle bourgeoisie pieuse, en pleine ascension sociale et économique, qui a fait du voile un élément de prestige... et un nouvel objet esthétique. « Nos clientes ont plus de moyens matériels et, surtout, l'envie de suivre la mode. » Grâce à elle, elles peuvent désormais arborer un foulard de marque. Ou le porter en étole, « car 60 % de mes clientes sont non voilées », précise Rabia Yalçin, qui s'apprête à lancer une ligne de prêt-à-porter et rêve d'habiller son « icône », Angelina Jolie.
La journaliste Ayse Böhürler
Maslak, tout nouveau quartier d'affaires d'Istanbul, avec ses gratte-ciel, ses sièges de banques et de médias, ses résidences de luxe ultra sécurisées. C'est au coeur de ce « Wall Street » stambouliote qu'Ayse Böhürler a choisi d'installer sa maison de production, Ajansy Media, qui fournit reportages et documentaires pour les chaînes turques. Une adresse en forme de symbole pour cette journaliste de 47 ans, membre fondatrice de l'AKP (le parti issu du mouvement islamiste au pouvoir depuis 2002) et qui fut l'une des premières à affirmer haut et fort son identité de « femme libre ET voilée ». Car pour emménager à côté des pubards de TBWA et de ses executive women en tailleur sexy, Ayse Böhürler a bataillé. Contre la République laïque et « son discours officiel et uniforme » – « pour être moderne, tu ne peux pas être voilée ! ». Contre sa famille, qui ne comprenait pas qu'elle se « restreigne » tant il reste difficile de faire carrière en se couvrant. Et contre son propre camp, pour qui une femme voilée doit rester claustrée à la maison, au nom d'une « modernité interdite ». « Combien de fois ai-je entendu cette phrase: quelle musulmane es-tu ? »
Son austère tunique noire, tout juste égayée d'un voile graphique et d'un sous-pull gris assorti aux murs du bureau, abrite un caractère déterminé. Forgé, dit-elle, à la lecture de Simone de Beauvoir. « Je lui dois beaucoup, pas en matière de religion bien sûr, lâche-t-elle dans un rare sourire, mais pour la liberté qui se dégage de ses oeuvres. Elle m'a appris qu'il fallait tenir tête ! » Tête couverte, pour revendiquer une vie professionnelle, sociale, politique et faire du voile un instrument de différenciation et « l'expression d'une nouvelle modernité musulmane ».
Aujourd'hui, l'air du temps a changé. Ayse Böhürler constate « une plus grande tolérance vis-à-vis du turban ». Mais n'a toujours pas de carte de presse, faute d'avoir accepté de donner une photo d'elle découverte. Une poignée de femmes l'ont rejointes, fortes têtes journalistes et intellectuelles, qui « contribuent à une voie de sortie, un apaisement ». « Mais nous restons une minorité, en lutte quotidienne. La situation est paradoxale : la société s'est habituée au voile, mais le problème s'amplifie des points de vue politique et juridique. C'est devenu un tel noeud entre laïcs et musulmans ! J'ai peur qu'il n'y ait jamais de solution. »
L’animatrice culturelle Simge Gücük
« Le statut de la femme en Turquie me met souvent hors de moi ! » Simge Gücük a 28 ans, de faux airs de Romane Bohringer et de l'énergie à revendre. Parce que « la culture est un des meilleurs moyens pour empoigner les questions sociales et politiques », elle s'est embarquée dans l'aventure de Garajistanbul, véritable garage (sur deux étages) et... étonnant laboratoire de création contemporaine (au rez-de-chaussée) à la ligne de programmation bien affirmée : politique et poétique. Un pari fou, initié en 2007 par le couple de metteurs en scène Övül et Mustafa Avkiran, et remporté haut la main puisque ce vaste espace à l'ambiance Factory est devenu LE premier centre d'arts vivants contemporains en Turquie, sans aucune aide de l'Etat.
Au programme, théâtre, danse, littérature et depuis l'an dernier « un festival spécialement consacré aux violences faites aux femmes », dont la programmation est assurée par Simge Gücük. Volontiers provocante, l'équipe du Garajistanbul pose des questions taboues - qu'est-ce que le clitoris ? qu'est-ce que l'honneur ? (pour évoquer le fléau des crimes d'honneur)... -, alterne spectacles, concerts, interventions d'activistes féministes. L'an dernier, le festival était dédié à Ceylan Önkol, fillette kurde de 12 ans tuée par l'armée turque. « Histoire de ne pas oublier ce crime, parmi les milliers d'autres jamais résolus, et dont les femmes restent, hélas, les principales victimes. ».
Source : Télérama, n° 3140, Weronika Zarachowicz. 20.03.2010 (à retrouver sur http://www.telerama.fr/monde/stambouliotes-insoumises,53740.php)
mardi 9 mars 2010
Turkey to protect architect Sinan's works in 40 countries... what about other historical legacies?
The Turkish Presidency and the Culture Ministry have begun an international project to preserve buildings constructed by the master Ottoman architect Sinan, with plans for the restoration of his works in 40 countries where the Ottoman Empire once ruled. Some experts, however, worry the project is neglecting the works of other important architects.
Although Turkey has launched a new project to preserve and restore the works of master Ottoman architect Sinan in 40 different countries, some experts have criticized the project, saying other historical legacies are being neglected.
The project, which will be carried out in 40 countries in which the Ottomans once had a presence, is being headed by Hagia Sophia Museum Chairman and Ottoman specialist Dr. Haluk Dursun with support from the Culture and Tourism Ministry.
At the same time, officials announced the formation of an Architect Sinan Foundation under the auspices of the Presidency.
Dursun said Syria and Greece had also given support to Turkey for the project in an interview with the Hürriyet Daily News and Economic Review. Sinan’s best-preserved works are in Syria, Yemen and the Bulgarian city of Plovdiv, according to Dursun.
Noting that the idea for the project emerged a few years ago, the researcher said he and a team of experts visited the different countries to assess the works of the master architect.
Extensive restoration work for Sinan’s buildings that are in severe disrepair will begin as soon as official permission is granted by the relevant authorities.
‘Only mosques are being protected’
Sinan was born in the Ağırnas village of the central Anatolian province of Kayseri. The future chief architect of the Ottoman Empire created his first works by making formations out of “kevenk” stones, a type of soft volcanic rock found in Kayseri, when he was a child.
Sinan, who is said to be the child of an Armenian or Greek family from Kayseri, was drafted into the Janissaries, an Ottoman infantry corps. The sons of Christian families living within the empire were often taken from their families, converted to Islam and educated in the guild of the Janissaries.
Dursun said there has been much discussion of Sinan’s ethnicity, but that these debates largely served no purpose. “There is nothing more natural than different ethnicities in an empire. Discussions on ethnicity are meaningless. Sinan is a value to this land.”
Istanbul Technical University Faculty of Architecture member Afife Batur, however, criticized Dursun’s sole focus on Sinan. “Yes, Sinan is a significant name in terms of the history of architecture. It cannot be denied. But why are Sinan’s works taken under protection but not the works of the other architects before and after Sinan?”
Demanding an extension of the preservation project, Batur said: “I would prefer that such a comprehensive project implemented under the auspices of the Presidency included the whole of the history of our architecture. But I should ask why all of Sinan’s works within the borders of Turkey, except mosques, are devastated. Is there a project for them?”
Istanbul University member and Byzantine Art history expert Associate Professor Asnu Bilban Yalçın said she did not agree with Batur’s views, adding that Turkey had done its best to preserve the works of other architects for future generations.
She said UNESCO and European Union initiatives had made an important contribution to Turkey’s protection of its historical artifacts.
‘Worst damage done to ourselves’
Dursun said the protection of a historic structure was generally related to whether it had a continuing function in the present day. “If the structure is a mosque, it means this structure is still alive. This is what function means.” Other Sinan works, such as caravanserais, have meanwhile been reborn as cultural centers.
Noting that Sinan’s buildings had been placed into religious and secular categories, Dursun said the architect’s buildings had been neglected in Muslim countries, including Turkey. “The main reason for this is to deny and ignore the Ottomans and their heritage. Not only Arabic countries, but also we have also done the worst amount of damage to ourselves by ignoring the Ottomans.”
The researcher, whose own work has actually focused primarily on Sinan’s non-religious buildings, including Turkish baths, khans and caravanserais, said the project would take many years to complete.
Source : Hurriyet Daily News,Vercihan Ziflioğlu, 08.03.2010 (à retrouver sur www.hurriyetdailynews.com/n.php?n=turkey-to-trace-architect-sinan-in-40-countries-2010-03-07)
mardi 20 octobre 2009
Urban Age | Conference | Istanbul - Du 4 au 6 novembre 2009
Following a year of in-depth research, the Urban Age Istanbul conference confronts the social, spatial, economic, political and environmental narratives of contemporary urban life. By bringing over 80 experts and civic leaders from over 20 cities in 14 countries, the conference will catalyse an interdisciplinary discussion about a city that lies at the intersection of histories, cultures and continents. Participants include architect Richard Rogers; sociologist Çağlar Keyder; Josef Ackerman, Deutsche Bank; New York transportation commissioner Janette Sadik-Khan; Kemal Derviş, Brookings Institute; political economist Saskia Sassen; planning professor İlhan Tekeli; and sociologist Richard Sennett.
In 2009, the Urban Age focuses on Istanbul and extends its investigations into the links between the social characteristics and the physical form of global cities. Istanbul's strategic location makes it a vital reference for understanding urban trends in South East Europe, the Eastern Mediterranean and the Middle East. A conference on 4–6 November 2009 will follow a year of research and analysis of the key issues focusing Istanbul's recent growth, including how its transcontinental terrain has established the city at the centre of the Turkish economy.
Almost 40% of Turkey's industrial activity and 50% of the country's total service sector contribute to significant concentrations of wealth, yet high levels of segregation and the proliferation of informal, precarious settlements housing half of Istanbul's residents challenge attempts to manage its urban growth and the effects of climate change across the region. Protecting the city's natural and historical resources, reducing pollution, and balancing quality of life for a population that has doubled in the past 20 years are urgent issues.
Urban Age will explore how Istanbul's evolving polycentric form, shaped as much by its recently extended administrative boundaries, decentralized national policies, increased investment in public transport as well as new commercial and residential developments in outlying enclaves, addresses social inclusion for a culturally diverse population.
In parallel to these activities, the third annual Deutsche Bank Urban Age Award, created to encourage people to take responsibility for their cities and to form new alliances to improve the lives of urban citizens, will recognize a project in the Istanbul metropolitan area. Following an open call for entries and review by an independent jury, the winner of the $100,000 USD award will be announced on 4 November 2009 at a reception inaugurating the Urban Age Istanbul Conference.
Source : http://www.urban-age.net/conferences/istanbul/
About Urban Age Conference :
The principal aim of Urban Age is to shape the thinking and practice of urban leaders and sustainable urban development. This six-year conference series – travelling from New York City, Shanghai, London, Mexico City, Johannesburg, Berlin, Mumbai to Sao Paulo and Istanbul– serves as an ongoing forum about how the city is studied, planned and managed in the 21st century.
The Urban Age operates as a mobile laboratory, testing and sampling the social and physical characteristics of global cities through expert presentations and testimonials, research, site visits, GIS mapping and informal information exchange. Findings from each of the cities are analysed according to regional patterns in an effort to uncover global similarities and differences. The results help policymakers, academics and urban practitioners understand the future development of cities and the processes that sustain them.
Four core themes are the focus of the investigation in each of the six conference cities. These research fields reflect the basic human activities of living, working, playing and moving or what could be summarised as ‘life in the city’.
- Labour market and work place
- Public life and urban space
- Mobility and transport
- Housing and neighbourhoods
In addition, a group of broader, overarching issues representing the governance level is part of the focus of the Urban Age investigation.
- Investment and economic development
- Planning and legal structures
- Sustainability and energy consumption
- Political economy and networking cities
In order to address local and global concerns, urban experts representing each core research theme will lead a team that conducts secondary research in each conference city. Local experts representing the same knowledge areas are the key contributors of presentations at each conference, guaranteeing the important local perspective.
Presentations will utilise knowledge gained from lessons learned ‘on the ground’ and will discuss how policy is responding to the dominant urban trends in the each city. These presentations and subsequent publications will employ different modes of translating information from the two-dimensional geographic scale to the three-dimensional urban design scale, thus facilitating dialogue between academics, policymakers and practitioners.
The three elements put together – secondary research, local presentations and the conference debates will accumulate knowledge and comparative experiences through participation at each conference throughout the two-year period.
A key objective of the Urban Age investigation is to identify what trends and policies are failing to respond to local needs, resulting in the continued propagation of dysfunctional urban areas across the globe.
See also the photo album on Istanbul on : http://picasaweb.google.co.uk/lse.urban.age/UrbanAgeIstanbulPhotoGallery#slideshow/5386862947889699794


