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lundi 12 avril 2010

Avec la fermeture d'ELELE, "c'est tout le tissu associatif qui est fragilisé"


Quand on prononce le nom Elele (main dans la main) et celui de sa présidente, Gaye Petek, dans les milieux proches des populations venues de Turquie, le mot “efficacité”! suit immédiatement L'association ELELE est presque née avec cette immigration, une des plus récentes en France. Cela fait 25 ans qu’elle se consacre à l’intégration des populations - avec un accent sur les femmes - venues de Turquie. Et quand on veut que les filles entendent ”Soyez indépendantes, étudiez, allez au cinéma, épousez qui vous voulez (et pas de foulard à l’école, on n’est pas en Amérique, mais en France ici.) ” et leurs mères “Apprenez le français, connaissez les lois du pays”, il vaut mieux les connaître un peu, elles, leur langue et leur diversité. Entre une famille sunnite de Tokat et une famille alévie d’Elbistan, il y a quand même des chances qu’il y ait quelques sérieuses différences.

25 ans de savoir-faire, reconnu aux 4 coins de la France : des acteurs sociaux au contact de communautés venues de Turquie, des associations en quête d’un soutien pour des actions sociales ou un projet culturel de qualité autour de la Turquie, ou de jeune femme turque en détresse dont une amie glisse un jour à l’oreille les coordonnées d’Elele, parce qu’elle sera sûre d’y trouver une aide efficace. Il n’aura fallu que l’invention géniale d’un Ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale pour y mettre fin. Pourquoi conserver ce qui marche, quand tout pourrait aller plus mal ?

Les subventions qui permettaient à l’association de remplir ses tâches, sont coupées, Elele va donc fermer. Tous ceux qui connaissent Elele et ils sont nombreux, sont abasourdis par cette nouvelle.

Heureusement, ses locaux, dans le 10ème arrondissement de Paris, ont quand-même eu l’honneur de recevoir la visite d’un Eric Besson, tout frais promu ministre de l’identité nationale, admiratif et le coeur sur la main. Pas de problème, quand on fait un boulot pareil, l’Etat français le reconnait. Trois mois plus tard , la convention entre l’Etat et l’Association était supprimée. Les subventions qui y étaient associées sont coupées.

Si Elele veut des sous, elle n’aura qu’à répondre à un appel d’offres et présenter ses projets. Peut-être qu’elle sera sélectionnée. C’est ce qu’on nomme la culture de projet et la prime à la performance (et aux économies). Une façon de fonctionner apparemment séduisante, et qui peut faire ses preuves dans le cas d’actions ponctuelles. Mais qui entraîne surtout la précarité et la concurrence entre associations au lieu de favoriser le fonctionnement en réseau et le travail à long terme. Sans parler du temps énorme consacré à la bureaucratie, et qui ne l’est plus aux femmes. Mais ça rend tellement mieux sur le papier - sur l’écran de l’ordinateur, plutôt - les projets colorés et le jargon qui en font tout le sérieux.

Du côté de Fadela Amara et de l’ACSE, là aussi, on se veut innovateur. L’heure est aux actions “ciblées” c’est-à-dire aux quartiers. D’ailleurs la culture du pays d’immigration, ça n’existe plus, maintenant on parle de culture de quartier. Je ne sais pas si la culture du quartier est ce français approximatif (celui du quartier) de beaucoup de jeunes lycéen(ne)s, les feuilletons reçus par satellite et la sortie dans la galerie marchande du Auchan du coin. Mais ça peut être une pas trop mauvaise idée de les emmener voir autre chose. Seulement Elele qui a fondé son efficacité sur un énorme travail en réseau, allant des études de chercheurs en amont, au collège de Normandie en aval, n’est pas une association labellisée de quartier. Subventions réduites à peau de chagrin.

Pour ceux qui avaient l’habitude de collaborer avec Elele, comme Marie Cervetti, directrice du FIT (centre d’hébergement et de réinsertion pour femmes, Paris 3ème) “c‘est une catastrophe”. Vers qui vont se tourner ces jeunes femmes turques victimes de violence, pour lesquelles la réactivité et le savoir faire de l’association étaient si précieux ? Notamment, les plus fragiles d’entre elles, ces jeunes épouses qui découvrent en arrivant en France que le “gentil fiancé” est une brute et la belle-mère une mégère (ça va souvent de paire). En Turquie, une jeune mariée maltraitée a sa famille . Il n’est pas rare que celle-ci intervienne, si “les bornes sont dépassées”, voir à lui conseiller de divorcer, et près de laquelle au moins elle peut venir “respirer” de temps à autre. On sait bien comme c’est déjà difficile pour les femmes nées en France de dénoncer ces violences. Il est complètement irréaliste d’imaginer que ces jeunes femmes osent aller se plaindre à une police dont elles ne maitrisent pas encore la langue et alors que la législation sur l’immigration a rendu leur statut de plus en plus précaire. Ni d’ailleurs que les services de police soient toujours capables d’évaluer la situation et d’y répondre avec efficacité.

Selon Marie Cervetti elles n’osent pas plus se tourner vers les associations de quartier, trop proches de leur environnement, par crainte des commérages. Avec Elele tout le monde savait au sein des communautés de Turquie que la discrétion était assurée. Et de toute façon elles risquent d’être démunies, ces associations, sans le soutien qu’elles étaient sûres de trouver près de cette dernière.

Mais inutile de chercher loin la logique derrière ce gâchis. Toutes ces contorsions n’ont pour objectif que de déshabiller Jacques pour laisser quelques guenilles à Paul. C’est tout le tissu associatif qui est fragilisé. En fait il n’y aucun projet national digne de ce nom pour ces quartiers et encore moins pour ces femmes, qui ne vivent pas forcément dans un quartier dit sensible, d’ailleurs. Putes ou soumises on s’en fiche, du moment qu’elles se taisent et surtout qu’on ne parle pas d’elles. Qui se soucie du taux de suicides dans les prisons françaises ?

On a bien assez en France avec nos débats sur l’Identité Nationale, ou sur la “burqa“( !) qui transformerait les rues de nos villes en petit Kaboul, pour faire couler de l’encre dans les médias, en s’imaginant que cela passionne les Français. Ceux qui agissent et font bouger les choses, eux, ce n’est qu’au mépris qu’ils ont droit.

Source : YOL-Routes de Turquie et d'ailleurs, 11.04.2010 (URL : http://yollar.blog.lemonde.fr/)

Recep Tayyip Erdoğan, conciliant sur l'adhésion et l'immigration, offensif sur la sécurité au Moyen-Orient


Après la visite en demi-teinte du président Abdullah Gül à Paris, l’année dernière, pour l’ouverture de la saison turque, celle premier ministre Recep Tayyip Erdoğan, les 6 et 7 avril derniers, à l’occasion de la clôture de cette manifestation de coopération culturelle, apparaissait à bien des observateurs comme le déplacement de tous les dangers. On sait que la France est actuellement l’un des pays membres de l’UE les plus opposés à la candidature européenne d’Ankara et que le premier ministre turc est par ailleurs facilement enclin à ne pas mâcher ses mots. Eu égard à ce contexte délicat, le bilan du séjour parisien du premier ministre turc apparaît donc comme plutôt positif, mais Recep Tayyip Erdoğan avait peut-être déjà l’esprit ailleurs….


Tout en venant la tête haute, fort des derniers résultats économiques flatteurs de son pays (croissance positive de 6% au 4e semestre 2009), c’est plutôt la méthode douce que le chef du gouvernement turc avait choisi pour faire valoir sa cause. Sûr de lui (n’avait-il pas déclaré en Bosnie, quelques heures avant son arrivée à Paris : «tôt ou tard nous adhérerons à l’UE»), Recep Tayyip Erdoğan s’est voulu plutôt pédagogue, dans un pays dont les dirigeants actuels restent à convaincre. À l’occasion d’une interview donnée au quotidien «Le Figaro» et parue le jour de son arrivée à Paris, il a rappelé que la France n’avait pas toujours été hostile à l’adhésion de la Turquie, et souligné la vitalité des relations économiques et culturelles qui existent actuellement entre les deux pays. Évoquant la visite récente d’Angela Merkel, qualifiée par lui-même de «fructueuse», il a invité le président Sarkozy en Turquie, afin qu’il puisse se rendre compte que celle-ci a beaucoup changé et qu’elle ne sera «pas un fardeau pour l’Europe» à l’instar de pays que les Européens ont admis un peu trop vite pour des raisons politiques, ce qui les amènent aujourd’hui à payer le prix fort d’adhésions qui ont été, selon lui, prématurées.

Conciliant Recep Tayyip Erdoğan l’a été aussi sur le terrain de l’immigration, un domaine particulièrement sensible en France, ces derniers temps. Incitant à l’intégration, 6000 immigrés turcs venus l’entendre prononcer un long discours, il a condamné l’assimilation et redit qu’il la considérait comme «un crime contre l’humanité.» Mais, il a surtout demandé à ses compatriotes, sans cesser d’être des Turcs, d’être aussi des Européens et des Français à part entière : « Chacun d’entre vous êtes les diplomates de la Turquie dans le pays dans lequel vous vivez, s’il vous plaît, apprenez la langue du pays dans lequel vous vivez, soyez actifs dans la vie culturelle et sociale… La France vous a donné le droit à la double nationalité, pourquoi vous ne la demandez pas ? Ne soyez pas réticents, ne soyez pas timides, utilisez le droit que la France vous donne… » Alors même que ce genre de discours a souvent été ressenti dans d’autres pays d’Europe (Allemagne, Belgique) comme une attitude tendant à remettre en cause l’intégration d’importantes communautés immigrés, le premier ministre turc a estimé que la France restait «l’amie et l’alliée de la Turquie» et s’est même réjoui qu’elle accueille bien les immigrants turcs, en louant «la bienveillance de l’administration française». Cela ne l’a pourtant pas empêché, comme en Allemagne, de revendiquer la création d’écoles turques en France, car, a-t-il expliqué, ce pays a plusieurs écoles et collèges en Turquie. Ce discours, tout en nuances, aura donc bien confirmé que le chef du gouvernement turc fait de plus en plus des communautés turcs importantes existant dans un certain nombre de pays européens importants (Allemagne, Belgique, Pays-Bas, France), un atout important pour la candidature d’Ankara à l’UE.

Mais l’essentiel n’était-il pas ailleurs ? Eu égard, à l’agenda international des prochains jours, l’escapade de Recep Tayyip Erdoğan en France, n’était peut-être qu’une étape sur la route qui doit le mener à Washington, où se tiendra les 12 et 13 avril prochains, le sommet sur la sécurité nucléaire. Sur ce sujet-là, en tout cas, le premier ministre turc s’est montré beaucoup plus offensif pour exposer sa propre conception de la sécurité au Moyen-Orient. Sur l’Iran, sur le conflit du Proche-Orient et sur les risques de prolifération nucléaire, il a suivi la ligne qui lui vaut à l’heure actuelle le soutien, pour ne pas dire l’admiration du monde arabo-musulman. À Paris, lors d’une rencontre particulièrement significative avec la presse, puisque tenue le 7 avril, quelques heures avant un déjeuner de travail avec le président français, le leader de l’AKP a qualifié Israël de «principale menace pour la paix régionale», en invoquant le rapport Goldstone sur l’offensive israélienne à Gaza. Quant à l’Iran, le chef du gouvernement turc a répété «que son programme nucléaire est uniquement civil» et qu’on ne pouvait pas mettre en accusation un pays pour un risque d’extension militaire que l’AIEA elle-même ne qualifie que de «probabilité». L’argument final, développé par Recep Tayyip Erdoğan, a été une nouvelle fois que l’Etat hébreu possède officieusement l’arme nucléaire et qu’il n’adhère pas au Traité de non prolifération (TNP). Cette tirade, qui a peut-être incité Benyamin Nétanyahou à ne pas se rendre à Washington, en dit long sur l’état d’esprit qui est celui du premier ministre turc avant son arrivée à Washington pour un sommet nucléaire où il y a fort à parier qu’il sera avant tout le représentant d’une puissance régionale qui ne cesse de s’affirmer.

Source : OVIPOT, Jean Marcou, 11.04.2010 (URL : http://ovipot.blogspot.com/2010/04/recep-tayyip-erdogan-paris-les-yeux.html)

mardi 30 mars 2010

"Être né en France d’un parent immigré"


En 2008, 3,1 millions de personnes âgées de 18 à 50 ans, nées en France métropolitaine, sont enfants d’immigrés. La moitié d’entre elles ont moins de 30 ans. 50 % ont deux parents immigrés, 20 % sont descendants d’immigrés uniquement par leur mère et 30 % uniquement par leur père.

La moitié des descendants directs ont un parent immigré né en Europe et quatre sur dix sur le continent africain, essentiellement au Maghreb. Les descendants les plus jeunes ont des parents d’origines plus variées et plus lointaines. Les enfants d’immigrés de 18 à 30 ans ont une fois sur deux une ascendance africaine.

La répartition régionale des descendants s’écarte peu de celle des immigrés. Ainsi, un tiers des descendants âgés de 18 à 50 ans sont franciliens.

Près du quart des descendants ayant la nationalité française ont au moins une autre nationalité.

Pour la grande majorité des descendants, la langue française a été transmise dans leur enfance par au moins un de leurs parents. À la génération suivante, les descendants devenus eux-mêmes parents parlent français avec leurs enfants vivant en France, dans 99 % des cas.


Source : Insee Première, n°1287, mars 2010.

Le rapport complet est disponible sur : http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=ip1287

Également en pdf : http://www.insee.fr/fr/ffc/ipweb/ip1287/ip1287.pdf

dimanche 25 octobre 2009

Dossier de la revue Hommes et Migrations consacré à l'immigration turque en France


Les Turcs en France : quels ancrages ?

Permanence et mutations récentes

Revue Hommes et Migrations
N°1280
(juillet-août 2009)

Coordinateur :
Gaye Petek,
directrice de l'association Elele

A l'occasion de la saison de la Turquie en France, la revue présente les particularités de l'immigration turque en France : permanence et mutations récentes, le mouvement associatif turc, l'identité des jeunes Turcs, les commerces et les stratégies commerciales, l'islam transplanté et la vie de quartier. Immigration silencieuse, faisant l'objet de peu de travaux universitaire, la présence des populations turques, marquée par une forte implantation en milieu rural, doit être appréhendée dans un contexte européen.



Édito, par Marie Poinsot :

Voilà plus dix ans, la revue Hommes et Migrations consacrait un dossier à l’immigration turque en France en mettant l’accent sur les origines rurales et les stratégies migratoires, la pluralité de l’islam, la question kurde, les mobilisations familiales et la place des femmes, les médias turcs. À l’occasion de la Saison de la Turquie en France, Gaye Petek, la directrice de l’association ELELE, propose de compléter cette première approche. C’est pourquoi le dossier s’attache aux particularités de cette immigration à travers des points d’entrée thématiques tels que le mouvement associatif turc, l’identité des jeunes d’origine turque, les stratégies familiales et commerciales, l’implantation en milieu rural, l'islam transplanté et la vie de quartier etc.

Alors que cette immigration reste perçue dans l’opinion française comme discrète et silencieuse, elle fait l'objet de travaux universitaires encore limités, même si une nouvelle génération de chercheurs s’affirme en renouvelant les questionnements.
La dimension rurale de l’immigration turque en France, qui aurait pu s’illustrer également par des monographies sur l’Alsace où la visibilité des Turcs est forte, apparaît comme une des caractéristiques originales d’une population qui a su saisir les opportunités du tissu économique local et mettre à profit les possibilités de recrutement à travers les réseaux migratoires.
La lecture des articles montre que le cadre national n’est plus vraiment pertinent aujourd’hui pour appréhender la dynamique migratoire des Turcs en France et qu’il faut la replacer dans une perspective européenne, largement abordée dans ce dossier.

Un colloque rassemblait en mai dernier, à Ankara, 135 chercheurs venus de 15 pays pour confronter leurs travaux sur les cinquante années de l’immigration turque en Europe. Il mettait d’ailleurs l’accent sur le poids démographique d’une diaspora forte de plus de 5 millions de personnes, installées dans les pays membres de l’Union, et sur les modalités de leur intégration dans les sociétés d’accueil qui s’articule avec des réseaux européens organisés autour d’appartenances religieuses ou politiques diverses.
Pour preuve, la moitié de cette population a acquis les nationalités des pays où ils résident et représente une force politique émergente dans certains pays. Elle pourrait compter dans le débat actuel sur l’entrée de la Turquie dans l’union européenne. Cette situation montre combien les enjeux sur l’avenir de l’Europe, de son élargissement et de ses identités, passent par la prise en compte des migrations passées et futures, notamment lorsque ces migrations relèvent d’une dynamique diasporique.


Références et résumés des articles à retrouver sur : http://www.hommes-et-migrations.fr/index.php?id=5561