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mardi 18 mai 2010

"Europe : Angela Merkel face à l'histoire ?"

L'Europe, qui était autrefois une vocation, est devenue au mieux un instrument, au pire un fardeau. Seuls Angela Merkel et Nicolas Sarkozy peuvent ensemble la relancer.

C'était il y a dix ans. Joschka Fischer, alors leader des Verts allemands et ministre des Affaires étrangères, prononçait un discours sur les finalités de l'Europe à l'université Humboldt de Berlin. Fischer proposait l'adoption d'une constitution afin de créer une Fédération européenne. C'est le dernier grand discours «européen» d'un dirigeant allemand. D'autres avant lui, avaient lancé des idées pour approfondir l'intégration européenne et pour doter la monnaie unique d'un répondant économique voire politique. Si le mérite d'avoir pris l'initiative de la construction européenne revient à la France, en 1950, comme le rappelle Helmut Schmidt, qui à 91 ans passés continue de jeter un regard lucide sur la politique internationale, les Allemands ont tenté à plusieurs reprises de prendre le relais avec des initiatives audacieuses. Les Français y ont répondu par un silence assourdissant.

Depuis le discours de Joschka Fischer, le souverainisme a gagné du terrain outre-Rhin. L'Europe, qui était autrefois une vocation, est devenue au mieux un instrument, au pire un fardeau. La République fédérale a toujours été le plus gros contributeur au budget communautaire. Les avantages politiques qu'elle tirait de son appartenance à l'UE (Union Européenne) et sa puissance économique justifiaient cette situation aux yeux des dirigeants et de l'opinion. Aujourd'hui, tout se passe comme si les Allemands payaient simplement pour les autres.

La récente crise de l'euro exige un sursaut politique si l'Europe doit redevenir une zone d'innovation et de prospérité et ne pas se réduire à un gendarme budgétaire. Mais qui saisira l'occasion pour, comme disent les Allemands, sauter en dehors de son ombre?

Angela Merkel, naguère parée des lauriers de femme politique la plus puissante d'Europe, n'a pas été à la hauteur de sa réputation. Dans la crise actuelle, elle apparait comme une gestionnaire sourcilleuse des deniers nationaux, une politicienne préoccupée par le score de son parti dans des élections régionales, certainement pas comme un «homme d'Etat», conscient des enjeux historiques. En bonne physicienne, la chancelière est une technicienne qui applique à la politique les règles des sciences dures. La méthode lui a jusqu'à présent réussi, pour s'imposer au sein de son propre parti démocrate-chrétien, arriver au pouvoir et s'y maintenir avec différents alliés. Elle maîtrise parfaitement l'alchimie des forces. Sans cette habileté, elle n'aurait jamais réussi à écarter les barons de la démocratie-chrétienne, à commencer par Helmut Kohl et son héritier malheureux, Wolfgang Schäuble, dont elle a fait son ministre des finances.

Angela Merkel n'est pas la chef naturelle de la démocratie-chrétienne. Elle est une femme dans un parti dominé par les hommes, une Allemande de l'Est dans un parti rhénan, une protestante dans un parti surtout catholique, une divorcée au milieu de bien-pensants. Elle est arrivée à la présidence de la démocratie-chrétienne puis à la chancellerie parce qu'elle a su jouer les uns contre les autres les hommes forts de son parti, sans à priori idéologique, sans grande vision stratégique, ou plus exactement en épousant les variations idéologiques du moment. Ultra-libérale avant les élections de 2005, elle a mené pendant quatre ans une politique sociale centriste avec les sociaux-démocrates avant de chercher la coopération avec les libéraux, des «alliés de choix», dont elle savait pertinemment que les exigences fiscales étaient non seulement injustes mais irréalistes.

Ses adversaires au sein de la démocratie-chrétienne - elle n'en manque pas - lui feraient volontiers porter la responsabilité de la gifle électorale reçue en Rhénanie du Nord Westphalie. Le parti a perdu plus de dix points au scrutin régional du 9 mai. Cependant, elle reste le responsable politique le plus populaire d'Allemagne et les barons locaux qui pourraient contester son pouvoir ont encore besoin d'elle. De plus, ils ne sont pas d'accord entre eux et s'ils leur venaient l'idée de la remplacer, il leur faudrait un chef de file qu'ils n'ont pas.

La défaite électorale de Rhénanie du Nord Westphalie a au moins un avantage pour la chancelière. Elle lui a permis de remettre à sa place le turbulent chef des libéraux - et ministre des affaires étrangères - qui par ses déclarations intempestives sur les chômeurs et la décadence de l'empire romain, n'a pas peu contribué à la débandade. Angela Merkel n'a pas attendu deux jours après les élections pour enterrer définitivement les baisses d'impôts réclamées non sans démagogie par les libéraux.

Malgré la perte probable de la majorité au Bundesrat, la chambre des Etats, elle se retrouve dans une position favorable qui devrait lui permettre, enfin, de prendre des décisions sans être obnubilée par les prochaines élections. Au moins pendant un an. 2011 sera une super année électorale avec sept scrutins régionaux. En attendant, Angela Merkel dispose d'un créneau pour laisser tomber l'arithmétique politicienne et tutoyer l'Histoire. Trouvera-t-elle l'inspiration d'une grande politique européenne qui renouerait avec la vision des pères fondateurs? On dira que l'eurofatigue qui a gagné presque tous les peuples depuis l'interminable débat sur le traité de Lisbonne ne favorise guère une relance audacieuse. La crise est passée par là et a changé la donne.

Toutefois, comme l'écrit encore Helmut Schmidt, il faut être au moins deux pour relancer l'Europe. Les Allemands ne peuvent rien sans les Français, et inversement. Alors que les Britanniques vont se maintenir à une distance prudente de Bruxelles, il revient à Angela Merkel et à Nicolas Sarkozy de montrer la voie d'une intégration économique et politique qui exigerait des sacrifices de souverainetés. Après avoir, ensemble, privilégié la coopération entre gouvernements aux dépens des institutions communautaires, ce serait un changement radical auquel ni la chancelière allemande ni le président français ne semblent vraiment préparés. Mais s'ils n'agissent par conviction, peut-être peuvent-ils le faire par nécessité.

Source : Slate.fr, Daniel Vernet, 18.05.2010 (URL : http://www.slate.fr/story/21341/angela-merkel-europe-crise-tentations-souverainistes)

vendredi 7 mai 2010

Face à la crise financière, 4 scénarios possibles pour la zone euro

Tout est allé très vite. En quelques semaines, la crise grecque a fait vaciller l'ensemble de la zone euro. Quelle sera l'issue de cette situation inédite ? Certains scénarios, y compris ceux qui ont longtemps été considérés comme les plus "absurdes", semblent désormais plausibles.

Un plan de sauvetage à grande échelle. Si le risque de contagion se confirme, la zone euro et le Fonds monétaire international (FMI) n'auront d'autre choix que d'intervenir. Mais l'Europe pourrait-elle assumer un serial bailout, un sauvetage en série de membres de la zone euro comme on l'évoque sur les marchés ?

Les sommes à mobiliser pour un plan d'aide élargi seraient colossales : 65 milliards d'euros pour le Portugal et surtout, 410 milliards pour l'Espagne, à débloquer d'ici à 2012, selon des calculs de Natixis. Mais la chancelière allemande, Angela Merkel, aurait sans doute de grandes difficultés à convaincre son opinion publique de voler au secours d'un autre Etat membre. Même si celui-ci, à l'instar de l'Espagne, était un modèle de vertu budgétaire avant d'être frappé par la récession.

Un geste exceptionnel de la BCE. Lundi 3 mai, la Banque centrale européenne (BCE) a pris une mesure d'urgence inédite en suspendant purement et simplement le seuil d'éligibilité des titres grecs acceptés en échange de crédits. En clair, elle est prête à accueillir en dépôt des obligations grecques étiquetées "pourries".

Certains analystes estiment qu'un autre geste, encore plus fort, n'est pas exclu de la part de l'institution de Francfort : la BCE pourrait par exemple acheter des emprunts d'Etat, à la manière de ce qu'avait fait la Réserve fédérale américaine (Fed) pendant la crise financière. Une rupture de dogme pour la banque centrale.

Des faillites en chaîne. Si l'Europe intervient trop peu, ou trop tard, l'hypothèse, jusqu'ici jugée insensée, du défaut de l'un des membres de la zone euro serait vraisemblable, soulignent de nombreux économistes. La défiance envers l'Etat serait telle que ce dernier, incapable d'emprunter sur les marchés, ne pourrait plus honorer ses dettes arrivant à échéance.

Ce scénario est la hantise des banques qui détiennent des titres de dette grecque, espagnole ou portugaise. Selon la Banque des règlements internationaux (BRI), après l'Allemagne, les établissements français sont les plus gros créanciers de l'Espagne avec 220 milliards de dollars (170 milliards d'euros) de dette en portefeuille.

Signe que le risque d'une telle déroute est pris au sérieux, les responsables de la coalition allemande (CDU, FDP) veulent demander à Bruxelles de réfléchir à une procédure de "faillite organisée".

Un éclatement de la zone euro. "L'apocalypse" de la zone euro est prophétisée par certains économistes. Il s'agirait d'exclure les membres de la zone euro qui n'auraient pas été à la hauteur des exigences du pacte de stabilité. La Grèce reviendrait ainsi à la drachme et l'Espagne à la peseta. En dévaluant leur monnaie, les pays pourraient alors regagner en compétitivité.

Mais les conséquences seraient si désastreuses, pour les pays exclus (endettement record, récession...) comme pour le reste de la zone euro, que personne ne l'envisage sérieusement en Europe.

Source : Le Monde, Claire Gatinois, Marie de Vergès et Philippe Ricard, 05.05.2010 (URL : http://www.lemonde.fr/economie/article/2010/05/05/du-plan-de-sauvetage-geant-a-l-explosion-de-la-zone-euro-les-differents-scenarios_1346813_3234.html)

mercredi 28 avril 2010

"Et si c’était l'Allemagne qui quittait l’euro ?"


Réticente sur l’aide à accorder à la Grèce pour résorber son déficit, voire menaçant d’exclure les pays les moins vertueux de la zone euro, la première économie du continent n’a pas intérêt à ce que la monnaie unique s’effondre. Sans l’euro, elle traverserait en effet une crise sans précédents.


Il fut un temps où les Allemands préféraient se dire européens plutôt qu’allemands. Une époque où l’union de l’Europe avait valeur d’objectif intangible. Cette période est assurément révolue. Après la réunification, les Allemands ont réappris la fierté. Mais de quoi ? Aujourd’hui, la moindre initiative s’accompagne de la question suivante : qu’est-ce que cela va nous rapporter ? Les anciens amis du projet européen s’y sont faits depuis longtemps.

L’actuel débat autour de la crise grecque, les braillements et les relents nationalistes qui les accompagnent, vont déjà trop loin. L’arrogance de nos députés, de nos fonctionnaires et de nos ministres qui font passer les Grecs pour des imbéciles, des corrompus et des fainéants, dépasse l’insolence. La stratégie de la chancelière, qui ne fait qu’inciter les spéculateurs à faire grimper les taux d’intérêts vis-à-vis de la Grèce jusqu’à ce que sa faillite devienne inévitable, relève de l’irresponsabilité la plus totale face à nos partenaires européens, et ce simplement à cause d’élections régionales en Rhénanie du Nord-Westphalie !


"Reprenez vos fichus marks et laissez la France prendre les commandes de l’Europe"

Cette étroitesse d’esprit, cette incapacité à réfléchir et à se demander si, par son comportement, l’Allemagne n’aurait pas elle-même contribué à faire monter les pressions sur l’euro, montrent clairement une chose : les problèmes de la monnaie européenne viennent moins de la Grèce que du soi-disant bon élève allemand.
Sortez donc de l’euro !, est-on tenté de lancer aux néo-nationalistes. Reprenez vos fichus marks et laissez la France prendre les commandes de l’Europe. Repaissez-vous de votre sentiment de supériorité ! L’euphorie sera de courte durée. Il y a tellement de certitudes. Car que se passera-t-il une fois que l’Allemagne sera sortie de l’euro ?

La réévaluation du mark placerait la monnaie allemande 30% au-dessus de l’euro. Ces 30% constitueront un énorme avantage concurrentiel pour les industries françaises et italiennes mais aussi belges, hollandaises et slovaques. Profitant d’un véritable boom de leurs exportations, les autres pays européens pourront enfin prospérer, sans l’Allemagne. Plus pragmatiques que les Allemands en matière de rééquilibrage des finances, les Français, qui croient à raison qu’il vaut mieux renouer avec la croissance que réduire les dépenses, assureront à l’Europe quelques bonnes années de prospérité.


L'Allemagne est aussi fautive que la Grèce

Et pendant ce temps-là, que feront les Allemands avec leur nouveau mark ? Ils se retrouveront dans une situation catastrophique. Le retour du mark rendra le "made in Germany" beaucoup trop cher et les exportations s’effondreront. Ce que la France et le reste de l’Europe exporteront en plus sera autant de manque à gagner pour les entreprises allemandes, c’est aussi simple que cela. Le chômage augmentera, de même que la dette publique, creusée par l’accroissement des allocations à verser. La croissance allemande, qui repose exclusivement sur les exportations, s’essoufflera. Le coût de la main-d’œuvre augmentant, le gel des salaires deviendra inévitable. Puis, au bout de quelques années, viendra le temps des privations.

Le retour du mark soulèvera également un vent de panique chez les banques et les assureurs. La diminution de 30% de la valeur de tous leurs avoirs européens pourrait représenter une perte de près de 200 milliards d’euros pour le secteur. Il faudrait alors organiser une deuxième vague de sauvetages des banques qui ne fera qu’aggraver la situation de la dette publique. Pourquoi 200 milliards d’euros de pertes supplémentaires ? Parce que depuis l’introduction de l’euro, l’Allemagne a amassé près de 600 milliards d’euros d’avoirs à l’étranger (grâce aux larges excédents de ses exportations).

Morale de l’histoire ? L’Allemagne est aussi fautive que la Grèce. Ce dont certains ont trop profité – avec des hausses de salaire – a fini par manquer à d’autres. C’est ensemble que l’on pourra résoudre les problèmes de la zone euro. Un crédit de 9 milliards d’euros d’aide pour la Grèce n’est rien comparé à l’égoïsme de l’Allemagne. Qu’il s’agisse d’Athènes ou de Berlin, toute sortie – volontaire ou non – de l’euro est exclue.

Source : Presseurop - Article original : Frankfurter Rundschau, Robert Heusinger, 27.04.2010 (URL : http://www.presseurop.eu/fr/content/article/240391-et-si-c-etait-lallemagne-qui-quittait-l-euro)

lundi 26 avril 2010

L'aide européenne à la Grèce et les élections régionales du 9 mai prochain en Allemagne


En posant aujourd'hui de nouvelles conditions à l'activation du plan d'aide européen à la Grèce, Angela Merkel s'adresse avant tout aux Allemands avant des élections cruciales en Rhénanie du Nord-Westphalie.

Il y a un peu plus d'un mois, recevant à Berlin le Premier ministre grec Georges Papandréou, Angela Merkel avait jugé le plan d'austérité de son collègue, « courageux et satisfaisant ». Aujourd'hui, elle pose de nouvelles conditions pour activer le plan européen d'aide à la Grèce. Elle exige un programme de réformes encore plus draconien. Et elle ajoute que la stabilité de l'ensemble de la zone euro doit être menacée, pas seulement les finances publiques grecques, pour que le premier chèque soit signé. Sur les 30 milliards d'euros promis à Athènes par l'Union européenne, l'Allemagne doit verser 8,4 milliards.

Ce discours de fermeté s'adresse autant à l'opinion allemande qu'à Georges Papandréou. Car Angela Merkel et son parti chrétien-démocrate (CDU) sont engagés dans une épreuve électorale vitale, en Rhénanie du Nord-Westphalie, le Land le plus peuplé de la République fédérale. Cette région qui comprend le bassin de la Ruhr était un bastion traditionnel de la social-démocratie jusqu'à ce qu'en 2005, Jürgen Rüttgers porte les chrétiens-démocrates au pouvoir, en commun avec les libéraux (FDP), une préfiguration de la coalition «noire-jaune» qui gouverne à Berlin depuis l'année dernière.

De nouvelles élections régionales ont lieu le 9 mai. Or, les sondages ne sont pas bons pour la coalition de Jürgen Rüttgers, qui paie des erreurs locales et la faible popularité du gouvernement de Berlin.

Si la CDU perd la Rhénanie du Nord-Westphalie, ce sera un coup de tonnerre dans la vie politique allemande. Et ce pour plusieurs raisons. D'une part, la coalition au pouvoir à Berlin n'aurait plus de majorité au Bundesrat, la Chambre des Etats. Angela Merkel devrait négocier et trouver des compromis avec l'opposition sur tous les projets de son gouvernement. La paralysie la guetterait alors que l'opinion lui reproche déjà sa répugnance à décider.

Mais surtout, une défaite de la CDU ouvrirait la voie à des possibilités multiples de coalitions nouvelles qui toutes affaibliraient l'alliance déjà très conflictuelle entre les chrétiens-démocrates et les libéraux : le retour d'un gouvernement « rouge-vert », comme à l'époque Schröder-Fischer à Berlin; une coalition dite « jamaïca » –noire, verte, jaune, comme le drapeau jamaïcain–; une alliance «feux tricolores» –rouge, jaune verte, qui signifierait un retournement des libéraux au profit des sociaux-démocrates–; un accord entre les chrétiens-démocrates et les verts, qui est la hantise du parti libéral soucieux de ne pas se retrouver pour des décennies dans l'opposition; voire une formule inédite dans l'ouest de l'Allemagne, un gouvernement rouge, rouge, vert, c'est-à-dire une participation de la gauche radicale Die Linke à un gouvernement régional.

Ainsi la Rhénanie du Nord-Westphalie pourrait être la matrice d'un nouveau paysage politique allemand. Angela Merkel le sait bien. Elle sait aussi que l'aide promise aux Grecs –ces « cueilleurs d'olives », comme disait avec mépris un ancien ministre allemand des Finances–, est très impopulaire. Les Allemands ne veulent pas payer pour les erreurs des autres, même si des voix raisonnables rappellent que l'Allemagne a largement profité de l'euro et que le sort de la monnaie européenne dépend aussi de la solidarité avec les Grecs, quoi qu'on pense de leur gestion.

La Grèce s'est invitée dans la campagne électorale en Rhénanie du Nord-Westphalie. Comment le gouvernement de Berlin peut-il trouver de l'argent pour aider les banques, l'industrie automobile et maintenant Athènes, et abandonner à la crise les chômeurs, les familles, les PME? Tous les candidats reprennent cette antienne.

Angela Merkel restera donc intransigeante jusqu'au 9 mai. Après, elle ne pourra guère faire autrement que mettre en œuvre les décisions européennes. D'ailleurs, c'est sur son insistance que la formule mixte UE-FMI a été adoptée. Le problème, c'est que chaque jour qui passe rend le sauvetage de la Grèce un peu plus coûteux. Pour l'Allemagne aussi...

mercredi 14 avril 2010

Le Président polonais Lech Kaczynski, mort dans un accident d'avion en Russie le 10 avril dernier, un homme réactionnaire et eurosceptique transfiguré


La mort du président polonais dans un accident d'avion, le 10 avril, a suscité une forte émotion en Pologne et a été couverte en long et en large par les médias internationaux qui ont partagé, peu ou prou, cette émotion. Ce n'est pas seulement la disparition de Lech Kaczynski qui a frappé les esprits, mais le fait que l'avion transportait une centaine de personnes, dont son épouse, et une série de personnalités politiques et militaires. Il n’en reste pas moins qu’une partie des hommages qui sont rendus au défunt président sont proprement incroyables, comme si la mort avait transfiguré cet homme réactionnaire, sectaire, eurosceptique, brutal en véritable icône alors qu'il a été le pire président que la Pologne n’ait jamais eu.


Comme le souligne avec justesse ma consœur du Monde, Marion Van Renterghem dans son article du 13 avril, même Adam Michnik, le patron de Gazeta Wiborcza, qui ne l’a jamais ménagé de son vivant, « passe sur le sectarisme réactionnaire, inquisiteur, eurosceptique, populiste qu’il fustigeait tant » et préfère saluer dans son éditorial « le patriotisme » de Kaczynski, « cet homme « droit » et « sympathique » qui a « servi l’indépendance de la Pologne » et choisi la liberté contre la dictature ». Alors même qu’il était passé de mode, au point qu'il n'était pas certain de se représenter pour un second mandat à la fin de l’année. La mort a des vertus qui ne laissent de m'étonner. D'autres personnalités disparues dans ce « tragique accident », comme on dit, auraient mérité de vrais hommages, comme Anna Walentynowicz, une figure mythique de Solidarité. Bref, vous l'aurez compris, je refuse de verser la moindre larme de crocodile pour cet homme qui a donné une image terrifiante de la Pologne et que je n'ai cessé de critiquer de son vivant.

Rappelons que si l'avion s’est écrasé samedi 10 avril dans une forêt russe, c'est parce que l'irascible Lech Kaczynski, en guerre permanente contre le premier ministre libéral Donald Tusk, qui a succédé au jumeau Kaczynski, Jaroslaw, a refusé d'assister, le 7 avril, à la cérémonie organisée avec les Russes dans un geste de réconciliation pour commémorer le 70ème anniversaire du massacre de Katyn. Autrement dit, le président polonais est mort comme il a vécu, refusant de pardonner les offenses, cultivant les vieilles haines recuites du passé.

C'est lorsque son frère Jaroslaw était premier ministre qu’il a donné sa véritable mesure. Les deux frères ont gouverné avec la Ligue des familles, un petit parti antisémite, xénophobe et violemment réactionnaire qu'ils ont protégé. Autoritaires, peu soucieux de libertés publiques, ils ont pourri la vie de centaines de personnes en se livrant à une chasse fantasmatique aux anciens communistes: le regretté Bronislaw Geremek a même failli perdre son mandat de député européen parce qu'il a refusé de se plier à une énième « loi de lustration », invalidée in extremis par la Cour constitutionnelle. Une humiliation qu’il ne leur a jamais pardonnée
.

Vis-à-vis de l'Union, ils ont toujours eu une attitude de rejet, la jugeant trop aux mains des Allemands, « l'ennemi » héréditaire. Rappelons qu'en pleine négociation du traité de Lisbonne, Varsovie a réclamé davantage de voix au Conseil des ministres pour tenir compte des Polonais massacrés par les Allemands durant la Seconde Guerre mondiale... Une sortie germanophobe parmi d'autres. Comme le disait en privé un dirigeant européen, les jumeaux Kaczynski auraient vraiment eu besoin d'une « bonne psychanalyse »... Cette méfiance atavique à l'égard de l'Allemagne était équilibrée par leur haine à l'égard de la Russie. Pour les frères Kaczynski, le seul allié fiable était les États-Unis, d'où l'engagement polonais en Irak et le rôle que Varsovie a joué dans les vols secrets de la CIA. Cet alignement inconditionnel sur l’administration Bush a contribué à tendre les relations entre l’ouest et l’Est européen.


Kaczynski a, logiquement, essayé de s'opposer à l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne, empêchant même le gouvernement libéral de ratifier la charte des droits fondamentaux. Il aura finalement été le dernier représentant d'une certaine Pologne rancie, crispée, réactionnaire (rejet de l’avortement, refus de reconnaître des droits aux homosexuels, etc.). Il faut espérer que la mort de Lech ne permettra pas à Jaroslaw de se faire élire à sa place, celui-ci étant encore bien pire que son jumeau.


Mais l’histoire sait être ironique : en mourant en Russie, Kaczynski aura sans doute permis à Moscou et à Varsovie de tourner définitivement la page de Katyn, Poutine et Medvedev s'étant saisi de cet événement pour multiplier les gestes d'apaisements que la Pologne attendait depuis 70 ans. À son corps défendant, Lech aura finalement été plus grand dans sa mort que dans sa vie.

vendredi 13 novembre 2009

Cartoon #1 : La chute du Mur de Berlin, 20 ans après


Aujourd'hui j'inaugure une nouvelle catégorie de posts : les cartoons. Ils sont en effet nombreux à retenir mon attention
chaque jour lorsque je parcours les sites d'information en ligne, et disent souvent bien plus qu'un article de 2 pages ... Je vous laisse juger par vous-mêmes !


Dessin de HIC

Source : Cartoons Courrier International (série de cartoons à retrouver sur http://cartoons.courrierinternational.com/galerie/2009/11/09/vingt-ans-apres-le-mur)

mardi 10 novembre 2009

Mur du son à Berlin


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Source : LeFigaro.fr, 10/11/2009, rubrique "24h photos" (à retrouver sur http://www.lefigaro.fr/international/2009/11/09/01003-20091109DIMWWW00601-berlin-celebre-un-jour-de-fete.php)