Affichage des articles dont le libellé est USA. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est USA. Afficher tous les articles

samedi 12 juin 2010

Jean Marcou analyse le "non" turc au Conseil de sécurité des Nations Unies : "la Turquie n’est plus un allié contraint du bloc occidental"


Pour la quatrième fois depuis 2006, le Conseil de sécurité des Nations Unies a infligé, le 9 juin 2010, un nouveau train de sanctions à l’Iran, ce dernier ayant refusé de cesser ses activités nucléaires sensibles. Cette décision initiée par les Etats-Unis et soutenue par les autres membres permanents du Conseil de Sécurité, a été adoptée par 12 votes contre 2 et une abstention. La Turquie et le Brésil ont voté contre et le Liban s’est abstenu. Compte tenu des derniers développements de l’actualité politique internationale, le «Non» turc n’est pas vraiment une surprise, mais il constitue un tournant qui a relancé, ces derniers jours, les supputations sur les orientations prises par la politique étrangère d’Ankara et la fameuse question : «La Turquie se détourne-t-elle de l’Occident ?»

Le refus d’Ankara de voter les sanctions proposées par les Etats-Unis vient confirmer une ligne constante de la diplomatie turque, au cours de l’année qui vient de s’écouler. Alors même qu’en septembre 2009, la découverte des nouvelles activités nucléaires de l’Iran avait amené le groupe des Six à brandir la menace de nouvelles sanctions contre la République islamique, la Turquie a défendu envers et contre tout l’idée qu’il fallait privilégier la voie diplomatique, en se posant en médiateur du conflit. N’hésitant pas à qualifier Mahmoud Ahmadinejad « d’ami », critiquant les pays occidentaux qui suspectent l’Iran de fabriquer un armement nucléaire dont eux se sont dotés et dont Israël est officieusement le détenteur, Recep Tayyip Erdoğan n’a cessé par la suite d’affirmer qu’une solution diplomatique restait possible. Cette position a atteint son paroxysme par la suite, au printemps 2010, lorsqu’elle a rencontré celle du Brésil, refusant lui aussi la perspective de nouvelles sanctions contre l’Iran. Ainsi à la mi-avril 2010, lors du sommet sur la sécurité nucléaire de Washington, Ankara et Brasilia se sont retrouvées côte à côte pour abjurer les Etats-Unis de ne pas abandonner les négociations avec Téhéran. Le 17 avril 2010, surtout, la Turquie et le Brésil ont signé un accord avec l’Iran reprenant la proposition faite par l’AIEA de fournir à la République islamique le combustible enrichi à 20% dont elle a besoin, notamment pour un réacteur de recherche médical, contre la livraison des stocks d’uranium qu’elle a enrichis. Cet accord présenté par ses signataires comme la solution au conflit n’a pourtant pas convaincu les Etats-Unis, car l’Iran ne s’est pas engagé à stopper sa production d’uranium enrichi. Avec le soutien de tous les membres permanents du Conseil de sécurité, y compris la Chine et la Russie, Washington a donc immédiatement répondu à l’accord tripartite du 17 mai par le projet de sanctions qui a été adopté, mercredi.

La sensation provoquée par le refus turc de ce projet a été accrue par le contexte politique international des deux dernières semaines. Il y a 15 jours, en effet, la totalité des membres signataires du TNP (Traité de Non Prolifération nucléaire) ont adopté une décision convoquant en 2012 une conférence dont l’objectif sera de promouvoir la dénucléarisation du Moyen-Orient, et demandé à l’Etat hébreu de renoncer à la bombe atomique, d’adhérer au TNP et de soumettre ses installations nucléaires aux inspections internationales. Par la suite, après le raid israélien sur le «Mavi Marmara», le 31 mai, la Turquie et Israël se sont affrontés au plus haut niveau, notamment au Conseil de Sécurité des Nations Unies où Ankara est parvenue à faire adopter un texte condamnant Tel-Aviv, en demandant une enquête internationale.

La portée de la décision d’Ankara de ne pas voter les sanctions proposées contre l’Iran doit être aussi examinée au regard de l’évolution plus globale suivie par la diplomatie turque depuis l’arrivée de l’AKP au pouvoir. En 2003, le Parlement turc avait refusé le débarquement sur son territoire de troupes américaines devant ouvrir un deuxième front en Irak. Il faut rappeler néanmoins qu’à l’époque cette décision avait été adoptée contre l’avis de Recep Tayyip Erdoğan et de son gouvernement. Plus généralement depuis sa réélection en 2007, le gouvernement de l’AKP n’a cessé de suivre une stratégie qui tend à faire apparaître la Turquie comme une puissance régionale et à accroître sa marge de manœuvre à l’égard des Américains. En août 2008, la diplomatie turque s’était montrée prudente lors du conflit Russo-Géorgien en donnant des gages à Moscou de sa neutralités et en faisant respecter scrupuleusement aux navires de secours envoyés par Washington les obligations du Traité de Montreux, pour le passage des détroits (Dardanelles, Bosphore) donnant accès à la mer Noire. Quelques mois plus tard, Ankara avait contesté la nomination au secrétariat général de l’OTAN du danois Anders Fogh Rasmussen à qui elle reprochait implicitement son soutien à l’intervention américaine en Irak et son refus de censurer, dans son pays, la publication les caricatures du prophète Mahomet, alors qu’il était premier ministre. À la fin de l’année 2009, la Turquie faisait de nouveau entendre sa différence, en refusant de céder à l’invitation américaine d’accroître son contingent militaire en Afghanistan.

Le secrétaire américain à la défense, Robert Gates, s’est dit «déçu» par le vote négatif de la Turquie au Conseil de sécurité, le 9 juin 2010, tout en reconnaissant que «des alliés ne sont pas toujours d’accord sur tout». Toutefois, il a également estimé que l’attitude des pays européens à l’égard de la candidature turque à l’UE n’était pas étrangère à cette situation, en déclarant en particulier : «S’il y a quoique ce soit de vrai dans la notion que la Turquie se penche à l’est, c’est largement selon moi parce qu’elle y a été poussée, poussée par certains en Europe qui refusent de donner à la Turquie le genre de liens organiques qu’elle recherche avec l’Occident.» Cette opinion a été corroborée par le ministre italien des affaires étrangères, Franco Frattini, qui a estimé que les Européens avaient commis «l’erreur» de pousser la Turquie vers l’est au lieu de l’attirer à eux. Pour sa part, le premier ministre turc a démenti l’idée que la Turquie se détournait de l’Occident en la qualifiant même de «sale propagande». Le 10 juin 2010, lors d’un forum économique turco-arabe, à Istanbul, il a expliqué que voter des sanctions diplomatiques contre l’Iran la veille aurait été un «acte déshonorant » équivalent à «se renier soi-même», après l’accord tripartite du 17 mai dernier.

En fait, il est indiscutable que le «Non» turc du 9 juin au Conseil de sécurité confirme tant la montée de la Turquie dans son espace régional que sa forte présence désormais sur la scène mondiale. Cette situation change probablement la nature même de la candidature turque à l’UE. Longtemps confinée dans un statut de poste avancé de l’Europe au Proche-Orient, la Turquie n’a pas coupé le cordon ombilical avec ses alliés occidentaux mais, jouant de ses atouts économiques et stratégiques, elle estime qu’elle dispose à leur égard d’une marge de manœuvre accentuée. Toutefois, cette marge de manœuvre n’est pas extensible à l’extrême. À cet égard, c’est aussi la rhétorique employée ces derniers temps par la diplomatie turque et nombre d’attitudes adoptées par ses principaux acteurs qui suscitent des interrogations chez ses alliés occidentaux. Car une chose est d’affirmer la nécessité de privilégier le dialogue sur le dossier nucléaire iranien, autre chose est de proclamer son amitié avec le leader de la République islamique. Une chose est de dénoncer le blocus israélien de Gaza, autre chose est s’afficher aux côtés du Hamas. Pour s’affirmer en tant que puissance régionale et tirer parti de sa profondeur stratégique, la Turquie n’est pas obligée de donner des gages aux acteurs les plus radicaux du monde arabo-musulman, au risque de plonger ses alliés occidentaux dans une perplexité qui pourrait se muer rapidement en sérieux doute. Mais il est vrai aussi que les Occidentaux, et les Européens en particulier, doivent en retour prendre conscience de la position que ce pays a acquis aujourd’hui dans le monde en cessant de le considérer comme une marche de leur Empire pour lui reconnaître la place et les fonctions qui lui reviennent dans le nouvel ordre international. Ce qui a changé finalement depuis la guerre froide, c’est que la Turquie n’est plus un allié contraint du bloc occidental. Dès lors, ce dernier pour préserver cette alliance devra de plus en plus gagner la Turquie, s’il ne veut pas la perdre.

Source : Blog de l'OVIPOT, Jean Marcou, 12.06.2010 (URL : http://ovipot.blogspot.com/2010/06/sanctions-contre-liran-au-conseil-de.html)

jeudi 10 juin 2010

La Turquie à la croisée des chemins, l'AKP divisé


Une semaine après l’arraisonnement de la flottille «Free Palestine» par l’armée israélienne, les débats ont tendance à se déplacer aussi sur le terrain national.


Répondant à Kemal Kılıçdaroğlu, qui avait jugé téméraire et irresponsable l’attitude de l’AKP et du gouvernement dans l’affaire de la flottille, Recep Tayyip Erdoğan l’a accusé de se faire l’avocat d’Israël. La remarque, peu prisée par son destinataire, a néanmoins permis à ce dernier de mettre le doigt sur les divergences de points de vue, qui se sont manifestées, ces derniers jours, au sein même du parti majoritaire. Le nouveau leader du CHP a ainsi estimé que Recep Tayyip Erdoğan ferait mieux de chercher les avocats d’Israël dans son propre camp. Il faisait en l’occurrence allusion au propos abondamment commentés de Fetullah Gülen (photo), qui ont vu les responsables de l’AKP réagir en ordre dispersé. Car, après avoir dénoncé la dureté du comportement israélien dans l’affaire, «Hocaefendi» a vertement critiqué les organisateurs turcs de la flottille et en particulier l’organisation IHH, en estimant que celle-ci avait fait prendre des risques inconsidérés à ses militants, et qu’elle aurait du chercher à obtenir l’accord de l’Etat hébreu avant de lancer une telle opération.

Si cette réaction a ravivé les supputations sur le rôle occulte joué par le «Cheikh de Pennsylvanie» et sur ses liens avec l’Oncle Sam, elle a surtout montré que, même au sein de l’AKP, tout le monde n’appréciait pas de la même façon les dernières orientations de la diplomatie turque et ses velléités à faire apparaître la Turquie sur la scène mondiale comme un pôle émergent contestataire. Bülent Arinç, le vice-premier ministre, d’ordinaire plus virulent, a notamment salué les conseils de modération du maître, en déclarant : «Hocaefendi dit la vérité une fois de plus… Nous devons agir de façon constructive envers et contre tout». Mais, pour sa part, Recep Tayyip Erdoğan a poursuivi ses condamnations de l’assaut conduit par la marine israélienne, tandis qu’Ahmet Davutoğlu faisait savoir qu’il n’y aurait pas de normalisation des relations turco-israéliennes, après ce dernier incident, tant qu’Israël n’aurait pas adopté une attitude plus positive, et en particulier accepté l’enquête internationale impartiale, demandée par le Conseil de sécurité des Nations Unies.

Il semble donc bien que, de plus en plus, deux approches de la politique internationale puissent être décelées, au sein même du parti majoritaire. La première exprimée par le premier ministre et son ministre des affaires étrangères, qui ont été omniprésents ces dernières semaines, tant sur le dossier iranien que sur l’affaire de la flottille, entend signifier l’avènement de la Turquie comme puissance émergente non seulement dans l’aire régionale mais aussi sur la scène internationale. On a vu cette tendance à l’œuvre depuis le sommet nucléaire de Washington, lorsqu’elle a scellé le rapprochement turco-brésilien sur le conflit nucléaire iranien qui a débouché sur l’accord tripartite du 17 mai. Cette vision diplomatique s’est aussi abondamment exprimée à l’occasion de l’affaire de la flottille de Gaza où la Turquie n’a pas hésité à faire face à Israël et à se poser en défenseur du droit international et des Palestiniens. La seconde tendance incarnée, semble-t-il, par des personnalités comme le président Abdullah Gül ou le vice-premier ministre, Bülent Arinç, sans rejeter l’idée d’une montée en puissance de la Turquie sur les scènes régionale et internationale, souhaite que cette ascension soit plus prudente et qu’elle ne se fasse pas au détriment des alliances traditionnelles de la Turquie et en particulier de la relation de celle-ci avec les Etats-Unis. Cette option plus «soft» s’est notamment illustrée sur le dossier du rapprochement turco-arménien, très apprécié par les Occidentaux, à l’occasion duquel Abdullah Gül a joué les premiers rôles, en se rendant à Erevan, pour le fameux match de football ; une démarche que Recep Tayyip Erdoğan a accueillie, comme l’on sait, de façon beaucoup moins enthousiaste.

On sent bien que, ces derniers jours, la Turquie est à la croisée des chemins et que ce qui est en train de se jouer dépasse largement la seule affaire de la flottille, mais concerne directement les relations d’Ankara avec ses alliés occidentaux et par contrecoup son positionnement sur la scène mondiale.

Source : Blog de l'OVIPOT, Jean Marcou, 09.06.2010 (URL : http://ovipot.blogspot.com/2010/06/laffaire-de-la-flottille-fait.html)

"L’islamo-démocratie turque" est-elle en passe de conquérir le monde arabe ?


L’affaire de la flotille de Gaza a mis en lumière le rôle pivot que la Turquie entend jouer à la frontière entre l’Occident et le monde musulman où la diplomatie turque est extrêmement active. C’est avec la Syrie que les relations bilatérales sont le plus avancées
.

La dernière visite officielle du président syrien Bachar Al Assad et sa femme Asmaa à Ankara, la capitale de la Turquie, a fait la Une de tous les journaux syriens. Sur les photos, la blonde Madame Bachar Al Assad posait tête nue aux côtés des femmes voilées des dirigeants turcs.

Alors que la Turquie, pays musulman, affiche sa laïcité, le paradoxe de cette photo ne gêne à Damas ni Fatima, jeune étudiante en littérature anglaise, elle-même voilée qui se « sent très proche de la Turquie », ni Rouah, laïque convaincue et directrice d’un grand hôtel de la capitale syrienne. « Quand j’étais jeune, explique cette dernière, j’étais très hostile à la Turquie pour ce que notre pays a dû subir sous l’empire ottoman, aujourd’hui, je pense que leur administration était un modèle d’efficacité et une source d’inspiration ».

L’islamo-démocratie turque est en passe de conquérir le monde arabe. L’artisan de cette conquête est Ahmet Davutoglu, le ministre turc des affaires étrangères, qui définit ainsi la stratégie diplomatique turque : « zéro problème avec nos voisins » et ils sont nombreux.


* « Ses voisins sont la Syrie et l’Iran, pas la France ni l’Allemagne »


Après avoir été le principal conseiller diplomatique du président, Abdullah Gül, et du premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, depuis 2003, Ahmet Davutoglu, 51 ans, ne cesse de proclamer les ambitions de son pays : « Notre axe, c’est Ankara. Et notre horizon est à 360° ».

Sur le front arabe, la diplomatie turque est hyperactive : Ankara a joué les médiateurs dans les différends qui opposaient la Syrie à l’Irak et à l’Arabie saoudite ; elle a assisté l’Occident dans le conflit avec Téhéran et organisé des négociations indirectes entre Israël et la Syrie. Ahmet Davutoglu, est le parfait « diplomate néo-ottoman », osent certains.

« Peut-être la Turquie devrait-elle améliorer ses relations avec des pays plus acceptables… mais ses voisins sont la Syrie et l’Iran, pas la France ni l’Allemagne », répond Sedat Laciner de l’organisation internationale pour la recherche stratégique (Usak). Et de fait, la part des exportations turques vers les pays musulmans est passée de 24% du total, à 28% de 2006 à 2008.


* Accord de libre-échange avec la Syrie

C’est avec la Syrie que les relations bilatérales sont les plus avancées. Le rapprochement politique date de 1991, quand le Kurdistan d’Irak a obtenu un statut de quasi-autonomie. Syrie et Turquie partageaient alors les mêmes intérêts à prévenir la création d’un grand Kurdistan, englobant les Kurdes de Turquie, Syrie, Iran et Irak.


Il n’a pas empêché les deux pays de se retrouver au bord de la guerre, en 1999, quand la Syrie offrait l’asile au leader kurde du PKK, Abdullah Ocalan. Il fut finalement expulsé, puis arrêté au Kenya ; il est aujourd’hui en prison en Turquie. L’horizon était donc dégagé pour l’établissement de relations de bon voisinage entre les deux pays.

En janvier 2004, le président Bachar Al Assad effectue la première visite d’un chef d’État syrien en Turquie… depuis 1946. Trois ans plus tard, en 2009, les deux pays organisent deux conseils des ministres communs, concluent un accord de libre-échange entré en vigueur en 2007 – levant toutes les barrières aux exportations syriennes et progressivement les barrières aux exportations turques sur une période de 12 ans – et suppriment les visas.


* « Cette relation doit être gagnant-gagnant »

Ils ont également créé un Haut Conseil syro-turc de coopération stratégique qui s’est réuni à Damas, en décembre 2009, au cours duquel plus de 50 mémorandums d’entente et protocoles de coopération ont été signés.


« Après des débuts très progressifs, le partenariat entre les deux pays s’est accéléré depuis un an et demi », confirme un diplomate occidental à Damas. Coté syrien, cet accord est considéré comme étant de nature à dynamiser l’économie locale. « Ce qui ne vous détruit pas vous rend plus fort », juge Fares al-Chehabi, président de la Chambre d’industrie d’Alep, ville proche de la frontière turque.

Bilal Turkmani, vice-président du conseil des hommes d’affaires syro-turcs à Damas, reconnaît qu’a court terme l’accord de libre-échange entre les deux pays peut jouer contre son pays, en raison de la moindre compétitivité des entreprises syriennes. « Mais à long terme, la balance des paiements devrait être équilibrée : le déficit commercial devrait être compensé par les investissements turcs dans l’industrie, les nouvelles énergies, le tourisme, les infrastructures. Cette relation doit être gagnant-gagnant. »


* Les ambitions de la Turquie s’étendent à tout le Moyen-Orient

Et il concède volontiers que « faire des affaires avec la Turquie est plus facile qu’avec les pays arabes du Golfe en raison de la proximité culturelle entre nos deux pays. L’organisation économique turque est impressionnante d’efficacité », souligne-t-il.


Au début des années 2000, le pouvoir syrien avait un temps regardé la Chine comme exemple de développement, un régime alliant libéralisation économique et statu quo politique. Mais ce n’est plus le cas. La Turquie est désormais le modèle.

« Ankara est un pont pour accéder au marché mondial. Elle est prête à investir, à aider le secteur privé. Ce processus est subtil, lent mais puissant. Il y aura un prix à payer car nous n’avons pas préparé l’industrie et l’agriculture à ce choc, mais nous y sommes prêts. » Alors que le premier ministre Recep Tayyip Erdogan reçoit aujourd’hui les dirigeants arabes, après ceux de l’Asie hier, les ambitions de la Turquie s’étendent à tout le Moyen-Orient. « Elle y redevient un acteur central car elle tire profit de l’affaiblissement de l’Égypte et de l’Arabie saoudite », estime le spécialiste syrien.


* La Turquie n’est pas le soft power décrit par certains analystes

Pour Pierre Razoux, responsable de recherches au Collège de défense de l’Otan, « la Turquie s’impose de plus en plus comme un modèle pour l’opinion publique arabe sunnite, qui ne peut que constater l’effacement de l’Égypte et de l’Irak et l’isolement de la Syrie, et ne se reconnaît ni dans le wahhabisme saoudien, ni dans le prosélytisme chiite iranien ».


Selon lui, « de Rabat à Bagdad et Gaza, l’opinion arabe perçoit la Turquie comme une démocratie en plein essor économique qui a réussi à trouver un équilibre entre un gouvernement porteur de valeurs islamiques et une institution militaire laïque empêchant l’arrivée au pouvoir d’un régime islamiste radical ».

Il ne faut pas s’étonner de voir, dans la majorité des pays arabes mais aussi en Europe, brandir le drapeau turc au cours des manifestations après l'assaut israélien contre la « flottille de la liberté ».

Car la Turquie n’est pas le soft power (une puissance qui joue sur son seul pouvoir d’influence non militaire) décrit par certains analystes. Partisane d’une diplomatie musclée, dont le dernier exemple est l’affaire de Gaza, Ankara a la ferme intention de continuer à investir le champ du processus de paix israélo-palestinien. La paralysie et l’impuissance de l’Europe lui laissent le champ libre, et les États-Unis ne voient pas forcément d’un mauvais œil l’irruption de cet acteur pugnace dans le paysage moyen-oriental.


Source : La Croix, Agnès Rotivel, 08.06.2010 (URL : http://www.la-croix.com/La-Turquie-tisse-sa-toile-dans-le-monde-arabe/article/2428163/4077)


vendredi 4 juin 2010

"Ankara est devenue une force politique internationale aux dépens d'Israël"

Quatre jours après l'arraisonnement du Mavi Marmara, navire amiral turc de la flottille de la paix, par l'armée israélienne et la mort de neuf passagers dont huit Turcs qui ont été inhumés mercredi à Istanbul dans grande ferveur, la Turquie confirme sa position sur la scène internationale, aux dépens de l'Etat hébreu.


Israël, piégé par l'association turque IHH

L'IHH, fondation pour les droits de l'homme, les libertés et les secours humanitaires, est une puissante association turque qui a vocation à aider les musulmans partout dans le monde. Créée en 1992 pour venir en aide aux musulmans bosniaques, sa priorité est maintenant de venir en aide aux Palestiniens.

Proche du Hamas, elle est à l'origine de l'organisation de plusieurs convois qui ont acheminé par route de l'aide humanitaire jusqu'à Gaza. Le dernier, en novembre 2009, a vu la participation de quelques hommes politiques turcs et a été bloqué par Israël. Elle dispose aussi d'un bureau de représentation à Gaza où elle gère des programmes de reconstruction.

Très bien implantée en Turquie, proche des municipalités AKP, le parti au pouvoir, elle est capable d'organiser d'importantes levées de fonds comme les 9 millions après l'opération « Plomb durci » par Israël contre la bande de Gaza l'an dernier.

10 000 tonnes d'aides humanitaires, 650 passagers dont 380 Turcs, six navires : cette flottille de la paix avait été soigneusement organisée avec l'objectif de forcer le blocus israélien dans lequel étouffe 1,5 million de personnes depuis trois ans.

Dans cette opération, Israël n'avait que deux mauvaises alternatives :

  • laisser passer la flottille qui aurait mis fin de facto au blocus et vu la victoire des islamistes ;
  • ou la bloquer par la force, avec un risque de dérapage évident.

Parce que les militaires israéliens ont mal évalué la capacité de réponses des passagers turcs, peu disposés à se laisser faire, le dérapage s'est transformé en drame que l'on connaît.


Le premier ministre turc Erdoğan, acclamé par le monde sunnite

En qualifiant de « massacre sanglant » l'arraisonnement du bateau, en accusant Israël de s'être rendu coupable d'un « acte de terrorisme d'un Etat inhumain », Erdoğan n'a pas hésité à renouer avec des positions « diplomatiquement incorrectes » pour dénoncer le recours à la force pure qui caractérise la politique de l'Etat d'Israël sur la question palestinienne.

On se souviendra de sa sortie à Davos, lors d'un « clash » avec le président israélien Shimon Péres, peu de temps après la fin de la guerre de Gaza.

Erdoğan a ainsi suscité l'enthousiasme des populations arabes et a gagné auprès d'elle une stature de héros. Acclamé par des milliers de manifestants du Caire à Sanaa en passant par Jérusalem et Damas [et même à Paris lors de la manifestation pro-palestinienne devant l'ambassade d'Israël lundi, ndlr], son action politique, habile mélange de coups d'éclats (sommet de Davos) et de vision à long terme, comble le vide laissé par l'inertie des dirigeants arabes de la région, qui finit par exaspérer leur population.

Son intransigeance verbale, qu'il utilise pour dénoncer l'attitude occidentale trop permissive à l'égard des interventions militaires d'Israël, vient seconder une politique axée sur la « profondeur stratégique » mise en place par son ministre des Affaires étrangères.

Depuis deux ans, en effet, la Turquie développe autant d'alliances avec le monde occidental qu'avec les pays musulmans, cultive une volonté de neutralité qui lui a permis d'organiser des pourparlers avec la Syrie et Israël et de gagner le statut d'interlocuteur incontournable pour la paix au Moyen-Orient.

Et la Turquie vient même de frapper un grand coup en signant, avec le Brésil, un accord avec l'Iran sur le nucléaire, peu apprécié à Washington.

Mais Erdoğan n'accroît pas seulement son influence dans les rues du Moyen-Orient. Il marque des points décisifs sur la scène internationale, aux dépens d'un Israël de plus en plus isolé, pour y porter un message clair : le règlement de la solution palestienne ne peut être que politique et passera par la création d'un Etat palestinien.


Faire plier Israël par la voie politique ?

Déjà vu ? Déjà entendu ? Certes, mais le contexte a changé et ce message pourrait cette fois avoir un écho plus favorable, y compris aux Etats-Unis.

En effet, l'arraisonnement de la flottille a montré encore une fois la volonté d'Israël de continuer à ignorer le droit international.

Or, la région devient avec les années une bombe à retardement de plus en plus puissante :

  • dossier nucléaire iranien avec un stock d'uranium enrichi qui échappe toujours à tout contrôle international,
  • guerre en Irak qui a aggravé les conflits ethniques,
  • guerre en Afghanistan,
  • instabilité croissante au Pakistan rongé par les Talibans…

La politique d'Israël de maintenir le blocus sur Gaza pour amener la population à se révolter contre le Hamas n'a mené jusqu'ici qu'à une impasse et passe pour de l'entêtement aveugle et dangereux.

Or c'est de clairvoyance, de raison et de justice dont cette région a le plus besoin. Erdoğan le sait, tout comme il sait le rôle stratégique que son pays peut jouer dans la résolution de ces conflits aux côtés des Etats-Unis qui « auraient beaucoup à perdre à voir s'éloigner leur allié turc » (pour citer un récent propos du professeur Jean Marcou, de l'Observatoire de la vie politique turque - OVIPOT) si aucune pression n'était faite sur Israël pour avancer dans un règlement politique du dossier palestinien.

Source : Paristanbul (blog Rue89), Marie Antide, 03.06.2010 (URL : http://www.rue89.com/paristanbul/2010/06/03/la-turquie-nouvelle-heroine-du-monde-arabe-153516)

jeudi 27 mai 2010

Accord tripartite et risques de prolifération nucléaire au Moyen-Orient : Israël, l'Iran et le "club sunnite"


Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a pressé aujourd’hui les Etats-Unis et la Russie d’accepter l’accord tripartite du 17 mai 2010 (qui prévoit un échange de combustible nucléaire produit par l’Iran contre de l’uranium enrichi à 20%), en expliquant à Washington et à Moscou qu’il s’agissait là de «leur dernière chance» de résoudre pacifiquement le conflit qui les oppose à Téhéran.

Lundi 24 mai, l’Iran a d’ailleurs notifié cet accord à l’AIEA, mais hier la Secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, a estimé que ce document présentait un certain nombre de lacunes. Un expert occidental a notamment montré que le projet d’échange prévu était irréalisable, car il fixe un délai d’un an pour la livraison de 120 kg d’uranium enrichi à 20% à l’Iran, alors même qu’il faudrait près de 2 ans pour produire une telle quantité de combustible nucléaire.


Entretemps, Recep Tayyip Erdoğan, qui est parti hier pour une tournée en Amérique du Sud, qui doit commencer par un séjour au Brésil où il doit participer à la 3e réunion de l’Alliance des civilisations, a poursuivi sa campagne de promotion de l’accord tripartite. Lundi, il a eu un entretien téléphonique avec Nicolas Sarkozy pour tenter de le convaincre de soutenir l’accord. Mais si le président français a remercié la Turquie et le Brésil pour leurs efforts, il a redit que, pour que l’échange en question puisse se faire, il fallait que l’Iran abandonne son projet de produire de l’uranium enrichi à 20%. Les Etats-Unis pour leur part continuent leurs démarches pour mettre sur pied un nouveau programme de sanctions contre l’Iran. Outre l’accord des pays européens, Washington semble pouvoir compter sur le soutien de la Russie et de la Chine, mais cette dernière a dit hier que “les discussions au Conseil de sécurité sur le dossier iranien, pour le vote de nouvelles sanctions, ne signifiaient pas la fin des efforts diplomatiques”

Les derniers développements de la question nucléaire iranienne interviennent au moment où les experts s’interrogent plus que jamais sur les risques de prolifération nucléaire au Moyen-Orient. Alors qu’Israël, qui n’adhère pas au TNP est officieusement le seul détenteur de l’arme nucléaire dans la région, l’affaire iranienne a relancé les interrogations sur les intentions de pays voisins qui pourraient se doter d’installations et de technologies leur permettant de fabriquer une arme nucléaire. Bien que théoriquement favorables à une dénucléarisation du Proche-Orient, la Turquie, l’Egypte et l’Arabie saoudite sont entrées dans le jeu à des degrés divers.

L’Egypte, en particulier, qui dispose des connaissances nécessaires pour conduire un programme nucléaire civil et qui avaient gelé ses projets atomiques, il y a 20 ans, a annoncé en 2007 la construction de plusieurs centrales. L’Arabie Saoudite, qui ne possèdent pas d’installations nucléaires et n’est pas en mesure d’en construire actuellement, pourrait toutefois acquérir l’arme nucléaire grâce à son allié pakistanais. Enfin, la Turquie vient de signer avec la Russie un accord qui lui permettra de construire sa première centrale nucléaire et elle est en négociation avec la Corée du Sud pour la construction d’une seconde installation nucléaire. Cet engouement pour l’atome s’explique sans doute par le prochain tarissement des ressources pétrolières et la nécessité, ici comme ailleurs, de trouver des énergies de remplacement. Mais, à plus court terme, nombre d’experts redoutent également que la stratégie actuel de l’Iran justifie par la suite l’arrivée de ces puissances sunnites, inquiètes de la perpective d’une “bombe chiite”, dans le club fermé des détenteurs de l’arme nucléaire. En outre, en septembre 2007, un “mystérieux” bombardement israélien sur la Syrie, à partir de la Turquie (qui avait alors protesté), qui aurait visé un site nucléaire en construction, a révélé que Damas, qui de surcroît entretient des bonnes relations avec Téhéran, était probalement aussi concernée par cette fièvre nucléaire moyen-orientale.

Ainsi, la manière de gérer la crise iranienne a une importance capitale pour l’avenir du Moyen-Orient car, les avancées technologiques de l’Iran dans la production d’uranium enrichi, pourraient déboucher sur un phénomène de prolifération nucléaire, les rivaux sunnites potentiels de l’Iran et d’Israël cherchant à se doter d’une technologie comparable pour sanctuariser la région. Dans cette affaire, le Brésil, qui sera capable de produire sur son sol de l’uranium enrichi, en 2015, en quantités industrielles, pourrait bien faire d’une pierre deux coups, affirmant à la fois ses prétentions sur la scène internationale et se positionnant sur un marché nucléaire appelé à se développer.

Source : Blog de l'OVIPOT, Jean Marcou, 26.05.2010 (URL : http://ovipot.blogspot.com/2010/05/laccord-tripartite-et-la-question-de-la.html)


mercredi 14 avril 2010

Le Président polonais Lech Kaczynski, mort dans un accident d'avion en Russie le 10 avril dernier, un homme réactionnaire et eurosceptique transfiguré


La mort du président polonais dans un accident d'avion, le 10 avril, a suscité une forte émotion en Pologne et a été couverte en long et en large par les médias internationaux qui ont partagé, peu ou prou, cette émotion. Ce n'est pas seulement la disparition de Lech Kaczynski qui a frappé les esprits, mais le fait que l'avion transportait une centaine de personnes, dont son épouse, et une série de personnalités politiques et militaires. Il n’en reste pas moins qu’une partie des hommages qui sont rendus au défunt président sont proprement incroyables, comme si la mort avait transfiguré cet homme réactionnaire, sectaire, eurosceptique, brutal en véritable icône alors qu'il a été le pire président que la Pologne n’ait jamais eu.


Comme le souligne avec justesse ma consœur du Monde, Marion Van Renterghem dans son article du 13 avril, même Adam Michnik, le patron de Gazeta Wiborcza, qui ne l’a jamais ménagé de son vivant, « passe sur le sectarisme réactionnaire, inquisiteur, eurosceptique, populiste qu’il fustigeait tant » et préfère saluer dans son éditorial « le patriotisme » de Kaczynski, « cet homme « droit » et « sympathique » qui a « servi l’indépendance de la Pologne » et choisi la liberté contre la dictature ». Alors même qu’il était passé de mode, au point qu'il n'était pas certain de se représenter pour un second mandat à la fin de l’année. La mort a des vertus qui ne laissent de m'étonner. D'autres personnalités disparues dans ce « tragique accident », comme on dit, auraient mérité de vrais hommages, comme Anna Walentynowicz, une figure mythique de Solidarité. Bref, vous l'aurez compris, je refuse de verser la moindre larme de crocodile pour cet homme qui a donné une image terrifiante de la Pologne et que je n'ai cessé de critiquer de son vivant.

Rappelons que si l'avion s’est écrasé samedi 10 avril dans une forêt russe, c'est parce que l'irascible Lech Kaczynski, en guerre permanente contre le premier ministre libéral Donald Tusk, qui a succédé au jumeau Kaczynski, Jaroslaw, a refusé d'assister, le 7 avril, à la cérémonie organisée avec les Russes dans un geste de réconciliation pour commémorer le 70ème anniversaire du massacre de Katyn. Autrement dit, le président polonais est mort comme il a vécu, refusant de pardonner les offenses, cultivant les vieilles haines recuites du passé.

C'est lorsque son frère Jaroslaw était premier ministre qu’il a donné sa véritable mesure. Les deux frères ont gouverné avec la Ligue des familles, un petit parti antisémite, xénophobe et violemment réactionnaire qu'ils ont protégé. Autoritaires, peu soucieux de libertés publiques, ils ont pourri la vie de centaines de personnes en se livrant à une chasse fantasmatique aux anciens communistes: le regretté Bronislaw Geremek a même failli perdre son mandat de député européen parce qu'il a refusé de se plier à une énième « loi de lustration », invalidée in extremis par la Cour constitutionnelle. Une humiliation qu’il ne leur a jamais pardonnée
.

Vis-à-vis de l'Union, ils ont toujours eu une attitude de rejet, la jugeant trop aux mains des Allemands, « l'ennemi » héréditaire. Rappelons qu'en pleine négociation du traité de Lisbonne, Varsovie a réclamé davantage de voix au Conseil des ministres pour tenir compte des Polonais massacrés par les Allemands durant la Seconde Guerre mondiale... Une sortie germanophobe parmi d'autres. Comme le disait en privé un dirigeant européen, les jumeaux Kaczynski auraient vraiment eu besoin d'une « bonne psychanalyse »... Cette méfiance atavique à l'égard de l'Allemagne était équilibrée par leur haine à l'égard de la Russie. Pour les frères Kaczynski, le seul allié fiable était les États-Unis, d'où l'engagement polonais en Irak et le rôle que Varsovie a joué dans les vols secrets de la CIA. Cet alignement inconditionnel sur l’administration Bush a contribué à tendre les relations entre l’ouest et l’Est européen.


Kaczynski a, logiquement, essayé de s'opposer à l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne, empêchant même le gouvernement libéral de ratifier la charte des droits fondamentaux. Il aura finalement été le dernier représentant d'une certaine Pologne rancie, crispée, réactionnaire (rejet de l’avortement, refus de reconnaître des droits aux homosexuels, etc.). Il faut espérer que la mort de Lech ne permettra pas à Jaroslaw de se faire élire à sa place, celui-ci étant encore bien pire que son jumeau.


Mais l’histoire sait être ironique : en mourant en Russie, Kaczynski aura sans doute permis à Moscou et à Varsovie de tourner définitivement la page de Katyn, Poutine et Medvedev s'étant saisi de cet événement pour multiplier les gestes d'apaisements que la Pologne attendait depuis 70 ans. À son corps défendant, Lech aura finalement été plus grand dans sa mort que dans sa vie.

lundi 12 avril 2010

Recep Tayyip Erdoğan, conciliant sur l'adhésion et l'immigration, offensif sur la sécurité au Moyen-Orient


Après la visite en demi-teinte du président Abdullah Gül à Paris, l’année dernière, pour l’ouverture de la saison turque, celle premier ministre Recep Tayyip Erdoğan, les 6 et 7 avril derniers, à l’occasion de la clôture de cette manifestation de coopération culturelle, apparaissait à bien des observateurs comme le déplacement de tous les dangers. On sait que la France est actuellement l’un des pays membres de l’UE les plus opposés à la candidature européenne d’Ankara et que le premier ministre turc est par ailleurs facilement enclin à ne pas mâcher ses mots. Eu égard à ce contexte délicat, le bilan du séjour parisien du premier ministre turc apparaît donc comme plutôt positif, mais Recep Tayyip Erdoğan avait peut-être déjà l’esprit ailleurs….


Tout en venant la tête haute, fort des derniers résultats économiques flatteurs de son pays (croissance positive de 6% au 4e semestre 2009), c’est plutôt la méthode douce que le chef du gouvernement turc avait choisi pour faire valoir sa cause. Sûr de lui (n’avait-il pas déclaré en Bosnie, quelques heures avant son arrivée à Paris : «tôt ou tard nous adhérerons à l’UE»), Recep Tayyip Erdoğan s’est voulu plutôt pédagogue, dans un pays dont les dirigeants actuels restent à convaincre. À l’occasion d’une interview donnée au quotidien «Le Figaro» et parue le jour de son arrivée à Paris, il a rappelé que la France n’avait pas toujours été hostile à l’adhésion de la Turquie, et souligné la vitalité des relations économiques et culturelles qui existent actuellement entre les deux pays. Évoquant la visite récente d’Angela Merkel, qualifiée par lui-même de «fructueuse», il a invité le président Sarkozy en Turquie, afin qu’il puisse se rendre compte que celle-ci a beaucoup changé et qu’elle ne sera «pas un fardeau pour l’Europe» à l’instar de pays que les Européens ont admis un peu trop vite pour des raisons politiques, ce qui les amènent aujourd’hui à payer le prix fort d’adhésions qui ont été, selon lui, prématurées.

Conciliant Recep Tayyip Erdoğan l’a été aussi sur le terrain de l’immigration, un domaine particulièrement sensible en France, ces derniers temps. Incitant à l’intégration, 6000 immigrés turcs venus l’entendre prononcer un long discours, il a condamné l’assimilation et redit qu’il la considérait comme «un crime contre l’humanité.» Mais, il a surtout demandé à ses compatriotes, sans cesser d’être des Turcs, d’être aussi des Européens et des Français à part entière : « Chacun d’entre vous êtes les diplomates de la Turquie dans le pays dans lequel vous vivez, s’il vous plaît, apprenez la langue du pays dans lequel vous vivez, soyez actifs dans la vie culturelle et sociale… La France vous a donné le droit à la double nationalité, pourquoi vous ne la demandez pas ? Ne soyez pas réticents, ne soyez pas timides, utilisez le droit que la France vous donne… » Alors même que ce genre de discours a souvent été ressenti dans d’autres pays d’Europe (Allemagne, Belgique) comme une attitude tendant à remettre en cause l’intégration d’importantes communautés immigrés, le premier ministre turc a estimé que la France restait «l’amie et l’alliée de la Turquie» et s’est même réjoui qu’elle accueille bien les immigrants turcs, en louant «la bienveillance de l’administration française». Cela ne l’a pourtant pas empêché, comme en Allemagne, de revendiquer la création d’écoles turques en France, car, a-t-il expliqué, ce pays a plusieurs écoles et collèges en Turquie. Ce discours, tout en nuances, aura donc bien confirmé que le chef du gouvernement turc fait de plus en plus des communautés turcs importantes existant dans un certain nombre de pays européens importants (Allemagne, Belgique, Pays-Bas, France), un atout important pour la candidature d’Ankara à l’UE.

Mais l’essentiel n’était-il pas ailleurs ? Eu égard, à l’agenda international des prochains jours, l’escapade de Recep Tayyip Erdoğan en France, n’était peut-être qu’une étape sur la route qui doit le mener à Washington, où se tiendra les 12 et 13 avril prochains, le sommet sur la sécurité nucléaire. Sur ce sujet-là, en tout cas, le premier ministre turc s’est montré beaucoup plus offensif pour exposer sa propre conception de la sécurité au Moyen-Orient. Sur l’Iran, sur le conflit du Proche-Orient et sur les risques de prolifération nucléaire, il a suivi la ligne qui lui vaut à l’heure actuelle le soutien, pour ne pas dire l’admiration du monde arabo-musulman. À Paris, lors d’une rencontre particulièrement significative avec la presse, puisque tenue le 7 avril, quelques heures avant un déjeuner de travail avec le président français, le leader de l’AKP a qualifié Israël de «principale menace pour la paix régionale», en invoquant le rapport Goldstone sur l’offensive israélienne à Gaza. Quant à l’Iran, le chef du gouvernement turc a répété «que son programme nucléaire est uniquement civil» et qu’on ne pouvait pas mettre en accusation un pays pour un risque d’extension militaire que l’AIEA elle-même ne qualifie que de «probabilité». L’argument final, développé par Recep Tayyip Erdoğan, a été une nouvelle fois que l’Etat hébreu possède officieusement l’arme nucléaire et qu’il n’adhère pas au Traité de non prolifération (TNP). Cette tirade, qui a peut-être incité Benyamin Nétanyahou à ne pas se rendre à Washington, en dit long sur l’état d’esprit qui est celui du premier ministre turc avant son arrivée à Washington pour un sommet nucléaire où il y a fort à parier qu’il sera avant tout le représentant d’une puissance régionale qui ne cesse de s’affirmer.

Source : OVIPOT, Jean Marcou, 11.04.2010 (URL : http://ovipot.blogspot.com/2010/04/recep-tayyip-erdogan-paris-les-yeux.html)

jeudi 1 avril 2010

Obama serait l'Antéchrist, musulman et raciste

Un sondage fait état d'opinions pour le moins extrêmes sur le président américain. Ainsi, 45% des Républicains interrogés le voient comme un «ennemi de l'intérieur».

La diabolisation de Barack Obama continue. Un an après la prise de fonction du président américain, l'Institut de sondages Harris * est allé voir du côté des Républicains ce qu'ils pensaient du président démocrate. Les résultats sont édifiants : 67% d'entre eux le voient comme un «socialiste» (qualificatif peu élogieux Outre-Atlantique), 57% comme un musulman, et 42% comme un raciste.

Des résultats qui en deviennent presque inquiétants pour Obama, au fur et à mesure du sondage : 38% des Républicains interrogés pensent qu'il «agit comme l'avait fait Hitler», et 24% voient en lui l'Antéchrist, cette figure d'imposteur maléfique de l'eschatologie chrétienne, qui ramène invariablement la fin du monde. On se souvient qu'un spot de campagne de John McCain avait déjà joué sur cette comparaison, avant l'élection de Barack Obama.

Dans ce sondage, 22% des Républicains croient savoir que le président Obama «veut que le terrorisme triomphe». Mais encore : 45% d'entre eux le voient comme un «ennemi de l'intérieur» qui, pour 55% du panel «a fait beaucoup de choses anticonstitutionnelles».

Le même sondage donne également la parole aux Américains dans leur ensemble. Sans surprise, les mécontents sont moins nombreux. Mais plus de 20% des personnes interrogées le voient tout de même comme un «ennemi de l'intérieur» et 40% comme un «socialiste». La comparaison avec Hitler satisfait 20% des Américains et avec l'Antéchrist, 14%.

Une question se pose toutefois quant à la méthodologie de ce sondage : comment les questions ont-elles été posées aux personnes interrogées ? Leur a-t-on suggéré la comparaison avec Hitler ou avec l'Antéchrist, pour ne citer que celles-ci ? L'Institut de sondage Harris explique avoir «recueilli tous ces commentaires extrêmes sur le président Obama dans le cadre d'un autre sujet». Il a donc repris les qualificatifs un à un et a posé les questions telles quelles aux sondés.

L'Institut explique aussi ce sondage par la volonté de contextualiser la sortie d'un livre qui fait état de ces points de vues pour le moins extrêmes sur le président Obama : Wingnuts: How the Lunatic Fringe Is Hijacking America, du journaliste John Avlon («Jusqu'au-boutistes : comment la frange extrémiste prend l'Amérique en otage»). John Avlon y explique comment l'électorat de droite américain se réfugie dans l'extrémisme depuis l'élection de Barack Obama. Il signe une tribune dans The Daily Beast, dans laquelle il appelle les Américains à «se lever contre les extrémismes».

* Sondage réalisé en ligne entre le 1er et le 8 mars, auprès de 2.320 personnes.

Source : Le Figaro, Charlotte Menegaux, 25.03.2010 (URL : http://www.lefigaro.fr/international/2010/03/25/01003-20100325ARTFIG00631-pour-un-quart-des-republicains-obama-est-l-antechrist-.php)

vendredi 5 mars 2010

Le piège tendu par Obama



Source : The Daily Beast, rubrique The Week in Cartoons, 05.03.2010 (
à retrouver sur
http://www.thedailybeast.com/blogs-and-stories/2010-03-04/billboards-of-hate/?cid=hp:mainpromo1#gallery=1396;page=1)

Du gospel au rock en passant par le reggae et le folk ... Ben Harper


Benjamin Chase « Ben » Harper (né le 28/10/69 à Claremont, Californie) est un guitariste, auteur, compositeur et chanteur américain, accompagné de différents back bands (The Innocent Criminals, The Blind Boys of Alabama, Relentless Seven) avec lesquels il pratique une musique mixant les influences folk, blues, gospel, rock, funk et reggae. Depuis 2008, Ben Harper s'est lancé dans un nouveau projet musical vers un son plus rock au sein du groupe Relentless7.

La vidéo (10:51) de leur prestation au
Jazz Festival de Montréal à retrouver ici :
http://www.youtube.com/watch?v=9PXke7vF2Uc
Why Must You Always Dress in Black / Red House (Jimi Hendrix)


Le site officiel de Ben Harper : http://www.benharper.com/
Biographie Wikipedia (en français) : http://fr.wikipedia.org/wiki/Ben_Harper

mardi 5 janvier 2010

Photo-voyage #49 - USA : Chicago's Central District's mixed Architecture


Chicago (USA)
The Loop
December 2009Cliquez sur les images pour les agrandir

lundi 4 janvier 2010

Photo-voyage #48 - USA : Last trip to America

Après plusieurs semaines d'absence, me voilà de retour sur le blog ... et à Paris ! La capitale française va donc rejoindre Toronto, Montréal et New York dans la catégorie des photos-voyages, mais avant de l'y faire entrer, je vous livrerai pendant quelques jours des clichés de notre dernière expédition nord-américaine : 5 jours à Chicago, la ville d'Obama, et surtout celle du blues. à l'architecture très variée et impressionnante ! Je vous laisse découvrir cela dans les jours qui viennent ...

Chicago (USA)
Foggy skyline
December 2009
Cliquez sur l'image pour l'agrandir

lundi 14 décembre 2009

Photo-voyage #46 : USA - Pub géante


New York City (USA)
Close to the MoMA
October 2009Cliquez sur l'image pour l'agrandir

jeudi 10 décembre 2009

mercredi 2 décembre 2009

Sarah Palin, Ségolène Royal, même combat ?


Mêmes atouts, mais aussi mêmes faiblesses. Pour le site new-yorkais The Daily Beast, le parcours de Ségolène Royal n'est pas sans rappeler celui de l'Américaine Sarah Palin, autoproclamée "pitbull avec du rouge à lèvres". Les deux femmes, l'une socialiste, l'autre républicaine, savent à merveille profiter du délabrement de leur parti pour se faire entendre.


Arrêtez-moi si cela vous dit quelque chose : une femme politique très en vue – et très séduisante – sème le trouble dans son parti. Elle compte des partisans passionnés, convaincus pour beaucoup qu'elle pourra redresser son parti, aujourd'hui bien mal en point. Comment ? Par son esprit franc-tireur, son écoute des gens simples, son charisme "chaleureux" et son étonnante capacité à occuper le devant de la scène. Voilà encore quelques indices : ultracontroversée, cette mère de famille fière de l'être peut donner l'impression d'être narcissique face au mauvais micro. Gaffeuse ? Plutôt deux fois qu'une – comme lorsqu'elle a loué le système judiciaire chinois pour son efficacité. Mais son plus beau coup, incontestablement, a été d'entraîner son parti dans la défaite lors d'une élection présidentielle à sa portée. Avec un peu de chance, elle pourrait tenter le doublé.

La candidate en question est Ségolène Royal, qui a failli devenir la première présidente de la France en 2007, mais a été battue par Nicolas Sarkozy. Si son "habillage" politique rappelle furieusement Sarah Palin, leurs programmes restent toutefois presque diamétralement opposés. Ne serait-ce que parce que Royal est une socialiste rouge*. Mais leur impact sur leurs partis respectifs, tous deux en pleine déconfiture, pourrait se révéler identique. Jugez plutôt : le Parti républicain et le Parti socialiste (PS), même s'ils font du bruit, sont désormais des formations affaiblies, incapables de s'entendre en interne sur un programme constructif. Mais, tandis que les socialistes s'efforcent de proposer une alternative crédible, leur plus grande distraction dans l'immédiat est peut-être cette anticonformiste qui persiste et signe – même si elle peut facilement passer pour une attraction.

Voyez ce qui s'est passé lors de la réunion du Parti socialiste à Dijon le 14 novembre [réunion intitulée "Rassemblement social, écologique et démocrate"]. Les organisateurs avaient insisté pour que les candidats potentiels à la présidence (comme Royal) n'y participent pas, tandis qu'ils tenteraient de jeter les bases d'une large alliance politique allant du centre à l'extrême gauche, avec pour objectif de remporter les élections régionales [en mars 2010] puis d'évincer l'actuel président de droite [en 2012]. Cela n'a pas empêché notre anticonformiste de s'inviter à Dijon avec une équipe de télévision. Son ancien lieutenant de campagne, Vincent Peillon, qui avait organisé le rassemblement, était furieux, faisant valoir que l'égocentrisme de l'ex-candidate – certains parlent plus simplement de "ségolénisme" – entravait la bonne marche du parti. D'autres socialistes éminents ont qualifié d'"absurde et pathétique" ou d'"écœurante" la prise de bec qui s'est ensuivie entre Vincent Peillon et Ségolène Royal. Ils pressentaient ce que les sondages n'ont pas tardé à confirmer : le dernier épisode du Ségo Show a gâché une année d'efforts en vue de redresser le parti. Un récent sondage BVA révèle l'étendue des dégâts : 62 % des électeurs estiment que le PS est revenu à sa situation d'il y a un an [avant le congrès de Reims, en novembre 2008, où Martine Aubry avait été élue secrétaire générale du PS].

Un autre sondage a apporté des mauvaises nouvelles dans un registre différent. Le seul socialiste à bénéficier d'une meilleure cote que le président Sarkozy est Dominique Strauss-Kahn, directeur du Fonds monétaire international (fonction qui lui permet de rester au-dessus de la mêlée socialiste). Malheureusement pour lui, Royal a déjà prouvé, lors des primaires socialistes de 2007, qu'elle pouvait battre ce technocrate. Reste à savoir si elle se représentera en 2012. Entre-temps, Royal ne semble pas faire grand-chose (pas plus que Palin, d'ailleurs) pour surmonter ses insuffisances, et notamment l'inexpérience dont elle a fait preuve lors de la dernière campagne. De toute évidence, les deux femmes n'ont pas non plus travaillé à combler leurs lacunes en politique étrangère ou en économie, comme le feraient des candidats plus traditionnels.

Pour deviner les projets de Royal, il faut peut-être revenir à sa dernière défaite. Après avoir obtenu près de 47 % des suffrages [à la présidentielle de 2007] – environ autant que John McCain et sa colistière Palin –, Royal a déclaré que ce n'était pas mal pour une première fois. Déclaration qui ne suscita que des haussements d'épaules dans l'état-major du PS. L'anticonformiste américaine, tout en se plaignant de la frilosité des stratèges républicains, pourrait elle aussi estimer qu'elle a toutes les chances de l'emporter [en 2012], à condition d'avoir les coudées plus franches et de bénéficier d'une meilleure couverture médiatique.

* En français dans le texte.

Source : Courrier International, Eric Pape, The Daily Beast, 02.12.2009 (à retrouver sur http://www.courrierinternational.com/article/2009/12/02/segolene-royal-le-pitbull-des-socialistes)

vendredi 27 novembre 2009

Photo-voyage #33 : USA - Cast-iron buildings and a cab

New York City (USA)
SoHo
October 2009Cliquez sur l'image pour l'agrandir

mardi 24 novembre 2009

Photo-voyage #30 : USA - Riding in Brooklyn

New York City (USA)
Brooklyn
November 2009
Cliquez sur l'image pour l'agrandir

lundi 23 novembre 2009

Photo-voyage #29 : USA - Stairs Folly

New York City (USA)
1. SoHo - 2. Chinatown - 3. SoHo
4. Little Italy - 5. East Village

October 2009

Cliquez sur les images pour les agrandir

jeudi 19 novembre 2009

Photo-voyage #27 : USA - Manhattan from the Brooklyn Bridge


New York City
(USA)
Brooklyn Bridge
November 2009Cliquez sur l'image pour l'agrandir

mercredi 18 novembre 2009

Photo-voyage #26 : USA - Sur les docks


New York City
(USA)
Brooklyn, Williamsburg
November 2009Cliquez sur l'image pour l'agrandir